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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103143

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103143

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103143
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS JURISDOMUS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 18 juin 2021, sous le n° 2103143, la SAS Groupe Bardon, représentée par la SELARL Juris Domus, demande au tribunal :

1°) la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés qui lui a été réclamée au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) la réduction de 49 666 euros de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés et des pénalités qui lui a été réclamées au titre de l'année 2015 ;

3°) la mise à la charge de l'État d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a estimé, à tort, que les sociétés civiles Beauregard Invest et Kerdroniou Invest étaient, au moment de la cession de leurs titres des sociétés, à prépondérance immobilière et a remis en cause, pour ce motif, l'application du régime d'exonération des plus-values prévu au a quinquies du I de l'article 219 du code général des impôts ;

- les droits afférents à un contrat de crédit-bail immobilier visés par l'article 219, I a sexies 0 bis du code général des impôts sont exclusivement les droits qui ont été acquis par une société en cours de contrat ; l'administration ne peut pas fonder l'imposition sur des réponses ministérielles ; un contrat de crédit-bail ne figure pas à l'actif du bilan du preneur avant la levée de l'option d'achat, conformément à la règlementation comptable et à sa nature juridique ; le point 60 du BOI-RFPO-SPI-10-20 indique que les droits détenus dans le cadre d'un contrat de crédit-bail immobilier constituent, tant que le preneur n'a pas acquis la propriété de l'immeuble en cause, des droits de nature mobilière ;

- c'est à tort que l'administration retient la valeur réelle totale de l'investissement financé pour déterminer le ratio de prépondérance immobilière ; l'article 219, I-a sexies-0 bis du code général des impôts ne vise que la notion de droits afférents à une contrat de crédit-bail immobilier et c'est également le sens du point 40 du BOI-IS-BASE-20-20-10-30 (édition du 31 décembre 2013) ; les droits afférents à un contrat de crédit-bail ne peuvent être assimilés à l'immeuble lui-même dès lors que le crédit-preneur n'en est pas propriétaire ; la détermination de la valeur des droits afférents à un contrat de crédit-bail doit prendre en compte les redevances restant à payer et le prix de levée d'option.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SAS Groupe Bardon n'est fondé.

II - Par une requête, enregistrée le 18 juin 2021, sous le n° 2103144, la SAS Groupe Bardon, représentée par la SELARL Juris Domus, demande au tribunal :

1°) la réduction de 134 406 euros de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés qui lui a été réclamée au titre de l'année 2016 ;

2°) le rétablissement du déficit d'ensemble de l'exercice clos le 31 décembre 2017 au montant de 926 639 euros ;

3°) la mise à la charge de l'État d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a estimé, à tort, que les sociétés civiles Beauregard Invest et Auriol Invest et Kergardec Invest étaient, au moment de la cession de leurs titres, des sociétés à prépondérance immobilière et a remis en cause, pour ce motif, l'application du régime d'exonération des plus-values prévu au a quinquies du I de l'article 219 du code général des impôts ;

- les droits afférents à un contrat de crédit-bail immobilier visés par l'article 219, I a sexies 0 bis du code général des impôts sont exclusivement les droits qui ont été acquis par une société en cours de contrat ; l'administration ne peut pas fonder l'imposition sur des réponses ministérielles ; un contrat de crédit-bail ne figure pas à l'actif du bilan du preneur avant la levée de l'option d'achat, conformément à la règlementation comptable et à sa nature juridique ; le point 60 du BOI-RFPO-SPI-10-20 indique que les droits détenus dans le cadre d'un contrat de crédit-bail immobilier constituent, tant que le preneur n'a pas acquis la propriété de l'immeuble en cause, des droits de nature mobilière ;

