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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103466

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103466

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103466
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHALNA DU FRETAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet 2021 et 20 avril 2023,

Mme A C , représentée par Me Halna du Fretay, demande au tribunal :

1°) de condamner la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas à lui verser la somme de 17 592,13 euros, cette somme avec intérêts et capitalisation à la date de réception de sa demande indemnitaire préalable, en réparation du préjudice que lui a causé sa chute survenue le 20 novembre 2017 en sortant de la piscine Aqualorn sur la commune de Landerneau ;

2°) de mettre à la charge de la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle avait la qualité d'usager de l'ouvrage public que constituait l'escalier de la piscine Aqualorn, lequel était particulièrement défectueux ;

- sa dangerosité n'était pas signalée ;

- il n'était pas éclairé au surplus ;

- le lien de causalité entre sa chute et l'ouvrage public est établi ;

- ses préjudices s'élèvent à la somme de la somme de 17 592,13 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas, représentée par la société d'avocats Lexcap, conclut :

- à titre principal au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des prétentions indemnitaires de Mme C ;

- en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de

Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le défaut d'entretien n'est pas établi ;

- le comportement de Mme C est de nature à l'exonérer de sa responsabilité, dans la mesure où elle connaissait les lieux ;

- les prétentions indemnitaires de Mme C doivent être réduites.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 14 janvier 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par les docteurs E et G.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. J,

- les conclusions de M. F Le roux, rapporteur public,

- et les observations de Me Halna du Fretay, représentant Mme C, et de Me Cazo, représentant la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas.

Considérant ce qui suit :

1. Le vendredi 20 octobre 2017, à la sortie de son cours bi-hebdomadaire d'aquabike, vers 20 heures, Mme C est tombée dans les escaliers extérieurs de la piscine Aqualorn. Elle a par une requête enregistrée le 3 octobre 2019 saisi le juge des référés du tribunal administratif de Rennes, en vue de la désignation d'un expert médecin. Par une ordonnance du 10 décembre 2019, il a été fait droit à la demande et le docteur E a été désigné en qualité d'expert, auquel il

a été adjoint un sapiteur le docteur G. L'expert a rendu son rapport le 6 juillet 2020.

Par l'intermédiaire de son conseil, le 25 mai 2021, Mme C a formé une demande préalable d'indemnisation auprès de la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas sollicitant le versement de la somme totale de 17 592,13 euros, laquelle a été rejetée le 17 juin suivant.

Sur le principe de la responsabilité de la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas :

2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre celui-ci et le préjudice invoqué. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit que cet ouvrage faisait l'objet d'un entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. A l'appui de sa demande, Mme C produit une déclaration d'accident de

Mme H D indiquant que la requérante, le 20 octobre 2017, " est tombée dans les escaliers de la piscine (front, nez dessus lèvres ouverts) ". Elle verse également une attestation très circonstanciée de M. B qui indique, pour le même horaire et la même date, qu'alors qu'il attendait son fils à la piscine, une femme est tombée dans les escaliers, il indique également qu'il faisait nuit et que l'éclairage était très faible, qu'il est venu accompagné de son épouse la secourir, la victime présentait des blessures au visage et saignait abondamment du nez, du menton et du front, il ajoute que lui et son épouse ont apporté à Mme C le soutien nécessaire dans l'attente de sa prise en charge par les maitres-nageurs sauveteurs et qu'ils avaient conseillé à ces derniers d'appeler les pompier en raison de la gravité des blessures de Mme C. La requérante produit également le compte rendu des urgences du centre hospitalier Ferdinand Grall du 21 octobre 2017 à 3h17, lequel mentionne une entrée le 20 octobre 2017 à 20h38. Enfin, elle produit des photographies de l'escaliers. Ces éléments convergent avec suffisamment de vraisemblance

