mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104585 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAINTRIER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 9 septembre 2021 et 5 avril 2022, M et Mme A et B C, représentés par Me Nicolaou et Me Belouis, demandent au tribunal :
1°) de leur accorder la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu qui leur a été réclamée au titre de l'année 2016, mise en recouvrement le 31 mars 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la société Crédit Voyages n'est pas une société holding animatrice et par suite il n'y a pas lieu d'appliquer les conditions spécifiquement prévues pour ces sociétés au A du 1 quater de l'article 150-0-D du code général des impôts ; elle n'est pas davantage une holding pure dès lors qu'elle exerce une activité opérationnelle propre ; la doctrine administrative BOI-RPPM-PVBMI-20-30-10 comporte une partie intitulée " La société doit exercer une activité opérationnelle ou être une société holding animatrice " indiquant clairement qu'une société holding non-animatrice peut-être qualifiée " d'opérationnelle " ; le point n° 150 du BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20 du 18 août 2020 n'exclut que " les sociétés holdings, simples gestionnaires d'un portefeuille mobilier ".
Par un mémoire en défense et un mémoire purement confirmatif, enregistrés respectivement les 24 février et 21 juin 2022 le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-et-France Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M et Mme C ont cédé, le 8 novembre 2016, à la société financière FRSKL, les cinq cents actions de la société par actions simplifiée (SAS) Crédits Voyages qu'ils détenaient depuis le 28 avril 2006, soit la totalité de son capital. À cette occasion, ils ont réalisé une plus-value de cession de 5 717 500 euros qu'ils ont déclarée et au titre de laquelle ils ont bénéficié de l'abattement dit " renforcé " de 85 % prévu au 3° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts. La SAS Crédits Voyages a fait l'objet d'une vérification de comptabilité et parallèlement le dossier fiscal de M. et Mme C a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration leur a adressé le 12 décembre 2019 une proposition de rectification les informant, selon la procédure contradictoire, notamment de la remise en cause de cet abattement et de l'application de l'abattement de 65 % prévu au 1ter du même article. Les contribuables ont présenté des observations contestant ce chef de rectification, qui a toutefois été confirmé par le service dans sa réponse du 11 février 2020. Les impositions supplémentaires procédant de cette rectification ont été mises en recouvrement le 31 mars 2021. M. et Mme C ont formé une réclamation préalable le 20 avril 2021 qui a été rejetée par l'administration le 21 juillet 2021.
2. L'administration a remis en cause l'abattement de 85 % au motif principal que la SAS Crédits Voyages était une société holding animatrice, qu'il convenait donc de vérifier le respect des conditions mentionnées au 1° du B du 1 quater de l'article 150-0 D non seulement au niveau de cette société, mais également à celui de chacune des sociétés dans laquelle elle détenait des participations et qu'en l'espèce certaines de ces sociétés exerçaient une activité de gestion d'un patrimoine immobilier. M. et Mme C contestent le bien-fondé de l'imposition supplémentaire mise à leur charge en faisant valoir, que la SAS Crédits Voyages n'était pas une holding animatrice, ni davantage une holding pure.
Sur le terrain de la loi fiscale :
3. Aux termes de l'article 150-0 D du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci diminué, le cas échéant, des réductions d'impôt effectivement obtenues dans les conditions prévues à l'article 199 terdecies-0 A, ou, en cas d'acquisition à titre gratuit, leur valeur retenue pour la détermination des droits de mutation. / Les gains nets résultant de la cession à titre onéreux ou retirés du rachat d'actions, de parts de sociétés, de droits démembrés portant sur ces actions ou parts, ou de titres représentatifs de ces mêmes actions, parts ou droits, mentionnés à l'article 150-0 A, ainsi que les distributions mentionnées aux 7,7 bis et aux deux derniers alinéas du 8 du II du même article, à l'article 150-0 F et au 1 du II de l'article 163 quinquies C sont réduits d'un abattement déterminé dans les conditions prévues, selon le cas, au 1 ter ou au 1 quater du présent article. / Le complément de prix prévu au 2 du I de l'article 150-0 A, afférent à la cession d'actions, de parts ou de droits mentionnés au deuxième alinéa du présent 1, est réduit de l'abattement prévu au même alinéa et appliqué lors de cette cession. / L'abattement précité ne s'applique pas à l'avantage mentionné à l'article 80 bis constaté à l'occasion de la levée d'options attribuées avant le 20 juin 2007, ni au gain net mentionné au I de l'article 163 bis G. / () / 1 quater. A.-Par dérogation au 1 ter, lorsque les conditions prévues au B sont remplies, les gains nets sont réduits d'un abattement égal à : / 1° 50 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins un an et moins de quatre ans à la date de la cession ; / 2° 65 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins quatre ans et moins de huit ans à la date de la cession ; / 3° 85 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins huit ans à la date de la cession. / B. - L'abattement mentionné au A s'applique : / 1° Lorsque la société émettrice des droits cédés respecte l'ensemble des conditions suivantes : / a) Elle est créée depuis moins de dix ans et n'est pas issue d'une concentration, d'une restructuration, d'une extension ou d'une reprise d'activités préexistantes. Cette condition s'apprécie à la date de souscription ou d'acquisition des droits cédés ; / b) Elle est une petite ou moyenne entreprise au sens de l'annexe I du règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité. Cette condition est appréciée à la date de clôture du dernier exercice précédant la date de souscription ou d'acquisition de ces droits ou, à défaut d'exercice clos, à la date du premier exercice clos suivant la date de souscription ou d'acquisition de ces droits ; / c) Elle n'accorde aucune garantie en capital à ses associés ou actionnaires en contrepartie de leurs souscriptions ; / d) Elle est passible de l'impôt sur les bénéfices ou d'un impôt équivalent ; / e) Elle a son siège social dans un État membre de l'Union européenne ou dans un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales ; / f) Elle exerce une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, à l'exception de la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier. / Lorsque la société émettrice des droits cédés est une société holding animatrice, au sens du troisième alinéa du V de l'article 885-0 V bis, le respect des conditions mentionnées au présent 1° s'apprécie au niveau de la société émettrice et de chacune des sociétés dans laquelle elle détient des participations. / Les conditions prévues aux quatrième à avant-dernier alinéas du présent 1° s'apprécient de manière continue depuis la date de création de la société ; / () / 1 quinquies. Pour l'application de l'abattement mentionné au 1, la durée de détention est décomptée à partir de la date de souscription ou d'acquisition des actions, parts, droits ou titres () ".
