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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103420

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103420

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103420
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS AYACHE SALAMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 2 juillet et 4 août 2021, la société anonyme sportive professionnelle (SASP) Football club Lorient Bretagne sud, représentée par Me Messeca et Me Boisselier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 en tant qu'elle rejette sa réclamation préalable ;

2°) de prononcer la décharge des droits supplémentaires de cotisation foncière des entreprises mis à sa charge au titre des années 2014 à 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que tous les dépens de l'instance en vertu de l'article R. 207-1 du livre des procédures fiscales.

Elle soutient que :

- elle ne peut pas être regardée comme disposant pour les besoins de son activité professionnelle de la totalité du stade du Moustoir, alors même que le club a signé avec la ville de Lorient une convention d'occupation du domaine public ; la ville de Lorient a conservé la disposition de ce stade ;

- le FC Lorient n'utilise pas matériellement ce stade au sens de la loi, dès lors qu'il ne dispose que d'une faculté d'utilisation limitée et résiduelle ; pendant la plus grande partie de l'année, la ville de Lorient conserve la disposition libre et exclusive du stade ; le club utilise le stade durant moins de 5 % de l'année ; le stade est utilisé trente jours par an par le Festival Interceltique de Lorient qui y occupe des locaux tout au long de l'année ; 810 m² sont occupés de manière permanente par d'autres entités qu'elle ; la convention d'occupation du domaine public prévoit expressément que certains locaux sont réservés aux services municipaux ou à d'autres usages ; la salle de conférence du stade est utilisée pour des manifestations étrangères au football et des rencontres sportives, auxquelles le FC Lorient ne participe pas, sont également organisées dans le stade en cause ; la circonstance que le FC Lorient disposerait d'un usage " prioritaire " serait sans influence sur l'appréciation à porter sur la disposition du stade ; l'utilisation dite prioritaire qui lui est accordée par la convention d'occupation temporaire correspond seulement à une " réservation " prioritaire pour les matchs du championnat de France ; le FC Lorient n'a jamais la disposition du stade le 1er janvier ce qui fait obstacle à toute imposition en application des dispositions de l'article 1478 du code général des impôts ; la valeur locative doit être répartie au prorata des surfaces dont chaque utilisateur dispose ou de la durée d'utilisation ou a proportion des droits détenus ainsi que le prévoient la jurisprudence et la réponse ministérielle Richomme (J0 AN 9 février 1981 p. 561 n° 36153, l'instruction 6 E-1-76 n° 129 du 14 janvier 1976 et la documentation administrative 6 E-2211 n° 11 du 10 septembre 1996) ;

- elle ne peut pas être regardée comme ayant le contrôle du stade, compte tenu des contraintes exogènes ; elle ne peut pas utiliser librement le stade par rapport aux objectifs et contraintes de son activité ; elle ne dispose que d'un simple droit d'occupation du domaine public, qui est révocable, précaire et temporaire ; la convention encadre strictement l'usage du stade qui notamment doit pouvoir être laissé libre et sous forme de " coque nue " à tout moment pour la tenue à l'initiative de la ville d'autres évènements ; le gardiennage et l'entretien du stade, à l'exception de la pelouse, sont assurés par la ville de Lorient ; par ailleurs, le FC Lorient est soumis à des sujétions très importantes par la ligue de football professionnel qui organise et contrôle les rencontres sportives ; de même, le FC Lorient est soumis à la règlementation en matière de sécurité édictée par la ligue de football professionnel et n'est pas libre de fixer les tarifs d'accès au stade et d'y attribuer des places ; la circonstance qu'il soit soumis à un obligation d'assurance et responsable des dommages occasionnés lors de l'utilisation du stade est sans influence sur l'appréciation à porter sur l'exercice d'un contrôle ; l'absence de contrôle est confirmée par les avenants à la convention d'occupation du domaine public ;

- l'administration a utilisé la méthode d'évaluation directe de la valeur locative du stade, mais n'a pas démontré qu'il n'était pas loué au 1er janvier 1970 ;

- il n'est pas établi que les conditions d'application de la méthode d'évaluation par comparaison n'étaient pas remplies, la commune de Lorient abritant d'autres stades et à défaut l'administration étant tenue de rechercher s'il existe, en dehors de la commune où se situe le bien à évaluer, des locaux types comparables ; le stade de la Rabine à Vannes aurait pu servir de terme de comparaison ;