pour que soit établie la réalité de la chute de Mme C en sortant de la piscine Aqualorn le 20 octobre 2017.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des photographies produites par la requérante que l'escalier de la piscine connaissait bon nombre de marches cassées ou descellées, en outre la requérante produit des articles du " Télégramme " du 24 décembre 2018 et du " Tambour " d'avril-mai 2019 attestant de la réfaction de l'escalier en litige, dans ces articles la collectivité admet elle-même que ce dernier avait plus de 45 ans et n'était plus aux normes. A la date de l'accident, et alors même que les témoignages versés attestent du très faible éclairage de l'escalier, il ressort que la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas avait connaissance de cette situation antérieurement à l'accident et il n'est pas contesté qu'elle n'avait cependant mis en place aucune signalisation de ce danger, ni averti de son existence, alors même qu'en l'absence de garde-corps, ces mesures étaient propres à prévenir de chutes dues à l'absence de visibilité. L'absence de la réalisation des travaux, le faible éclairage et l'absence de signalisation de l'état de l'édifice en cause assimilable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public qui engage sa responsabilité à l'égard de Mme C.

5. Toutefois, il appartenait à Mme C, compte tenu de sa connaissance des lieux, en raison même de sa pratique de l'aquabiking, deux fois par semaine, à la piscine Aqualorn, depuis la rentrée scolaire de l'année 2017-2018, aussi, alors même que l'éclairage était insuffisant, de quitter les lieux en faisant preuve d'une particulière prudence. Contrairement à ce qu'elle fait valoir, une vigilance accrue aurait pu lui permettre de déceler l'état de l'escalier et des marches en cause. Cette faute d'inattention est de nature à atténuer la responsabilité de la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas,à concurrence d'un quart des préjudices subis par la requérante.

Sur les préjudices de Mme C :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

6. En premier lieu, Mme C est fondée à obtenir le remboursement des frais restant à sa charge pour le rachat d'une paire de lunettes dont il ressort de l'attestation de M. B que lors de son accident du 20 octobre 2017 sa précédente paire a été cassée et dont le montant s'élève à la somme de 403,86 euros selon justificatifs. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, la somme due à Mme C à ce titre s'élève à 302,90 euros.

7. En deuxième lieu, l'expert retient que la requérante a dû recourir à des soins dentaires avec confection de prothèses dentaires amovibles. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, Mme C est donc fondée à obtenir le remboursement de la somme de 1 003,99 euros selon justificatifs.

8. En troisième lieu, si la requérante demande la prise en charge du remboursement d'une paire de bottines, d'une alliance en or jaune et d'une paire de boucles d'oreilles également en or jaune, toutefois il ne résulte pas de l'instruction que ces dépenses présentent un caractère directement imputable à l'accident du 20 octobre 2017. Par suite, sa demande à ce titre ne peut être accueillie.

9. En quatrième lieu, Mme C demande le remboursement du prorata de son abonnement de fitness en salle faisant valoir ne plus pouvoir le pratiquer en raison de sa peur de connaitre des migraines à cette occasion. L'expert retient effectivement des céphalées résiduelles. Dans ces circonstances, après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, elle est donc fondée à obtenir le remboursement des huit mois restants de cet abonnement, soit la somme de 198 euros selon justificatifs.

10. En cinquième lieu, Mme C a exposé des frais de transport d'une part pour se rendre au CH de Landerneau, au CHU de Brest, d'autre part aux expertises, qui ont eu lieu à Concarneau et à Saint-Nazaire, et pour se rendre chez son conseil. Compte tenu de la distance qui sépare ces villes de son lieu de domicile situé à Quimperlé et du barème kilométrique applicable les années en cause à un véhicule de 4 CV, selon justificatif, après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, il sera alloué à Mme I la somme de 465,20 euros à ce titre.

11. En sixième lieu, l'expert a évalué le besoin d'assistance par tierce personne en raison des difficultés liées aux douleurs et pour l'aide à la conduite à cinq heures par semaine du 20 octobre 2017 au 15 novembre suivant. Pour cette période, les frais d'assistance par Mme C peuvent être évalués, par application d'un taux horaire de 13 euros tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche, sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, à la somme de 220,13 euros.

