vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103146 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juin 2021 et 6 juillet 2022, Mme C D, représentée la SELARL Arès, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier des Pays de Morlaix à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral ;
2°) d'ordonner une contre-expertise judiciaire dans les conditions qu'elle détaille dans ses écritures ;
3°) de condamner le centre hospitalier des Pays de Morlaix à faire l'avance de la consignation ou de l'allocation provisionnelle à valoir sur les honoraires du contre-expert judiciaire ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier des Pays de Morlaix la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier des Pays de Morlaix doit être engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison de fautes dans sa prise en charge au service des urgences dans la nuit au 29 au 30 janvier 2011 ;
- le centre hospitalier des Pays de Morlaix doit être condamné à lui verser la somme de 1 500 euros correspondant au préjudice moral que lui a causé ce défaut de prise en charge, indépendamment de son préjudice corporel ;
- une contre-expertise doit être ordonnée dans les conditions qu'elle expose.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le centre hospitalier des Pays de Morlaix, représenté par Me Maillard, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il soit statué comme de droit sur les dépens ou, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où une expertise serait ordonnée, à ce que cette dernière soit ordonnée dans les conditions qu'il détaille dans ses écritures.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de l'autorité de la chose jugée par le jugement n° 1204644 du tribunal administratif de Rennes du 26 février 2015 et l'arrêt n° 15NT01605 de la cour administrative d'appel de Nantes du 14 avril 2017 ;
- à titre principal, il est inutile d'ordonner une contre-expertise dès lors que sa responsabilité ne peut être engagée en l'absence d'un lien de causalité entre la faute invoquée et le dommage invoqués par Mme D ;
- la matérialité d'un préjudice moral subi par la requérante en lien direct, certain et déterminant avec cette faute n'est pas établie ;
- à titre subsidiaire, dans le cas où une contre-expertise serait ordonnée, elle devrait l'être dans les conditions qu'il expose.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 1104568 du 10 septembre 2012 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais d'expertise ordonnée par une ordonnance du 6 janvier 2012 à la somme totale de 2 000 euros sous déduction, le cas échéant, des paiements déjà effectués en exécution de la décision susvisée d'octroi d'allocation provisionnelle du 30 janvier 2012 ;
- l'ordonnance n° 1504476 du 2 mai 2016 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais d'expertise ordonnée par une ordonnance du 13 novembre 2015 à la somme totale de 2 100 euros sous déduction, le cas échéant, des paiements déjà effectués en exécution de l'ordonnance d'octroi d'allocation provisionnelle du 20 novembre 2015.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- ainsi que les observations de Me Arion, représentant Mme D, et celles de Me Gasmi, représentant le centre hospitalier des Pays de Morlaix.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été admise dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 janvier 2011 au service des urgences du centre hospitalier des Pays de Morlaix en raison d'une céphalée occipitale brutale accompagnée de nausées, de fourmillement du bras gauche et d'une sensation d'angoisse. Après qu'elle a été examinée, un diagnostic d'angoisse aiguë a été posé et un traitement anxiolytique et anti-nauséeux lui a été prescrit. Elle a quitté l'établissement hospitalier le 30 janvier 2011 à 6 heures du matin et a repris son travail le lendemain. Mme D a été victime d'un malaise le soir du 2 avril 2011, nécessitant son admission aux urgences du centre hospitalier universitaire de Nantes. Le scanner cérébral et l'angio-scanner alors réalisés ont mis en évidence l'existence d'une hémorragie sous-arachnoïdienne. Il a été procédé en urgence à une intervention endo-vasculaire pour mettre en place un capteur de pression intracrânienne. Cette opération a confirmé l'existence d'un petit anévrisme sylvien droit. Mme D a ensuite été transférée au service de réanimation chirurgicale polyvalente et a subi une nouvelle intervention visant à la réalisation d'une craniectomie décompressive. L'évolution favorable de son état de santé a permis son transfert le 12 avril 2011 au service de neurochirurgie où elle est restée jusqu'au 17 avril suivant.
2. A la demande de Mme D, qui estime que le centre hospitalier des Pays de Morlaix avait commis des fautes dans sa prise en charge, le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a, par une ordonnance du 6 janvier 2012, ordonné une expertise. Le docteur B, neurochirurgien expert désigné, a remis son rapport le 20 juillet 2012. Le juge des référés du tribunal a, par une ordonnance du 13 novembre 2015, à nouveau ordonné une expertise confiée au docteur B, neurochirurgien, lequel a déposé son rapport le 10 avril 2016. En parallèle, par un jugement n° 1204644 du 26 mars 2015, le tribunal a rejeté la requête présentée par la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique tendant à la condamnation du centre hospitalier des Pays de Morlaix à rembourser les débours qu'elle avait exposés du fait de la complication dont avait été victime Mme D. L'appel de ce jugement relevé par cette caisse a été rejeté par un arrêt n° 15NT01605 rendu par la cour administrative d'appel de Nantes le 14 avril 2017. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal de condamner le centre hospitalier des Pays de Morlaix à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral résultant de la faute commise par cet établissement lors de sa prise en charge dans la nuit du 29 au 30 janvier 2011 et d'ordonner une contre-expertise judiciaire portant notamment sur le lien de causalité et l'évaluation de ses préjudices.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier des Pays de Morlaix :
3. Aux termes des deuxième et troisième alinéas de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ". Lorsqu'un juge s'est prononcé sur l'action exercée, en application de ces dispositions, par une caisse de sécurité sociale, sans se prononcer sur les droits de la victime, l'autorité de la chose jugée sur les conclusions présentées par la caisse ne saurait, faute d'identité tant de parties que d'objet, faire obstacle à ce que la victime elle-même présente au juge des conclusions à fins d'indemnisation.
