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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104089

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104089

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104089
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBESSIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement le 6 août 2021 et le 27 avril 2023, Mme C B, représentée par Me Bessis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui lui ont été réclamées au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de lui accorder la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui lui ont été réclamées au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les sommes de 4 800 euros et 15 000 euros qu'elle a encaissées par erreur sur son compte personnel, les 30 avril 2015 et 16 novembre 2015, provenaient certes de clients de sa société, mais lui ont été reversées, pour la première, le jour même par un débit de montant identique de son compte courant d'associé, pour la seconde, par une opération identique effectuée le 1er janvier 2016 ;

- les rappels d'impôts afférents aux années 2016 et 2017 procèdent de sommes qui ont été regardées comme lui ayant été distribuées par la société FLB Conseil à l'issue de rectifications fondées sur l'existence d'un passif injustifié, de dépenses personnelles et de dépenses somptuaires ; elle reprend donc à son compte l'argumentation relative à ces rectifications présentée par cette société dans sa réclamation du 28 janvier 2021 ; ainsi, la prise en charge par la société FLB Conseil des frais de télésurveillance de son domicile était justifiée par la circonstance que le siège social de cette société est hébergé par une société de domiciliation commerciale et qu'elle assure la fonction de gérante de cette société depuis son domicile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est recevable qu'à hauteur de 11 691 euros, montant porté dans la réclamation préalable contentieuse, laquelle ne contestait que les seuls rappels d'impôt sur le revenu et les pénalités de recouvrement y afférentes et que s'agissant du surplus aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Un mémoire présenté par le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine a été enregistré le 28 avril 2023 et n'a pas été communiqué en l'absence de nouveaux éléments.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est la gérante et l'une des deux associés de la SARL FLB Conseil qui a pour activité la recherche de crédits et de financements pour des entreprises du commerce et de l'industrie. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des rectifications de ses résultats soumis à l'impôt sur les sociétés et a regardé une partie de ces rectifications comme révélant l'existence de revenus distribués à Mme B, imposables sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et du e de l'article 111 du même code. L'administration a ainsi adressé à Mme B une première proposition de rectification, au titre de l'année 2015, le 13 décembre 2018, puis une seconde proposition de rectification le 8 mars 2019, au titre des années 2016 et 2017, afin de l'informer, selon la procédure de rectification contradictoire, des conséquences à son niveau du contrôle dont avait fait l'objet la SARL FLB Conseil. L'intéressée n'a pas retiré la première proposition de rectification, dont elle n'a pris connaissance que le 14 décembre 2019, lorsque le service la lui a remise en mains propres. Elle a ainsi présenté des observations en réponse à ce document, tardivement le 13 février 2019, auxquelles l'administration a toutefois répondu le 8 avril 2019. Elle n'a pas, en revanche, présenté d'observations en réponse à la proposition de rectification relative aux années 2016 et 2017. La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ayant rendu un avis partiellement favorable à la SARL FLB Conseil, que l'administration a décidé de suivre, Mme B a été informée, le 9 juillet 2020, de ses conséquences financières en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Après la mise en recouvrement des rappels d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, Mme B a formé une réclamation contentieuse qui a été rejetée le 8 juin 2021. Elle a alors décidé de saisir le tribunal du litige l'opposant à l'administration.

Sur la recevabilité des conclusions en décharge des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes :

2. Aux termes de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " () Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ".

3. Il résulte de l'instruction, que dans sa réclamation préalable du 16 février 2021, Mme B n'a contesté que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2015 à 2017, ainsi que les pénalités correspondantes, et non les prélèvements sociaux qui constituent des impositions distinctes de l'impôt sur le revenu. Par suite, l'administration est fondée à soutenir que les conclusions présentées par Mme B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux, qui lui ont été réclamées au titre des années 2015 à 2017, sont, en application des dispositions citées au point précédent de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales, irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales : " À moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification. ".

5. Aux termes de l'article L. 57 du même livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. ".

6. Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ".

7. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".

