mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104315 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS BONDIGUEL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés respectivement les 25 août 2021, 23 mars et 12 mai 2023, Mme F E, représentée par la SELARL Bondiguel et Associés, demande au tribunal :
1°) de lui accorder la décharge des majorations pour manquement délibéré dont ont été assorties les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu qui lui ont été réclamées au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'application des majorations en litige n'est pas suffisamment motivée ; les motifs figurant dans la proposition de rectification du 24 avril 2019 ne concernent qu'une partie des rectifications au titre desquelles les majorations ont été appliquées ;
- le caractère délibéré des manquements qui lui sont reprochés n'est pas établi ; lorsqu'elle s'est aperçue du caractère erroné de ses déclarations, elle a contacté le service dans l'optique de régulariser sa situation ; dès lors que le contrôle fiscal a été engagé, il ne lui est pas apparu possible de souscrire de nouvelles déclarations rectificatives avant l'envoi de la proposition de rectification du 24 avril 2019 ; certains chefs de rectification ne concernent qu'une seule année ; les modalités de déduction des pensions alimentaires sont souvent mécomprises par les contribuables.
Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 10 décembre 2021 et 3 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme E n'est fondé.
Le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine a produit un dernier mémoire, qui a été enregistré le 15 mai 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Bondiguel, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été initialement soumise à l'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 au regard des éléments figurant sur les déclarations de revenus qu'elle a souscrites. Elle a, toutefois, déposé le 31 octobre 2018 des déclarations de revenus rectificatives au titre notamment des années 2016 et 2017. Le 15 novembre 2018, une demande de renseignement relative à ces deux années lui a été remise alors qu'elle était dans les locaux de l'administration. Mme E a répondu à cette demande qui a été complétée par le service le 26 décembre 2018. Après réception de réponses à cette dernière demande, l'administration a adressé à l'intéressée une proposition de rectification le 24 avril 2019 tirant les conséquences du rapprochement de ses déclarations de revenu initiales et rectificatives et des réponses apportées aux demandes de renseignements. Cette proposition de rectification informait Mme E de l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré à l'ensemble des rappels d'impôt mis à sa charge. Mme E a présenté des observations le 13 juin 2019 contestant uniquement, au titre des deux années en cause, la rectification relative au montant de ses salaires, l'absence de déduction d'une pension alimentaire versée à l'un de ses deux fils, D, et l'application de la majoration de 40 %. Dans sa réponse du 14 novembre 2019, l'administration a maintenu l'ensemble des rectifications mais a réduit les montants des salaires devant être pris en compte pour déterminer les revenus imposables des deux années en litige. Le service a également maintenu les pénalités notifiées mais il ressort des conséquences financières figurant dans cette réponse qu'au titre des revenus de l'année 2017, la majoration de 40 % n'est plus calculée sur la base de l'ensemble des rappels d'impôt sur le revenu sans que les bases désormais exclues soient toutefois identifiées. Mme E ayant présenté de nouvelles observations appuyées de nouveaux éléments, l'administration a révisé une nouvelle fois ses bases imposables dans une décision du 4 février 2021 arrêtant les montants de ses salaires à 129 602 euros pour 2016 et 69 776 euros pour 2017, soit à des montants inférieurs aux montants initialement déclarés, qui étaient, au regard de la proposition de rectification du 24 avril 2019, de respectivement 131 212 euros et 74 605 euros. Les impositions supplémentaires mises en recouvrement le 30 avril 2021 ne procèdent donc pas d'un rehaussement des salaires déclarés par Mme E, mais des autres chefs de rectification notifiés. Le 14 juin 2021, Mme E a déposé une réclamation contentieuse ne contestant que les majorations pour manquement délibéré mises à sa charge pour des montants de 332 euros (2016) et 1 978 euros (2017). L'administration a malencontreusement traité cette demande comme une demande gracieuse et l'a rejetée par deux décisions du 24 juin 2021. Le 4 août 2021 le conciliateur fiscal du département du Finistère a accordé, à titre gracieux, la remise de 50 % de ces pénalités, les ramenant à 166 euros pour 2016 et 989 euros pour 2017. Dans le cadre de la présente instance, Mme E conteste à la fois la motivation de ces majorations et leur bien-fondé.
Sur les conclusions en décharge des majorations :
2. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ".
3. Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations. ".
En ce qui concerne la motivation de l'application des majorations pour manquement délibéré :
4. La proposition de rectification du 24 avril 2019 qui, dans la partie consacrée aux pénalités, ne vise qu'une partie des chefs de rectification à l'origine des rappels notifiés alors que la majoration était appliquée à ce stade de la procédure à l'ensemble de ces rappels, qui ne comporte pas d'analyse des manquements qui auraient été commis par Mme E lors de la souscription de ses déclarations initiales, mais qui fonde la majoration de 40 % sur des faits largement postérieurs à celle-ci, à savoir essentiellement sur une proposition de rectification qui lui a été adressée le 21 décembre 2018 au titre de l'année 2015 comportant des chefs de rectifications en partie identiques à ceux notifiés au titre des années 2016 et 2017, et qui, par ailleurs, cumule les erreurs qui auraient été commises sur les déclarations initiales et sur les déclarations rectificatives pour caractériser le caractère répétitif des manquements, alors que ces dernières déclarations n'ont pas donné lieu à imposition ou à dégrèvement, ne comporte pas une motivation suffisante des majorations en litige.
