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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103544

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103544

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103544
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDUBOIS ANAÏS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juillet 2021 et 28 janvier 2022, Mme B C, née F, représentée par Me Dubois, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Audierne à lui verser la somme de 33 820,60 euros en réparation du préjudice que lui a causé sa chute du 5 décembre 2018 rue Alfred de Musset sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Audierne la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la rue Alfred de Musset connaissait un défaut d'entretien normal ;

- la configuration des lieux dangereuse ne connaissait aucune signalisation ;

- elle n'a commis aucune imprudence ;

- ses préjudices doivent être indemnisés comme suit :

- 1 696 euros au titre des frais divers ;

- 6 099,60 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

- 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- 7 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- 2 125 euros au titre des dépenses de santé futures ;

- 10 900 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément.

Par un mémoire enregistré le 8 novembre 2021, la commune d'Audierne et son assureur Groupama Loire Bretagne, représentés par la société d'avocats Lexcap, conclut :

- au rejet de la requête ;

- au rejet des conclusions de la CPAM du Finistère et de celles de la mutuelle Mercer ;

- à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- le défaut d'entretien normal invoqué n'est pas établi ;

- Mme C a commis une faute d'inattention de nature à exonérer sa responsabilité ;

- les prétentions indemnitaires de Mme C sont excessives ;

- les prétentions de la CPAM connaitront le même sort que celle de la requête.

Par des mémoires enregistrés les 11 octobre et 10 décembre 2021, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Finistère, demande au tribunal de condamner la commune d'Audierne à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, la somme de 37 796,24 euros au titre de ses débours ainsi que la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, par subrogation dans les droits de la victime, pour obtenir le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de Mme C, qui sont en rapport avec les soins liés à l'accident du 5 décembre 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,

- et les observations de Me Cazo, représentant la commune d'Audierne et de Groupama

Loire Bretagne.

Un dossier de plaidoirie enregistré le 8 février 2023 pour Mme C n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 décembre 2018 vers 20 h 30, alors qu'elle marchait dans la rue Alfred

de Musset à Audierne, Mme C a chuté dans une rue en contrebas. Elle a alors été prise

en charge par les pompiers qui l'ont dirigée vers l'hôpital de Douarnenez où lui a été

diagnostiqué une fracture spiroïde fermée fibulaire distale gauche non déplacée. Par la suite, elle a été opérée le 18 décembre suivant au centre hospitalier de Quimper, avant d'être prise en charge

au Centre de Rééducation Fonctionnelle (CRF) de Tréboul à Douarnenez du 22 décembre 2018 au

22 juin 2019. Mme C et son assureur ont recherché la responsabilité de la commune d'Audierne, laquelle a elle-même saisi son assureur Groupama. Une expertise amiable a été réalisée, toutefois, aucun accord entre les parties n'est intervenu sur une éventuelle indemnisation. Par l'intermédiaire de son conseil, le 3 mai 2021, Mme C a sollicité de la part de la commune d'Audierne, le versement de 35 331 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa chute du 5 décembre 2018. Elle demande de condamner la commune d'Audierne à lui verser la somme 33 820,60 euros à ce titre.

2. La Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Finistère demande pour sa part le remboursement de ses débours évalués à 37 796,24 euros.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public :

3. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'il a subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, l'usager de cet ouvrage doit démontrer devant le juge, d'une part, la réalité de son préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. Mme C impute sa chute à un défaut d'éclairage dans le rue Alfred de Musset à Audierne. A l'appui de ses dires, elle verse les attestations d'une part de M. D E, et Mme H de Mont-Marin, et d'autre part de M. et Mme A, tous quatre témoins de la chute de l'intéressée. Elle produit également une attestation d'intervention émanant du SDIS du Finistère confirmant l'intervention des pompiers sur place ainsi qu'un certificat des urgences de l'hôpital de Douarnenez. Enfin, elle produit un procès-verbal de constat d'huissier, émanant de Me Kerisit du 5 mars 2021, décrivant les lieux de l'accident. Lesdites attestations mentionnent que les lieux, à la date du sinistre connaissaient un éclairage insuffisant et une absence de protections par

garde-corps.

5. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction, que Mme C habite dans la rue où elle a chuté et que cette circonstance atteste de sa connaissance des lieux. D'autre part, les différentes photographies produites et le constat de Me Kerisit ne viennent pas attester d'une réelle insuffisance d'éclairage, ni d'une absence de garde-corps. Enfin, aucun des éléments au dossier ne permet d'établir que la chute de Mme C trouverait sa cause dans l'état des lieux en litige, et il n'est ni allégué ni soutenu que l'éclairage public ne fonctionnait pas le 5 décembre 2018. Dans ces circonstances, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la voie présentait un risque excédant ceux que les usagers peuvent s'attendre à rencontrer lorsqu'ils circulent sur la voie

publique et contre lesquels ils doivent se prémunir en prenant les précautions nécessaires. En outre, la circonstance que la commune ait pu, à la suite de cet accident, faire procéder à des travaux, n'est pas de nature, à elle seule, à démontrer le défaut d'entretien normal de cet ouvrage. Dans ces conditions, la commune doit être regardée comme apportant la preuve de l'entretien normal de la voie.

En ce qui concerne la carence du maire dans la mise en œuvre des pouvoirs de police :

6. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Selon l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées () ". A cet égard, il appartient notamment au maire de signaler spécialement les dangers excédant ceux contre lesquels les intéressés doivent normalement, par leur prudence, se prémunir.

7. Ainsi qu'il a été précédemment, il ne résulte pas de l'instruction qu'une mesure de signalisation décidée dans un secteur relevant de la compétence de l'autorité de police municipale aurait été de nature à prévenir utilement l'accident survenu à Mme C qui, comme indiqué plus haut, procède de la seule imprudence de l'intéressée qui s'est exposée à un risque parfaitement visible et identifiable. En tout état de cause, Mme C résidente de la rue Alfred de Musset connaissait parfaitement les lieux. Le maire de la commune d'Audierne n'a donc commis aucune faute en s'abstenant de prendre des mesures particulières afin de signaler l'état de la rue Alfred

de Musset et la responsabilité de la commune ne peut donc davantage être recherchée à cet égard.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander

la condamnation de la commune d'Audierne à lui verser une indemnité d'un montant de

33 820,60 euros en réparation des préjudices subis par cette dernière à raison de l'accident du

5 décembre 2018. Par voie de conséquence, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Finistère n'est pas davantage fondée à obtenir la condamnation de la même collectivité au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge la commune d'Audierne, qui n'est pas la partie tenue aux dépens, les sommes que Mme C et la CPAM du Finistère demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Audierne et son assureur Groupama Loire Bretagne au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C née F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Caisse primaire d'assurance maladie du Finistère

sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Audierne et son assureur Groupama Loire Bretagne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C née F, à la

Caisse primaire d'assurance maladie du Finistère, à la Mutuelle Mercer, à la commune d'Audierne et à Groupama Loire Bretagne.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

Y. G

Le président,

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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