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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103323

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103323

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103323
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMSS 6ème chambre MOULINIER Yann
Avocat requérantSCHOLAERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 23 juin 2021, le président du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal administratif de Rennes, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B C enregistrée le 21 juin 2021.

Par cette requête et un mémoire enregistré le 30 mars 2022, M. C, représenté par Me Scholaert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande préalable indemnitaire formée les 21 janvier 2021 et 4 mars 2021 ;

2°) de constater que la mesure de suspension de son permis de conduire en date du 17 juillet 2019 est illégale et constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

3°) de condamner l'État à lui payer la somme arrondie à un montant de 1 860 euros en réparation des préjudices subis du fait de cette suspension illégale dont :

- 1 240 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de l'interdiction illégale de conduire subie durant six mois ;

- 228,62 euros au titre des frais de transports ;

- 363,58 euros au titre des frais engagés pour la restitution de son permis ;

- 26,56 euros au titre des frais d'affranchissement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) rejeter les conclusions de la préfète de la Drôme présentées sur le fondement des mêmes dispositions ;

Il soutient que :

- les enquêteurs et le préfet de la Drôme n'ont pas tenu compte de son hospitalisation intervenue du 2 juillet au 8 juillet 2019 et du traitement médicamenteux en résultant dont la notice stipule expressément la possibilité de donner des résultats faussement positifs lors de la recherche des opiacés ;

- malgré un dépistage salivaire positif uniquement aux opiacés, l'officier de

police judiciaire en charge de l'enquête a, de manière totalement illégale, demandé au

laboratoire la recherche dans le prélèvement salivaire des produits de type opiacés mais aussi

cocaïniques en méconnaissance des disposions de l'article L. 235-2 du code de la route ; les pièces ainsi portées à la connaissance du préfet ne permettaient pas la prise de l'arrêté de suspension de son permis de conduire en date du 17 juillet 2019, lequel a donc été pris à l'issue d'une procédure manifestement irrégulière ;

- par un jugement du 6 janvier 2021, le tribunal correctionnel de Valence n'a pas manqué de constater cette illégalité manifeste, a prononcé la nullité de la réquisition à laboratoire et du rapport d'analyse de l'Institut National de la Police Scientifique (I.N.P.S) du 17 juillet 2019 et a prononcé sa relaxe ; il n'était d'ailleurs pas consommateur de produits stupéfiants ainsi que l'établissent les résultats d'analyses en dates des 27 janvier 2020 et 29 juillet 2020 qu'il produit à l'appui de sa requête ;

- par suite, il n'a donc commis aucune infraction au code de la route et cet arrêté est illégal et constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État, laquelle est engagée lorsque la juridiction pénale prononce la relaxe du conducteur sans qu'il soit nécessaire de démontrer l'existence d'une faute lourde et alors même que la mesure de suspension provisoire de son permis de conduire a été prise par le préfet dans le cadre de la procédure d'urgence de l'article L. 224-2 du code la route ; la démonstration de l'existence d'une faute non qualifiée a ainsi été jugée suffisante par le Conseil d'État pour solliciter l'indemnisation des préjudices subis par la mesure de suspension du permis de conduire prise illégalement ;

- la suspension illégale de son permis de conduire l'a contraint à engager un certain nombre de frais et lui a causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence liés à l'interdiction de conduire durant six mois et à l'intégralité des démarches et déplacements qu'il a dû effectuer pour faire valoir ses droits et obtenir, avec beaucoup de difficultés de surcroît, la restitution de son permis de manière définitive en dépit des nombreuses démarches entreprises auprès de l'Agence nationale des titres sécurisés, lequel mentionne au demeurant des dates de validité erronées ;

- les conclusions de la préfète de la Drôme présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont dénuées de tout fondement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre 2021 et 21 avril 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de M. C la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- elle était en tout état de cause fondée, en vertu des dispositions de l'alinéa 3 de l'article R. 221-14 du code de la route, à soumettre le requérant à un contrôle médical à fin de vérification de son aptitude à la conduite eu égard aux informations en sa possession lui permettant d'estimer que l'état de santé de M. C pouvait être incompatible avec le maintien de son permis de conduire ;

- le requérant n'a pas, dans un premier temps, effectué les démarches règlementaires nécessaires à la délivrance d'un permis de conduire conforme à la situation de ses droits à conduire ; dès lors que l'intéressé a effectué ces démarches, un titre de conduite lui a été délivré le 9 août 2021 ;