5. La réponse aux observations du contribuable du 14 novembre 2019, qui accordait à Mme E un délai de trente jours pour présenter des observations sur les pénalités, comporte une motivation complémentaire. Cette réponse mentionne que les pénalités notifiées sont maintenues alors que pour l'année 2017 leur montant (5 893 euros) ne correspond plus à 40 % du montant du rappel d'impôt sur le revenu retenu par le service à ce stade de la procédure (18 334 euros), sans qu'aucune explication ne soit donnée à cette variation qui ne permet pas d'identifier les rectifications au titre desquelles l'administration a renoncé à l'application de la majoration pour manquement délibéré. Dès lors que, dans ce document, l'administration fait masse au titre de l'année 2017 de rectifications procédant de la remise en cause d'éléments figurant sur la déclaration initiale, de la prise en compte d'éléments figurant sur la déclaration rectificative et du refus de prendre en compte des demandes présentées par la requérante en cours de contrôle qui n'a pas pu être à l'origine d'une imposition supplémentaire, seules les rectifications relatives à la remise cause du rattachement au foyer fiscal de Mme E de son fils D et donc du quotient familial applicable, ainsi que la remise en cause, au titre des deux années en litige, de la déduction d'une pension alimentaire que la requérante aurait versée à son ex-époux, M. C A B, père de ses deux enfants, apparaissent clairement dans la réponse aux observations du contribuable comme faisant l'objet d'une majoration pour manquement délibéré. La motivation de l'application de cette majoration au titre de la remise en cause de la déduction d'une pension alimentaire versée à l'ex-époux de la requérante est formellement suffisante. S'agissant de la remise en cause du quotient familial, il ressort de la proposition de rectification du 24 avril 2019, que sur ses déclarations de revenus initiales, Mme E n'a déclaré son fils D comme rattaché à son foyer fiscal qu'au titre de l'année 2017 et n'a pas porté en déduction de son revenu imposable, au titre de cette même année, une pension alimentaire qui lui aurait été versée. Par suite, en faisant état de ce que " les deux enfants majeurs sont fiscalement pris en charge, et les pensions allouées ont été admises en déduction de l'impôt sur le revenu. C'est donc de manière délibérée que son fils, D A B a été rattaché à son foyer fiscal " et donc en constatant uniquement l'absence de bien-fondé du rattachement de M. D A B au foyer fiscal de la requérante, l'administration n'a pas suffisamment motivé l'application de cette majoration au titre de ce chef de rectification.
6. Il résulte de tout ce qui précède que seule la majoration pour manquement délibéré appliquée au titre des deux années en litige, en raison de la remise en cause de la déduction d'une pension alimentaire qui aurait été versée à M. A B, ex-époux de la requérante, a été suffisamment motivée par l'administration.
En ce qui concerne le bien-fondé de la majoration pour manquement délibéré appliquée en raison de la remise en cause de la déduction d'une pension alimentaire qui aurait été versée par Mme E à son ex-époux :
7. L'administration fait valoir qu'aucune décision de justice n'a mis à la charge de Mme E le versement d'une pension alimentaire à M. A B, que celui-ci n'était pas en état de besoin et que la réalité même des versements revendiqués n'a pas été établie. Si Mme E conteste ce dernier argument en produisant des relevés de son compte bancaire sur lesquels figure chaque mois la mention manuscrite " C Le B " à côté d'une écriture de débit par chèque, cette simple mention manuscrite est dépourvue de force probante, alors que M. A B n'a pas déclaré avoir perçu de pension alimentaire de son ex-épouse. Par suite, le service doit être regardé comme établissant qu'en portant sur ses déclarations de revenus des années 2016 et 2017, les sommes qu'elle a identifiées comme des pensions alimentaires versées à son ex-époux, Mme E avait l'intention d'éluder l'impôt et a ainsi commis un manquement délibéré justifiant l'application de la majoration de 40 % prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 900 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à Mme E la décharge des majorations de 40 % pour manquement délibéré qui ont été maintenues à sa charge par la décision du conciliateur fiscal départemental du 4 août 2021, au titre des années 2016 et 2017, à concurrence du montant correspond à la différence entre leur montant total et le montant procédant de leur application aux seules impositions supplémentaires résultant de la remise en cause de la déduction opérée par Mme E au titre d'une pension alimentaire versée à son ex-époux.
Article 2 : L'État versera à Mme E la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026