- c'est à tort que l'administration retient la valeur réelle totale de l'investissement financé pour déterminer le ratio de prépondérance immobilière ; l'article 219, I-a sexies-0 bis du code général des impôts ne vise que la notion de droits afférents à une contrat de crédit-bail immobilier et c'est également le sens du point 40 du BOI-IS-BASE-20-20-10-30 (édition du 31 décembre 2013) ; les droits afférents à un contrat de crédit-bail ne peuvent être assimilés à l'immeuble lui-même dès lors que le crédit-preneur n'en est pas propriétaire ; la détermination de la valeur des droits afférents à un contrat de crédit-bail doit prendre en compte les redevances restant à payer et le prix de levée d'option.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SAS Groupe Bardon n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Bossard, de la SELARL Juris-Domus, représentant la SAS Groupe Bardon.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2103143 et 2103144 de la SAS Groupe Bardon concernent un même contribuable et présentent à juger des questions similaires. Par suite, il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.

2. La SAS Bardon investissement, qui est une filiale d'un groupe fiscalement intégré dont la SAS Groupe Bardon est la société mère, redevable à ce titre de l'impôt sur les sociétés sur les résultats du groupe, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et d'un contrôle sur pièces au titre des exercices clos en 2016 et 2017. À l'occasion de ces deux contrôles, l'administration a constaté que la SAS Bardon investissement avait procédé entre 2014 et 2017 à cinq cessions de parts sociales de quatre sociétés civiles immobilières ayant généré des plus-values qu'elle avait choisi de placer sous le régime des plus-values à long terme sur titre de participations prévu au a quinquies du I de l'article 219 du code général des impôts permettant, sous réserve d'une réintégration qu'une quote-part des frais et charges évaluée à 12 % du montant de la plus-value, de soumettre ces plus-values à une imposition au taux zéro. L'administration a remis en cause l'application de ce régime au motif que les sociétés dont les parts avaient été ainsi cédées étaient à prépondérance immobilière, circonstance faisant obstacle, en application du a sexies - 0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts à l'application du régime des plus et moins-values à long terme. Le service en a informé la SAS Bardon investissement, selon la procédure contradictoire, dans des propositions de rectification des 6 mars 2017 (années 2014 et 2014) et 8 février 2019 (années 2016 et 2017). La SAS Bardon investissement a présenté des observations contestant ces rectifications, qui ont été confirmées par l'administration dans ses réponses des 17 mai 2017 et 8 avril 2019. La SAS Groupe Bardon a été informée des rehaussements des résultats de sa filiale et a été destinataire des avis de mise en recouvrement mettant à sa charge les rappels d'impôt sur les sociétés en résultant au titre des années 2014 à 2017, ainsi que les intérêts de retard. La SAS Groupe Bardon a formé des réclamations contentieuses les 21 décembre 2020, qui ont été rejetées par deux décisions du 19 avril 2021. Dans les deux requêtes visées ci-dessus, elle conteste la prise en compte de contrats de crédit-bail immobilier ainsi que la méthode par laquelle l'administration a déterminé leur valeur réelle.

3. Aux termes de l'article 219 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " I. Pour le calcul de l'impôt, le bénéfice imposable est arrondi à l'euro le plus proche. La fraction d'euro égale à 0,50 est comptée pour 1. / Le taux normal de l'impôt est fixé à 33,1/3 %. / Toutefois : / () / a quinquies. Pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2006, le montant net des plus-values à long terme afférentes à des titres de participation fait l'objet d'une imposition séparée au taux de 8 %. Ce taux est fixé à 0 % pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2007. / Une quote-part de frais et charges égale à 12 % du montant brut des plus-values de cession est prise en compte pour la détermination du résultat imposable. / () / a sexies-0 bis) Le régime des plus et moins-values à long terme cesse de s'appliquer à la plus ou moins-value provenant des cessions de titres de sociétés à prépondérance immobilière non cotées réalisées à compter du 26 septembre 2007. Sont considérées comme des sociétés à prépondérance immobilière les sociétés dont l'actif est, à la date de la cession de ces titres ou a été à la clôture du dernier exercice précédant cette cession, constitué pour plus de 50 % de sa valeur réelle par des immeubles, des droits portant sur des immeubles, des droits afférents à un contrat de crédit-bail conclu dans les conditions prévues au 2 de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier ou par des titres d'autres sociétés à prépondérance immobilière. Pour l'application de ces dispositions, ne sont pas pris en considération les immeubles ou les droits mentionnés à la phrase précédente lorsque ces biens ou droits sont affectés par l'entreprise à sa propre exploitation industrielle, commerciale ou agricole ou à l'exercice d'une profession non commerciale. () ".