4. Aux termes de l'article 885-0 V bis du code général des impôts, alors en vigueur : " V. / () / Les souscriptions réalisées au capital d'une société holding animatrice ouvrent droit à l'avantage fiscal mentionné au I lorsque la société est constituée et contrôle au moins une filiale depuis au moins douze mois. Pour l'application du présent alinéa, une société holding animatrice s'entend d'une société qui, outre la gestion d'un portefeuille de participations, participe activement à la conduite de la politique de leur groupe et au contrôle de leurs filiales et rend, le cas échéant et à titre purement interne, des services spécifiques, administratifs, juridiques, comptables, financiers et immobiliers. / () ".
5. Il ressort des dispositions précitées que le bénéfice des dispositions du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts est subordonné, notamment, à la condition que la société, dont les titres ou droits sont cédés, exerce depuis la date de sa création une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, à l'exception de la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier. Lorsque la société émettrice des titres ou droits cédés est une société holding animatrice, au sens du troisième alinéa du V de l'article 885-0 V bis, cité ci-dessus, le respect de cette condition doit être apprécié non seulement à son niveau, mais également à celui de chacune des sociétés dans laquelle elle détient des participations. Lorsqu'une société exerce plusieurs activités, il y a lieu de vérifier si les activités permettant de bénéficier du dispositif d'abattement prévu au A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts ont présenté depuis sa création un caractère prépondérant ;
6. Il résulte de l'instruction que la SAS Crédits Voyages détenait, à la date de la cession en cause, 89,89 % du capital de la SARL Conseil Social Voyage, 20 % de la SARL Immovista et 20 % de la SCI La Mare aux Ornes. La SARL Conseil Social Voyage détenait elle-même 8,81 % de la SNC de la Madeleine, 8,23 % de la SNC Serenitys 2013, 8,58 % de la SNC Wonche et 12,44 % de la SNC Mangoustan. La SAS Crédits Voyages exerçait également une activité opérationnelle propre consistant à domicilier du courrier de personnes issues de la communauté des gens du voyage ayant souscrit des prêts auprès de la banque Crédit coopératif et à diligenter des mesures de recouvrement amiable de ces prêts. Elle exerçait aussi une activité de prestation de services à destination de sa filiale, la SARL Conseil Social Voyage, à laquelle elle facturait des prestations administratives et de secrétariat. Toutefois, au regard des valeurs ressortant de la comptabilité de la SAS Crédits Voyages, son actif était composé, au cours des exercices clos de 2014 à 2016 très majoritairement de ses participations financières ainsi que de créances qui y étaient rattachées. Il n'est ni établi ni soutenu que la prise en compte de la valeur vénale des éléments composant son actif, au jour de la cession en cause, conduirait à constater l'inverse et que le prix de cession des titres de la SAS Crédits Voyages aurait résulté essentiellement de la prise en compte de ses activités de prestataire de service. Par suite, l'administration est fondée à faire valoir que la SAS Crédits Voyages constituait à titre principal une société holding, dont la cession des titres ne pouvait ouvrir droit à l'application de l'un des abattements prévus au A du 1 quater de l'article 150-0-D que si elle était une société holding animatrice et remplissait, ainsi que les sociétés dans lesquelles elle détenait des participations, les conditions prévues B du 1 quater de cet article. Par suite et ainsi que le relevait déjà l'administration dans la réponse aux observations du contribuable du 11 février 2020, M. et Mme C ne contestent pas valablement la remise en cause de l'abattement de 85 %, dont ils avaient initialement bénéficié, en faisant valoir que la SAS Crédits Voyages n'exerçait pas d'activité d'animation du groupe de sociétés dont elle détenait des parts sociales.
Sur le terrain de l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :
7. Le titre : " G. La société doit exercer une activité opérationnelle ou être une société holding animatrice " figurant à l'extrait du bulletin officiel des finances publiques-Impôts publié le 3 mars 2016 sous l'identifiant juridique BOI-RPPM-PVBMI-20-30-10 ne comporte, en lui-même, aucune interprétation de la loi fiscale dérogeant à l'application qui en est faite par le présent jugement et ne peut, par suite, être valablement opposé à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
8. M. et Mme C ne peuvent également utilement se prévaloir du point n° 140 de l'extrait du bulletin officiel des finances publiques-Impôts publié le 18 août 2020 sous l'identifiant juridique BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dès lors, d'une part, que cette publication est postérieure à l'imposition primitive, et d'autre part, qu'elle ne concerne pas les dispositions de l'article 150-0 D du code général des impôts fondant les impositions contestées, mais celles de l'article 150-0 B ter qui sont étrangères au présent litige.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. et Mme C tendant à la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu qui leur a été réclamée au titre de l'année 2016 doivent être rejetées. Il en est de même de leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice dès lors que l'État n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B C et à l'administrateur général en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-et-France Est.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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01/06/2026
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01/06/2026