8. Il résulte de l'instruction que l'administration a adressé à Mme B, respectivement les 13 décembre 2018 et 8 mars 2019, deux propositions de rectification, l'informant selon la procédure contradictoire, des rectifications à l'origine des impositions en litige. Alors que ces propositions de rectifications ont été expédiées à l'adresse connue du service comme étant celle du domicile de la contribuable, étaient motivées et l'invitaient à adresser au service dans un délai de trente jours ses observations ou son acceptation, Mme B n'a pas répondu à la première proposition de rectification dans le délai légal et n'a pas répondu à la seconde. Par suite, elle doit supporter la charge de la preuve dans le cadre de la présente instance, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne les conclusions en décharge du rappel d'impôt sur le revenu réclamé à Mme B au titre de l'année 2015 :

9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ".

10. Mme B conteste l'imposition, au titre de l'année 2015, en tant que revenus distribués et sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de deux sommes, la première de 4 800 euros, encaissée par elle sur son compte bancaire personnel le 30 avril 2015, la seconde de 15 000 euros, encaissée pareillement le 16 novembre 2015. Elle admet qu'il s'agissait de recettes de la SARL FLB Conseil en provenance de ses clients, mais soutient qu'elle a appréhendé ces sommes par erreur et que leurs montants ont été repris le jour même au débit de son compte courant d'associés. Toutefois, cette circonstance, qui établit uniquement la comptabilisation de la mise à sa disposition de ces sommes, est sans influence sur leur caractère imposable sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Par ailleurs, si en faisant valoir que la première somme a été " régularisée " en 2015 et que la seconde a été " régularisée " en 2016, Mme B a entendu se prévaloir de leur remboursement à la société requérante, elle ne produit aucun élément en établissant la réalité. Par suite, elle n'établit pas l'absence de bien-fondé de l'imposition de ses deux sommes au titre de l'année 2015 et n'est, en tout état de cause, pas davantage fondée à soutenir que la somme de 15 000 euros devrait être déduite de son revenu global de l'année 2016.

En ce qui concerne les conclusions en décharge des rappels d'impôt sur le revenu réclamés à Mme B au titre des années 2016 et 2017 :

11. L'administration a regardé comme constituant des revenus distribués devant être soumis à l'impôt le revenu sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts des dépenses de télésurveillance du domicile de Mme B, prises en charge par la SARL FLB Conseil et dont le caractère déductible des résultats de cette société a été remis en cause. La SARL FLB Conseil ayant établi devant la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qu'elle ne disposait pas de locaux autres que ceux mis à disposition par sa gérante à son domicile, la commission a admis, dans son avis du 27 février 2020, à défaut d'élément sur la surface de ce domicile et la surface affectée à l'activité de la société, le caractère déductible de ces dépenses à concurrence de 20 % de leur montant. L'administration a tiré les conséquences de cet avis au niveau de Mme B et n'a finalement soumis à l'impôt sur le revenu que 80 % des dépenses de télésurveillance du domicile de la requérante. Dans le cadre de la présente instance, Mme B conteste l'imposition de ces sommes par renvoi à la réclamation préalable formée le 28 janvier 2021 par la SARL FLB Conseil. Cette réclamation jointe à la requête, ne comporte toutefois aucune argumentation supplémentaire et notamment n'établit pas que le dispositif de télésurveillance en cause ne bénéficiait qu'au local mis à la disposition de la société ou que le taux de 20 % retenu par le service ne correspondrait pas à l'avantage qu'elle a effectivement retiré de ce dispositif. Par suite, Mme B ne conteste pas valablement l'imposition en tant que revenus distribués de la fraction de ces dépenses regardée comme non déductible des résultats de la SARL FLB Conseil.

12. La réclamation préalable de la société FLB Conseil ne comportant aucune autre contestation des rectifications à l'origine des impositions supplémentaires mises à la charge de Mme B, les conclusions présentées au titre des années 2016 et 2017, doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. L'État n'étant pas la partie perdante, la demande présentée par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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