jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103587 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juillet 2021 et 16 juillet 2023,
Mme B A, représentée par Me Sibillotte (SCP Marion Leroux Sibillotte English Courcoux), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les titres exécutoires des 27 novembre 2020 et 11 juin 2021 par lesquels la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer a mis à sa charge les sommes respectives de 272,50 euros au titre des prestations de formations musicales et de cours de piano dispensées par le conservatoire de Lamballe Terre et Mer sur l'année 2020-2021 ;
2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer de recalculer la facture émise le 27 novembre 2020 au prorata des cours réellement dispensés sur l'année 2020-2021 ;
3°) de condamner la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer à lui verser une somme de 2 500 euros en réparation du préjudice moral subi ;
4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance est dépourvue de base légale dès lors que la mise en place des cours de piano en visioconférence par le conservatoire de Lamballe Terre et Mer sur l'année
2020-2021 n'est prévue ni par le règlement intérieur de 2018 de cet établissement, ni par la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer du 24 juin 2020 portant fixation des tarifs à compter du 1er septembre 2020 ;
- l'obligation de suivre les cours de piano en distanciel n'a pas fait l'objet d'une information préalable des élèves à la fin de l'année scolaire 2020 et n'a pas été précédée d'un avis sur sa faisabilité technique pour chaque élève et de l'accord de ces derniers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer, représentée par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les factures des 27 novembre 2020 et 11 juin 2021 sont tardives ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Mocaer, représentant la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est inscrite depuis plusieurs années à l'école de musique et de danse communautaire de Lamballe Terre et Mer pour y suivre la formation complète
musicale / découverte instrumentale qui comprend un cours individuel de piano, à raison d'une demi-heure par semaine et un cours collectif de solfège, à raison d'une heure par semaine. Pendant l'année scolaire 2020-2021, les cours de piano individuels ont été dispensés aux adultes en visioconférence à compter du 2 novembre 2020 en raison des mesures générales mises en place par l'Etat pour faire face à l'épidémie de la covid-19. Le conservatoire de Lamballe Terre et Mer a émis, les 17 novembre 2020 et 11 juin 2021, deux titres exécutoires d'un montant de
272,50 euros chacun correspondant au règlement de ces cours. Soutenant avoir été dans l'impossibilité de suivre les cours de piano et de solfège à distance, faute de disposer du matériel adapté, Mme A demande au tribunal l'annulation des titres exécutoires précités, la décharge de l'obligation de payer mise à sa charge à partir du mois de novembre 2020 et la condamnation de la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer à lui verser une somme de
2 500 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire alors en vigueur : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. / II. - Les rassemblements, réunions, activités, accueils et déplacements ainsi que l'usage des moyens de transports qui ne sont pas interdits en vertu du présent décret sont organisés en veillant au strict respect de ces mesures. () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " I. - Tout rassemblement, réunion ou activité () dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. () ". Aux termes de l'article 27 du même décret : " I. - Dans les établissements relevant des types d'établissements définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation et où l'accueil du public n'est pas interdit en vertu du présent titre, l'exploitant met en œuvre les mesures de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. Il peut limiter l'accès à l'établissement à cette fin. / Il informe les utilisateurs de ces lieux par affichage des mesures d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er. / II. - Lorsque, par sa nature même, une activité professionnelle, quel que soit son lieu d'exercice, ne permet pas de maintenir la distanciation entre le professionnel et le client ou l'usager, le professionnel concerné met en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir les risques de propagation du virus. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article III du règlement intérieur destiné aux élèves de l'école de musique et de danse communautaire de Lamballe Terre et Mer approuvé le
15 mai 2018 : " Droits de scolarité / A compter du 16 octobre, les droits annules fixés par le Conseil communautaire sont exigibles, et l'année est due dans son intégralité (). / Les droits sont réglés en deux fractions égales, dès réception de la facture. () ". Aux termes de l'article V.8 du même règlement intérieur : " Calendrier / La période annuelle d'enseignement correspond au calendrier national de l'enseignement secondaire. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, qu'à compter du 2 novembre 2020, le conservatoire de Lamballe Terre et Mer a imposé aux élèves adultes de suivre les cours de piano individuel en distanciel. La mise en place de cette mesure résulte de l'obligation pour l'établissement de mettre en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir les risques de propagation du virus de la covid-19 prévues par les dispositions de l'article 27 du décret du 29 octobre 2020 citées au point 2. Si la requérante soutient que les cours en distanciel n'ont pas été prévus par la délibération du 24 juin 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer a fixé les tarifs des cours à compter du 1er septembre 2020 et le règlement intérieur de l'établissement approuvé le 15 mai 2018, il est constant que l'obligation pour l'établissement de mettre en place ces mesures est postérieure à cette période, le décret précité étant entré en vigueur le 30 octobre 2020 en application de son article 57. Pour ce même motif, Mme A ne peut utilement soutenir que l'établissement a manqué à son devoir d'information en n'ayant pas prévenu les élèves adultes de l'obligation de suivre les cours de piano individuel et de solfège en distanciel lors de leur réinscription en juin 2020 pour l'année 2020-2021 à la fin de l'année scolaire. Enfin, les circonstances que l'intéressée a rencontré des difficultés techniques pour suivre ses cours de piano à distance ou estime ce mode d'enseignement inadapté sont sans incidence sur la légalité de cette mesure. Dans ces conditions, la requérante, qui ne conteste pas la nécessité de dispenser en distanciel des cours de piano individuel et de solfège pour les adultes pour maintenir les mesures d'hygiène et de distanciation sociale prévues par l'article 1er du décret du 29 octobre 2020, n'est pas fondée à soutenir que la pratique de cours de musique en distanciel est dépourvue de fondement légal. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.
5. En second lieu, Mme A ne conteste pas que les élèves ont été informés que la continuité des cours de musique serait assurée en distanciel pendant la période de crise sanitaire. Mme A n'est ainsi pas fondée à soutenir que les cours n'ont pas été dispensés, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle ne les a pas suivis de son propre fait, au motif qu'elle ne disposait pas d'un téléphone portable adapté lui permettant d'avoir des cours de piano et de solfège dans de bonnes conditions en invoquant un unique essai en mars 2020, non réitéré à partir de novembre 2020. Au surplus, il lui appartenait, si elle refusait ce mode d'enseignement pour un motif légitime, d'en informer le conservatoire et, le cas échéant, de démissionner ainsi que le prévoit l'article II du règlement intérieur à partir du 1er octobre pour les cours individuels et du 15 octobre pour les cours collectifs. Il ressort toutefois des pièces du dossier que
Mme A s'est bornée à contester la facturation des cours pour l'année 2020-2021 pour absence de service fait, alors qu'ainsi qu'il a été dit les cours ont bien été dispensés en distanciel.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par
Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. La créance correspondant aux droits de scolarité pour l'année 2020-2021 n'est pas illégale ainsi qu'il a été dit au point précédent. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions indemnitaires, Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité des factures émises les
27 novembre 2020 et 11 juin 2021.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la communauté d'agglomération Lamballe Terre et Mer.
Copie en sera adressée au conservatoire de Lamballe Terre et Mer et à la direction départementale des finances publiques des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
C. Pellerin
La présidente,
signé
C. GrenierLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026