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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103792

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103792

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103792
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS ONELAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, le centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc, représenté par la Selarl Leyton Legal société d'avocats Onelaw, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe sur les salaires qui lui ont été réclamées au titre des années 2017 et 2018 à concurrence de respectivement 426 752,47 euros et 430 999 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'article 231 du code général des impôts définit l'assiette de la taxe sur les salaires par référence à celle prévue à l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale pour la contribution sociale généralisée ; le point 40 du BOI-TPS-TS-20-10, opposable à l'administration, ne vise toutefois que les revenus d'activité et son point 80 précise que les sommes destinées à compenser la perte de revenus d'activité sont exclues de l'assiette de la taxe sur les salaires dont notamment les indemnités journalières versées aux salariés en cas de maladie par les caisses du régime général de la sécurité sociale, des régimes spéciaux et de la mutualité agricole ou directement par l'employeur en subrogation à ces dernières ; l'exception relative aux indemnités journalières, notamment versées par l'entremise de l'employeur perdure donc dans la doctrine administrative en dépit de leur assujettissement à la CSG ;

- l'administration ne peut pas se fonder sur les réponses ministérielles aux sénateurs Hugonet et Delahaye (JO Sénat du 2 janvier 2000 p. 3738 n° 11102 et 11221) dès lors qu'elles ne qualifient d'avantage statutaire ayant le caractère de rémunération que le maintien du demi-traitement en cas de congé maladie supérieur à 89 jours et ne contredisent pas ainsi le Bofip s'agissant du maintien du plein-traitement pour les congés maladie inférieurs à cette durée ; d'autres directions des finances publiques ont d'ailleurs accepté d'accorder des dégrèvements en réponse à des demandes identiques à sa réclamation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le centre hospitalier Yves Le Foll n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier Yves Le Foll a, par une réclamation du 23 décembre 2020, sollicité la restitution d'une fraction de la taxe sur les salaires qu'il avait spontanément déclarée et acquittée au titre des années 2017 et 2018 en faisant valoir qu'il avait intégré à tort à la base taxable les sommes versées à ses agents en congé maladie au titre du maintien du plein-traitement. L'administration a rejeté cette réclamation par une décision du 11 juin 2021. Dans le cadre de la présente instance, le centre hospitalier demande la restitution de l'imposition en cause à concurrence du montant résultant de l'intégration de sommes versées au titre du maintien du plein-traitement dans la base d'imposition.

Sur les conclusions aux fins de restitution :

En ce qui concerne la loi fiscale :

2. Aux termes du 1 de l'article 231 du code général des impôts, dans sa version applicable du 1er janvier 2014 au 31 août 2018 : " Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés, à l'exception de celles correspondant aux prestations de sécurité sociale versées par l'entremise de l'employeur, sont soumises à une taxe égale à 4,25 % de leur montant évalué selon les règles prévues à l'article L. 136-2 du code de la sécurité sociale, sans qu'il soit toutefois fait application du deuxième alinéa du I et du 6° du II du même article. () ". Aux termes du même 1, dans sa version applicable du 1er septembre 2018 au 31 décembre 2019 : " Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés sont soumises à une taxe au taux de 4,25 %. Les sommes prises en compte sont celles retenues pour la détermination de l'assiette de la contribution prévue à l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception des avantages mentionnés aux I des articles 80 bis et 80 quaterdecies du présent code. La réduction mentionnée au I de l'article L. 136-2 du code de la sécurité sociale n'est pas applicable. () ".

3. Aux termes de l'article L. 136-2 du code de la sécurité sociale, dans sa version applicable à la période du 1er janvier 2017 au 31 août 2018 : " I.- La contribution est assise sur le montant brut des traitements, indemnités, émoluments, salaires, allocations, pensions () / II.- Sont inclus dans l'assiette de la contribution : / () 7° Les indemnités journalières ou allocations versées par les organismes de sécurité sociale ou, pour leur compte, par les employeurs à l'occasion de la maladie, de la maternité ou de la paternité et de l'accueil de l'enfant, des accidents du travail et des maladies professionnelles, à l'exception des rentes viagères et indemnités en capital servies aux victimes d'accident du travail ou de maladie professionnelle ou à leurs ayants droit. () ". Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 136-1-1 du même code, dans sa version applicable du 1er septembre 2018 au 31 décembre 2019 : " La contribution prévue à l'article L. 136-1 est due sur toutes les sommes, ainsi que les avantages et accessoires en nature ou en argent qui y sont associés, dus en contrepartie ou à l'occasion d'un travail, d'une activité ou de l'exercice d'un mandat ou d'une fonction élective, quelles qu'en soient la dénomination ainsi que la qualité de celui qui les attribue, que cette attribution soit directe ou indirecte. () ". Aux termes du I de l'article L. 136-1-2 de ce code, dans sa version applicable du 1er septembre 2018 au 31 décembre 2019 : " La contribution prévue à l'article L. 136-1 est due sur toute somme destinée à compenser la perte de revenu d'activité, y compris en tant qu'ayant droit, et versée sous quelque forme que ce soit et quelle qu'en soit la dénomination. ".

4. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () ".

5. Il résulte des travaux parlementaires de la loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013, dont est issu l'article 231 du code général des impôts, que le législateur a entendu rendre l'assiette de la taxe sur les salaires, identique à celle de la contribution sociale généralisée, sous réserve des seules exceptions mentionnées à la première phrase du 1 de cet article 231. Les prestations de sécurité sociale versées par l'entremise de l'employeur, lesquelles sont exclues expressément de l'assiette de la taxe sur les salaires par le 1 de l'article 231, dans sa rédaction antérieure au 1er septembre 2018, doivent s'entendre des indemnités et allocations versées par l'employeur, pour le compte des organismes de sécurité sociale, au bénéfice des salariés à l'occasion de la survenance de risques sociaux tels que notamment la maladie. Le maintien d'un plein traitement au fonctionnaire malade pendant les 89 premiers jours de son congé de maladie, dont peuvent notamment bénéficier les fonctionnaires hospitaliers en cas de maladie en vertu de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, constitue un avantage statutaire ayant le caractère d'une rémunération et non une prestation de sécurité sociale versée par l'employeur pour le compte d'un organisme de sécurité sociale au sens de l'article 231. Dès lors, le centre hospitalier Yves Le Foll n'est pas fondé à soutenir que les pleins traitements versés à ses agents pendant les 89 premiers jours d'un congé de maladie, au cours de la période d'imposition en litige, devaient être exclus de l'assiette de la taxe sur les salaires.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / () / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

7. Le centre hospitalier Yves Le Foll ne peut valablement se prévaloir, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des points n°s 40 et 80 du bulletin officiel des finances publiques-impôts référencé BOI-TPS-TS-20-10, dès lors qu'il a été imposé conformément aux éléments qu'il a déclarés, n'a donc pas fait l'objet d'un rehaussement d'imposition en matière de taxe sur les salaires au titre des années 2017 et 2018 et qu'il n'a pas davantage fait application spontanément des interprétations administrative de la loi fiscale dont il soutient qu'elles figurent dans les textes qu'il invoque.

Sur les frais d'instance :

8. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le centre hospitalier Yves Le Foll au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du centre hospitalier Yves Le Foll est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier Yves Le Foll et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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