- la demande de M. C présente un caractère abusif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A D, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a fait l'objet le 14 juillet 2019, sur le territoire de la commune de Montmiral (26), d'un contrôle routier et d'un test salivaire, lequel s'est révélé positif aux opiacés. Les services de la gendarmerie ont alors saisi l'Institut national de police scientifique (INPS) dont le rapport du 17 juillet 2019 mentionne la présence dans la salive de l'intéressé de substances cocaïniques. La préfète de la Drôme a prononcé en conséquence et par un arrêté du même jour la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois. Toutefois, par un jugement du 6 janvier 2021, le tribunal judiciaire de Valence, constatant la nullité de la réquisition de l'INPS, a relaxé des fins de poursuite le requérant. M. C demande l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Drôme a implicitement rejeté sa demande tendant à obtenir réparation du préjudice résultant de la suspension de son titre de conduire.

2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.-Le représentant de l'État dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants () ". Aux termes de l'article L. 224-9 du code de la route : " Quelle que soit sa durée, la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance ordonnée par le représentant de l'État dans le département en application des articles L. 224-2 et L. 224-7 cesse d'avoir effet lorsqu'est exécutoire une décision judiciaire prononçant une mesure restrictive du droit de conduire prévue au présent titre. / Les mesures administratives prévues aux articles L. 224-1 à L. 224-3 et L. 224-7 sont considérées comme non avenues en cas d'ordonnance de non-lieu ou de jugement de relaxe ou si la juridiction ne prononce pas effectivement de mesure restrictive du droit de conduire ".

3. Une mesure de suspension du permis de conduire, décidée par le préfet sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, est illégale et constitue, en conséquence, une faute de nature à engager la responsabilité de l'État si elle a été prise alors que les conditions prévues par cet article n'étaient pas réunies. Il appartient par suite au juge administratif, saisi par le conducteur d'un recours indemnitaire tendant à la réparation du préjudice que lui a causé la décision du préfet, de déterminer si les pièces au vu desquelles ce dernier a pris sa décision étaient de nature à justifier la mesure de suspension. Dans le cas où l'intéressé a été relaxé non au bénéfice du doute mais au motif qu'il n'a pas commis l'infraction, l'autorité de la chose jugée par la juridiction répressive impose au juge administratif d'en tirer les conséquences quant à l'absence de valeur probante des éléments retenus par le préfet. En dehors de cette hypothèse, la circonstance que la mesure de suspension doive être regardée comme non avenue, par application du deuxième alinéa de l'article L. 224-9, eu égard à la décision rendue par le juge pénal, est par elle-même sans incidence sur la légalité de cette mesure et, par suite, sur l'engagement de la responsabilité de l'État

4. En l'espèce, il est constant que M. C, prévenu du chef de conduite le 14 juillet 2019 d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants a, par le jugement précité du tribunal judiciaire de Valence du 6 janvier 2021, été relaxé des fins de poursuite. Toutefois, il est tout aussi constant que le juge pénal ne s'est alors pas prononcé sur les faits constitutifs de l'infraction et que l'intéressé a été relaxé en raison de la nullité de la procédure de réquisition par la gendarmerie de l'INPS. Si, pour contester l'infraction relevée à son encontre, M. C verse la notice du médicament supposément pris au moment de son interpellation, lequel indique que celui-ci " peut donner des résultats faussement positifs lors de la recherche des opiacés dans les urines ", il résulte toutefois de l'instruction que le requérant a, lors du contrôle routier du 14 juillet 2019, fait l'objet d'un prélèvement salivaire, et que celui-ci s'est d'autre part révélé positif non pas aux opiacés mais aux substances cocaïniques (cocaïne, benzoylecgonine et ecgoninemethylester). Par ailleurs, les résultats négatifs d'analyses toxicologiques que produit M. C au soutien de ses conclusions ne sauraient avoir de valeur probante compte tenu de la date des prélèvements urinaires dont ils résultent réalisés les 27 janvier 2020 et 29 juillet 2020. Il suit de là que si la mesure de suspension de son permis de conduire doit être regardée comme non avenue, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur la légalité de cette mesure, prononcée à titre provisoire par la préfète de la Drôme en considération des faits constatés par un avis de rétention du 14 juillet 2019 mentionnant la présence de produits stupéfiants dans la salive de l'intéressé et confirmés par le rapport toxicologique de l'INPS du 17 juillet suivant. Par suite, en décidant, par l'arrêté du même jour, de la suspension pour une durée de six mois du titre de conduite du requérant, le préfet de la Drôme n'a commis aucune faute. La responsabilité de l'État ne saurait dès lors être engagée.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme qu'il réclame en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la préfète de la Drôme sur le fondement de ces mêmes dispositions.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ces conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la préfète de la Drôme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

Y. DLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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