12. En dernier lieu, selon l'expert, l'arrêt des activités professionnelles de Mme C en lien avec l'accident du 20 octobre 2017 a eu lieu du 20 octobre au 1er novembre 2017 en raison de l'arrêt de travail prescrit. Au vu de l'attestation de son expert-comptable, la perte brute hors taxe a été de 642,32 euros soit 770,80 euros toutes charges comprises. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, la perte de revenus totale subie par la requérante s'élève donc à la somme de 578,10 euros.

S'agissant des préjudices extra patrimoniaux :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

13. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise médicale, que le déficit fonctionnel temporaire subi par Mme C imputable l'accident du 20 octobre 2017 a été de

25 % du 20 octobre au 1er novembre 2017 et de 10 % du 2 octobre au 31 octobre 2018. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 490 euros.

Quant aux souffrances endurées :

14. Les souffrances endurées ont été estimées par l'expert à 2,5 sur une échelle de

0 à 7. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, il en sera fait une juste appréciation en fixant à 1 500 euros la somme destinée à les réparer.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

15. Le préjudice esthétique temporaire a été estimé par l'expert à 3 sur 7 pour

la période du 20 octobre au 1er novembre 2017, puis de 2,5 sur 7 du 2 novembre au

20 novembre 2017 et de 2 sur 7 du 21 novembre 2017 au 31 octobre 2018 sur une échelle de 0

à 7. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, il en sera fait une

juste appréciation en fixant à 1 380 euros la somme destinée à le réparer.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

16. Mme C présente une atteinte à l'intégrité physique et psychique en relation directe et certaine avec l'accident du 20 octobre 2017. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, ce poste de préjudice doit, pour une femme de 65 ans à la date de consolidation, être fixé à la somme de 375 euros.

Quant au préjudice esthétique permanent :

17. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert médical, que

Mme C a subi un préjudice esthétique permanent qui a été évalué à 2 sur une échelle de 0 à 7 en raison des lésions imputables à l'accident du 20 octobre 2017. Après prise en compte du partage de responsabilité ci-dessus retenu, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité due à ce titre en l'évaluant à la somme de 1 350 euros.

18. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la Communauté

de communes du pays de Landerneau Daoulas à verser à Mme C une somme de

7 863,32 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation :

19. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt () si une décision de justice le précise ".

20. Mme C a droit aux intérêts sur les sommes qui lui sont dues à compter de la date de réception de sa demande préalable, soit le 1er juin 2021. La capitalisation des intérêts a été demandée par Mme C lors de sa demande indemnitaire préalable reçue le 1er juin 2021.

Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er juin 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

21. En application des dispositions des articles R. 761-1, R. 532-5 et R. 621-13 du code de justice administrative, il y a lieu, au titre des dépens, de mettre définitivement à la charge de la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas, partie perdante, les frais de l'expertise confiée en référé aux docteurs E et G, taxés et liquidés par l'ordonnance du 14 janvier 2021 à la somme de 2 700 euros.

Sur les frais liés au litige :

22. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas, partie tenue aux dépens, le versement à Mme C d'une somme de 1 500 euros.

23. Pour le même motif, les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas à l'encontre de Mme C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas est condamnée à verser à Mme C une somme de 7 863,32 euros, assortie des intérêts à compter du 1er juin 2021, eux-mêmes capitalisés à compter du 1er juin 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Article 2 : La Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas versera une somme de 1 500 euros à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Les frais de l'expertise médicale liquidés et taxés à la somme de 2 700 euros, sont mis à la charge solidaire définitive de la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas, à Aqualorn complexe aquatique pays Landerneau Daoulas et à la Mutuelle nationale des hospitaliers et professionnels santé et social (MNHmnh).

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

Y. J

Le président

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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