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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103979

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103979

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103979
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMSS 6ème chambre GRONDIN Thibault
Avocat requérantBERLOTTIER-MERLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, M. A E, représenté par Me Berlottier-Merle, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 12 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son titre de conduite pour solde de point nuls ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de point(s) de son permis de conduire prises à la suite des infractions relevées les 5 novembre 2018 (un point), 9 février 2019 (trois points), 26 mars 2019 (un point), 7 septembre 2019 (un point), 29 septembre 2019 (six points) et 11 juin 2020 (un point) ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 12 mai 2021 est entachée d'incompétence ;

- il n'a jamais reçu notification des décisions portant de retrait de point (s) ;

- la réalité des infractions relevées les 5 novembre 2018, 9 février 2019, 26 mars 2019, 7 septembre 2019 et 11 juin 2020 n'est pas établie ;

- les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. C a lu son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de point (s) prises à la suite des infractions relevées les 5 novembre 2018 (un point), 9 février 2019 (trois points), 26 mars 2019 (un point), 7 septembre 2019 (un point), 29 septembre 2019 (six points) et 11 juin 2020 (un point) et, par voie de conséquence, d'annuler la décision référencée " 48SI " du 12 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de point nuls.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision référencée " 48SI " litigieuse a été signée par Madame D B, chef du bureau national des droits à conduire, laquelle avait reçu, par une décision du 28 janvier 2020 régulièrement publié le 31 janvier 2020 au journal officiel, délégation pour signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions et correspondances courantes dans les limites des attributions de la sous-direction de l'éducation routière et du permis de conduire, au nombre desquelles figures les décision de retrait de permis. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la notification des décisions portant retrait de point (s) :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par ces dispositions, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Il en résulte que la circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors, que dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. E n'aurait été informé des décisions successives de retrait de points qu'à la lecture de la décision " 48SI " en litige est sans incidence sur la légalité de ces décisions.

En ce qui concerne la délivrance des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des alinéas 1,2 et 4 de l'article L. 223-6. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

7. D'autre part, aux termes de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Par ailleurs, conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée par radar automatique et qui a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, a nécessairement reçu le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

S'agissant des infractions commises les 5 novembre 2018 (un point), 9 février 2019 (trois points), 26 mars 2019 (un point) et 7 septembre 2019 (un point) :

8. Il résulte des attestations de paiement établies le 5 octobre 2021 par le comptable public de la Trésorerie du contrôle automatisé produites par le ministre de l'intérieur que M. E s'est acquitté les 5 février 2020 et 26 août 2020 des amendes forfaitaires majorées résultant des infractions respectivement commises les 5 novembre 2018, 9 février 2019 et 26 mars 2019, et le 7 septembre 2019. À cet égard, le requérant n'établit ni même ne soutient que les avis qu'il a alors nécessairement reçus auraient été incomplets ou inexacts. Dans ces conditions, l'intéressé doit être regardé comme s'étant vu régulièrement notifier les informations requises par les dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de ces informations doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 29 septembre 2019 (six points) :

9. Il résulte du relevé d'information intégral de M. E que la réalité de cette infraction a été établie par une condamnation pénale prononcée le 7 juillet 2020 par le tribunal de grande instance de Macon et devenue définitive le 21 août suivant. Par suite, ainsi qu'il a été dit au point 6, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il n'aurait pas reçu les informations requises préalablement à la décision de retrait de six points.

S'agissant de l'infraction commise le 11 juin 2020 (un point) :

10. Il résulte du relevé d'information intégral de M. E que cette infraction a été relevée par l'intermédiaire d'un radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, lequel est produit en défense et contient l'ensemble des informations requises par le code de la route. Le ministre de l'intérieur établit par ailleurs que le pli recommandé n° 2D 038 451 7212 3 contenant ce titre exécutoire a été présenté au domicile de l'intéressé mais a été retourné au ministère revêtu des mentions " Présenté / Avisé le 22/01/2021 " et " Pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, M. E doit être regardé comme s'étant vu régulièrement notifier cet avis ainsi, par voie de conséquence, que les informations rendues obligatoires par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de retrait d'un point prise à la suite de cette infraction au motif qu'il ne se serait pas vu délivrer les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

En ce qui concerne la réalité des infractions commises les 5 novembre 2018, 9 février 2019, 26 mars 2019, 7 septembre 2019 et 11 juin 2020 :

11. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. () / Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. / () ".

12. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la réalité des infractions commises les 5 novembre 2018, 9 février 2019, 26 mars 2019, 7 septembre 2019 et 11 juin 2020 est établie par l'émission des titres exécutoires d'amende forfaire majorée précités et par la condamnation pénale du 7 juillet 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut de réalité de ces infractions doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, que M. E n'est pas fondé à solliciter l'annulation des décisions portant retrait de point(s) de son permis de conduire prises à la suite des infractions relevées les 5 novembre 2018 (un point), 9 février 2019 (trois points), 26 mars 2019 (un point), 7 septembre 2019 (un point), 29 septembre 2019 (six points) et 11 juin 2020 (un point). Il n'est pas plus fondé à solliciter l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 12 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son titre de conduite pour solde de point nuls par voie de conséquence.

Sur les frais de l'instance :

43. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

T. CLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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