- l'évaluation directe opérée par l'administration est erronée ; l'administration ne pouvait pas retenir les valeurs brutes inscrites au bilan de la commune, mais aurait dû retenir les valeurs nettes des amortissements pratiqués par la commune ; la méthode de l'administration aboutit à la prise en compte d'immobilisations qui n'existent plus ou qui ne sont plus utilisées ; seuls peuvent être pris en compte les travaux qui ont accru la valeur du stade et qui répondent aux conditions figurant à l'article 1517 du code général des impôts ; l'administration aurait dû opérer un abattement au titre de la vétusté conformément aux prévisions de l'article 324 AC de l'annexe III au code général des impôts ; le FC Lorient ne dispose que de 17 % des surfaces à l'année et de 3,41 % de surface supplémentaire au titre des matchs ; il y a lieu, par suite, d'appliquer un ratio de décote spatial de 20,41 % ; certains actifs doivent être exclus de l'assiette de la valeur locative dès lors qu'il ont été détruits, sont devenus obsolètes ou ont été remplacés par le FC Lorient, soit un abattement supplémentaire de 20 % ; la tribune d'honneur est inutilisable depuis plusieurs années.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SASP Football club Lorient Bretagne sud, qui a une activité de gestion de club de football professionnel et qui gère à ce titre le Football Club de Lorient, a fait l'objet en 2017 d'une vérification de comptabilité. Parallèlement, le service a exercé un droit de communication auprès de la ville de Lorient afin d'obtenir le registre des immobilisations foncières mises à disposition de la société vérifiée en exécution de la convention d'occupation du domaine public liant la société à la commune et de ses avenants successifs. À l'issue de ce contrôle, l'administration a, selon la procédure contradictoire applicable en matière d'imposition locale, informé la société Football club Lorient Bretagne sud de l'intégration dans les bases sur lesquelles avait été établie la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre des années 2014 à 2016 de la valeur locative du stade du Moustoir, également dénommé stade Yves Allainmat, ainsi que de la détermination de cette valeur locative selon la méthode d'appréciation directe. La société Football club Lorient Bretagne sud a présenté des observations contestant ces rectifications les 19 décembre 2017 et 22 octobre 2018. L'administration y a répondu, le 7 août 2019, en maintenant le principe des rectifications mais en admettant d'exclure des bases imposables des immobilisations ne relevant pas des dispositions de l'article 1517 du code général des impôts. Après la mise en recouvrement des impositions supplémentaires résultant de ces rectifications, la société Football club Lorient Bretagne sud a présenté des réclamations les 14 janvier 2020 et 13 octobre 2020 en sollicitant la décharge, auxquelles l'administration a répondu par une décision du 4 mai 2021 confirmant le principe du bien-fondé des rappels tout en prononçant un dégrèvement partiel, l'abattement de 70 % initialement appliqué à la valeur locative étant porté à 90 % afin de tenir compte de l'état de vétusté des installations. Dans sa requête, visée ci-dessus, la SASP Football club Lorient Bretagne sud conteste être la redevable de la cotisation foncière des entreprises au titre du stade du Moustoir, ainsi que les modalités de détermination de sa valeur locative.

2. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période () ".

3. Aux termes de l'article 1467 A du code général des impôts : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile. ".

4. Il résulte de la combinaison des articles 1467 et 1467 A du code général des impôts que les immobilisations dont la valeur locative est intégrée dans l'assiette de la cotisation foncière des entreprises devant être mise à la charge d'un redevable au titre d'une année, sont les biens qui étaient placés sous son contrôle et qu'il a utilisés matériellement pour la réalisation des opérations qu'il a effectuées durant l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition, ou durant le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice n'a pas coïncidé avec l'année civile.

5. Il résulte de l'instruction qu'aussi bien l'administration que la SASP Football club Lorient Bretagne sud invoquent, à l'appui de leurs argumentations respectives, les stipulations d'une convention d'occupation du domaine public conclue, le 1er août 2014, entre la ville de Lorient et la société requérante, ainsi que ses deux avenants des 8 septembre 2015 et 20 juillet 2016, alors que les années d'imposition en litige sont les années 2014 à 2016. Or, cette convention, conclue initialement pour une durée d'un an à compter du 1er juillet 2014, puis, en vertu de l'avenant du 20 juillet 2016, pour une durée de quatre ans à compter du 1er juillet 2014, n'a pas régi l'usage du stade du Moustoir antérieurement à cette dernière date, et notamment durant les périodes de référence à prendre en compte pour déterminer l'assiette de la cotisation foncière des entreprises des années 2014 et 2015, qui sont les années 2012 et 2013, ou les derniers exercices de douze mois clos au cours de ces mêmes années, si ces exercices n'ont pas coïncidé avec l'année civile.

6. Il y a lieu, par suite, avant de statuer sur les conclusions de la SASP Football club Lorient Bretagne sud, d'ordonner un supplément d'instruction tendant à la production par la société requérante du ou des titres en vertu desquels elle a disposé du stade du Moustoir durant les périodes de références à retenir pour l'établissement des impositions en litige. Il est également demandé à la SASP Football club Lorient Bretagne sud de produire à nouveau la convention d'occupation du domaine public du 1er août 2014, l'exemplaire joint à sa requête étant partiellement illisible. Les documents produits par la SAS Football club Lorient Bretagne sud seront ensuite communiqués à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest afin qu'il en prenne connaissance et formule éventuellement de nouvelles observations.

D E C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur les conclusions de la requête, il sera procédé à un supplément d'instruction tendant à la production, par la SASP Football club Lorient Bretagne sud, du ou des titres en vertu desquels elle a disposé du stade du Moustoir durant les périodes de références à retenir pour l'établissement des impositions en litige, telles que définies au point 5, ainsi que d'un nouvel exemplaire de la convention d'occupation du domaine public du 1er août 2014.

Article 2 : Ces documents devront parvenir au greffe du tribunal administratif dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SASP Football club Lorient Bretagne sud et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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