4. En premier lieu, il résulte des travaux préparatoires à la loi n° 2007-1822 du 24 décembre 2007 de finances pour 2008 dont est issu le a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts, et notamment de l'exposé des motifs du projet de loi de finances, que ces dispositions répondent à un souci de neutralité fiscale et ont pour objet de soumettre les plus-values de cession de titres de sociétés à prépondérance immobilière à un taux d'imposition identique à celui applicable lorsque la cession porte sur un bien immobilier. Ces dispositions prévoient que les droits afférents à un contrat de crédit-bail conclu dans les conditions prévues au 2 de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier, c'est-à-dire portant sur un bien immobilier à usage professionnel, doivent être pris en compte pour apprécier la prépondérance immobilière de la société non cotée dont les titres ont été cédés. En application du droit comptable, seul le contrat de crédit-bail acquis par son titulaire auprès d'un précédent crédit-preneur doit être immobilisé et inscrit à l'actif de son bilan, ce contrat ne constituant pas comptablement un élément de l'actif du crédit-preneur initial. Toutefois, dès lors, que les plus-values réalisées lors de la cession de tels contrats par des entreprises relevant de l'impôt sur les sociétés sont soumises à cette imposition au taux normal, il n'y a pas lieu, pour l'application des dispositions du a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts, de distinguer, selon que le contrat de crédit-bail a été conclu ou acquis par la société dont les titres ont été cédés.

5. Il résulte du point précédent que la SAS Groupe Bardon n'est pas fondée à soutenir qu'il n'y avait pas lieu, pour apprécier si les sociétés civiles immobilières Beauregard Invest, Kerdroniou Invest, Auriol Invest et Kergardec Invest étaient ou non à prépondérance immobilière, de tenir compte des contrats de crédit-bail immobilier qu'elles avaient conclus et qui ne figuraient pas à l'actif de leurs bilans.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que pour déterminer la valeur réelle des droits afférents aux contrats de crédit-bail immobilier détenus par les quatre sociétés civiles immobilières, aux dates des cessions de titres en cause et à celles de la clôture du dernier exercice de ces sociétés précédant chacune de ces cessions, l'administration a retenu la valeur des investissements ainsi financés figurant aux contrats, c'est-à-dire la valeur des immeubles concernés, à la date de conclusion des contrats de crédit-bail. La SAS Groupe Bardon soutient, pour sa part, qu'il y avait lieu d'établir la valeur réelle des droits résultant des contrats de crédit-bail en cours d'exécution et que celle-ci ne peut pas être confondue avec la valeur d'origine des immeubles objets de ces contrats. Toutefois, elle n'appuie cette contestation d'aucun élément démontrant que la mise en œuvre de la méthode qu'elle propose aboutirait pour l'une ou toutes les sociétés civiles immobilières concernées à la remise en cause du caractère prépondérant de leurs actifs immobiliers, alors que l'administration soutient le contraire. Par suite, elle ne conteste pas valablement la qualification de société à prépondérance immobilière, au sens du a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts, appliquée par l'administration aux sociétés civiles immobilières Beauregard Invest, Kerdroniou Invest, Auriol Invest et Kergardec Invest et, par suite, le bien-fondé de la remise en cause, pour ce motif, de l'application des dispositions du a-quinquies du I de ce même article.

Sur les frais d'instance :

7. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées, dans ses deux requêtes, par la SAS Groupe Bardon, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2103143 et 2103144 de la SAS Groupe Bardon sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Groupe Bardon et au directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2103143, 2103144

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