4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêt n° 15NT01605 du 14 avril 2017 de la cour administrative d'appel de Nantes précité rejetant la requête présentée par la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique en appel du jugement n° 1204644 du 26 mars 2015 ne saurait faire obstacle, en l'absence d'identité d'objet entre les deux instances, à ce que Mme D puisse utilement demander l'engagement de la responsabilité pour faute du centre hospitalier des Pays de Morlaix au titre des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier défendeur tirée de l'irrecevabilité de la requête en raison de l'autorité de la chose jugée par le tribunal et la cour administrative d'appel de Nantes doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé (), ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
6. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise versés au débat, qu'à la suite des examens clinique et biologique pratiqués sur Mme D lors de son admission au service des urgences du centre hospitalier des Pays de Morlaix dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 janvier 2011, a été posé un diagnostic de crise d'angoisse aiguë, alors que le tableau clinique présenté par l'intéressée était évocateur d'une hémorragie méningée, qui rendait nécessaire la réalisation d'un scanner pour confirmer ou infirmer cette hypothèse. L'expert judiciaire a en outre précisé, en réponse au rapport critique du médecin sollicité par l'assureur du centre hospitalier, que si ce scanner ne pouvait conduire à déceler l'anévrisme sylvien droit de Mme D, la détection d'une hémorragie au cours de cet examen aurait en revanche, le cas échéant, conduit le centre hospitalier à transférer rapidement la patiente vers un centre de neurochirurgie où un diagnostic plus complet aurait pu être posé. Dans ces conditions, indépendamment de la circonstance ultérieure que Mme D n'a pas fait réaliser le scanner cérébral avec et sans injection qui lui avait été expressément prescrit par son médecin traitant à l'issue de sa consultation le 3 février 2011, le centre hospitalier des Pays de Morlaix, qui a manqué à son obligation de moyens, a commis une faute dans la prise en charge de la requérante dans la nuit du 29 au 30 janvier 2011.
7. Il résulte toutefois du rapport de l'expert sollicité par le centre hospitalier des Pays de Morlaix que ce dernier, par une analyse qu'aucun élément de l'instruction ne permet d'infirmer, y compris le rapport d'expertise établi à la demande de Mme D le 21 mars 2021, a estimé que la réalisation d'un scanner lors de l'admission de la patiente au centre hospitalier des Pays de Morlaix dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 janvier 2011 n'aurait pas permis de poser le diagnostic d'anévrisme, en raison de la petite taille de celui-ci et de l'absence certaine d'hémorragie. Aucun des autres rapports d'expertise versés au débat ne permet par ailleurs d'établir que la réalisation d'un scanner en urgence lors de l'admission de la patiente au centre hospitalier des Pays de Morlaix aurait mis en évidence la présence d'une hémorragie méningée sous-arachnoïdienne. Si l'expert saisi par la requérante a estimé que " si un scanner cérébral avait été effectué alors et avait révélé une hémorragie méningée, des investigations de complément à visée étiologique auraient été réalisées et notamment un angio-scan, une angio-IRM, voire éventuellement une artériographie à la recherche d'une malformation vasculaire, notamment artérielle " et que " la découverte de l'anévrysme sylvien aurait permis alors son traitement chirurgical () qui aurait permis de régler le problème et d'éviter l'hémorragie importante et ses complications qui se sont produites 2 mois plus tard ", cet expert n'a lui-même pas retenu avec certitude qu'en l'espèce, compte tenu de ses caractéristiques, la présence d'un anévrisme aurait été nécessairement révélée par de tels examens complémentaires. Dans ces conditions, l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre l'anévrisme sylvien dont Mme D a été victime au mois d'avril 2011 et l'absence de réalisation d'un scanner lors de son admission au centre hospitalier des Pays de Morlaix ne peut être regardée comme établie.
8. Enfin, si la requérante invoque en particulier l'existence d'un préjudice moral lié à la faute du centre hospitalier des Pays de Morlaix, elle n'établit pas davantage, eu égard à ce qui vient d'être dit et dès lors qu'elle ne se prévaut pas d'autres défaillances dans sa prise en charge au service des urgences de cet établissement, qu'elle aurait subi un tel préjudice en lien direct et certain avec l'absence de réalisation d'un scanner.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier des Pays de Morlaix ni d'ordonner une nouvelle expertise, que les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur l'avance sur la consignation et l'allocation provisionnelle au titre des honoraires de l'expert :
10. Le présent jugement n'ordonnant pas d'expertise, il y a en tout état de cause lieu de rejeter les conclusions présentées par Mme D au titre de l'avance d'une consignation ou d'une allocation provisionnelle à valoir sur les honoraires de l'expert.
Sur les dépens :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre définitivement à la charge du centre hospitalier des Pays de Morlaix les frais des expertises judiciaires confiées au docteur B, engagés dans le cadre de la présente instance, taxés et liquidés par les ordonnances du président du tribunal n° 1104568 du 10 septembre 2012 et de la présidente du tribunal n° 1504476 du 2 mai 2016 aux sommes respectives de 2 000 euros et de 2 100 euros.
Sur les frais liés au litige non compris dans les dépens :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés aux sommes de 2 000 euros et de 2 100 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier des Pays de Morlaix.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier des Pays de Morlaix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au centre hospitalier des Pays de Morlaix, ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique et la mutuelle Vivinter.
Copie en sera adressée pour information au professeur A B.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Thielen, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne au ministre en charge de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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01/06/2026