mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104754 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | MSS 2ème chambre M. ALBOUY |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS JURISDOMUS |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une réclamation adressée au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée au greffe du tribunal le 20 septembre 2021, sous le n° 2104754, et un mémoire en réplique, enregistré le 8 septembre 2022, l'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves, représentée par Me Plumerault, demande la décharge de la cotisation supplémentaire de taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 dans les rôles de la commune de Rennes à raison de la clinique Saint-Yves.
Elle soutient que :
- l'assujettissement à la taxe d'habitation, y compris pour les établissements privés d'assistance à but non lucratif, concerne nécessairement des locaux considérés comme constituant des logements et leurs dépendances ;
- les points 10 et 20 de l'extrait du bulletin officiel des finances publiques-Impôts BOI-IF-TH-10-10-20 (édition du 12 septembre 2012) prévoit que " ne peuvent être soumis à la taxe d'habitation les locaux aménagés spécialement pour l'exercice d'une profession industrielle ou commerciale (usines, ateliers, dépôts, boutiques, magasins de vente) ;
- elle exerce une activité qui serait qualifiée de " commerciale " si elle poursuivait un but lucratif et qui est de nature professionnelle. Elle participe au service public hospitalier et est financée par le versement d'une dotation globale de fonctionnement comme un établissement public ; son activité ne relève pas de l'hébergement, mais du soin ; elle relève des articles L. 6112-3 et L. 6161-5 du code de la santé publique ; ses locaux ne servent pas à l'hébergement des patients qui s'y rendent dans le cadre d'une démarche de soins ; 40 % des patients que la clinique reçoit sont traités en " soins ambulatoires " ; une partie importante de son établissement est constituée de salles de soins et de parcours de rééducation fonctionnelle ainsi que de locaux administratifs et les locaux servant à l'hébergement des patients hospitalisés sont spécialement équipés pour permettre les soins ; ces locaux n'étant pas affectés à l'hébergement, mais à une activité professionnelle, l'exonération de cotisation foncière des entreprises du fait du caractère non lucratif de l'activité ne permet pas l'application de la taxe d'habitation ;
- les locaux meublés où le public a accès n'étant pas imposables à la taxe d'habitation et les points 90 et 110 du BOI-IF-TH-10-10-20 (édition du 12 septembre 2012) prévoyant une telle exonération notamment pour les musées dont l'accès est moins souple que l'accès à la clinique en litige, elle doit pouvoir bénéficier de cette exonération ;
- la taxe d'habitation s'applique uniquement aux locaux meublés ; en droit français la notion de local meublé permet de distinguer les locaux non-professionnels des locaux professionnels ; le point 20 du BOI-IF-TH-10-10-20 (édition du 12 septembre 2012) opposable à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales prévoit que ne peuvent être soumis à la taxe d'habitation les locaux spécialement aménagés pour l'exercice d'une profession industrielle ou commerciale ; les locaux en litige ont été spécialement conçus et équipés pour exploiter une activité professionnelle consistant à soigner des personnes malades et n'entrent donc pas dans le champ d'application de la taxe d'habitation, alors même que l'activité n'est pas exercée à titre lucratif.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par l'association requérante n'est fondé.
II - Par une réclamation adressée au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée au greffe du tribunal le 11 janvier 2022, et un mémoire en réplique enregistré le 8 septembre 2022, l'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves, représentée par Me Plumerault, demande la décharge de la cotisation supplémentaire de taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 dans les rôles de la commune de Rennes à raison de la clinique Saint-Yves.
Elle soutient que :
- l'assujettissement à la taxe d'habitation, y compris pour les établissements privés d'assistance à but non lucratif, concerne nécessairement des locaux considérés comme constituant des logements et leurs dépendances ;
- les points 10 et 20 de l'extrait du bulletin officiel des finances publiques-Impôts BOI-IF-TH-10-10-20 (édition du 12 septembre 2012) prévoit que " ne peuvent être soumis à la taxe d'habitation les locaux aménagés spécialement pour l'exercice d'une profession industrielle ou commerciale (usines, ateliers, dépôts, boutiques, magasins de vente) ;
- elle exerce une activité qui serait qualifiée de " commerciale " si elle poursuivait un but lucratif et qui est de nature professionnelle. Elle participe au service public hospitalier et est financée par le versement d'une dotation globale de fonctionnement comme un établissement public ; son activité ne relève pas de l'hébergement, mais du soin ; elle relève des articles L. 6112-3 et L. 6161-5 du code de la santé publique ; ses locaux ne servent pas à l'hébergement des patients qui s'y rendent dans le cadre d'une démarche de soins ; 40 % des patients que la clinique reçoit sont traités en " soins ambulatoires " ; une partie importante de son établissement est constituée de salles de soins et de parcours de rééducation fonctionnelle ainsi que de locaux administratifs et les locaux servant à l'hébergement des patients hospitalisés sont spécialement équipés pour permettre les soins ; ces locaux n'étant pas affectés à l'hébergement, mais à une activité professionnelle, l'exonération de cotisation foncière des entreprises du fait du caractère non lucratif de l'activité ne permet pas l'application de la taxe d'habitation ;
- les locaux meublés où le public a accès n'étant pas imposables à la taxe d'habitation et les points 90 et 110 du BOI-IF-TH-10-10-20 (édition du 12 septembre 2012) prévoyant une telle exonération notamment pour les musées dont l'accès est moins souple que l'accès à la clinique en litige, elle doit pouvoir bénéficier de cette exonération ;
- la taxe d'habitation s'applique uniquement aux locaux meublés ; en droit français la notion de local meublé permet de distinguer les locaux non-professionnels des locaux professionnels ; le point 20 du BOI-IF-TH-10-10-20 (édition du 12 septembre 2012) opposable à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales prévoit que ne peuvent être soumis à la taxe d'habitation les locaux spécialement aménagés pour l'exercice d'une profession industrielle ou commerciale ; les locaux en litige ont été spécialement conçus et équipés pour exploiter une activité professionnelle consistant à soigner des personnes malades et n'entrent donc pas dans le champ d'application de la taxe d'habitation, alors même que l'activité n'est pas exercée à titre lucratif.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par l'association requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Albouy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves conteste par ses requêtes nos 2104754 et 2200174, visées ci-dessus, les cotisations de taxe d'habitation qui lui ont été réclamées au titre des années 2019, 2020 et 2021, à raison de l'établissement de santé privé d'intérêt collectif dénommé la clinique Saint-Yves qu'elle exploite, à Rennes, dans des locaux propriétés de la communauté des Sœurs Augustines. Ces deux requêtes posant des questions identiques, il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
Sur le terrain de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 1407 du code général des impôts : " I. - La taxe d'habitation est due : / 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation () ; / 2° Pour les locaux meublés conformément à leur destination et occupés à titre privatif par les sociétés, associations et organismes privés et qui ne sont pas retenus pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises ; / 3° Pour les locaux meublés sans caractère industriel ou commercial occupés par les organismes de l'État, des départements et des communes, ainsi que par les établissements publics autres que ceux visés au 1° du II de l'article 1408. / II. - Ne sont pas imposables à la taxe : /1° Les locaux passibles de la cotisation foncière des entreprises lorsqu'ils ne font pas partie de l'habitation personnelle des contribuables ; () ". Aux termes de l'article 1408 du même code, dans sa rédaction applicable aux années 2019 et 2020 : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. () / II. - Sont exonérés : 1° Les établissements publics scientifiques, d'enseignement et d'assistance, ainsi que les établissements visés aux articles 12 et 13 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ; () ". Aux termes de l'article 1408 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année 2021 : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. () / II. - Sont exonérés : 1° Les établissements publics scientifiques, d'enseignement et d'assistance, les établissements mentionnés aux I et II de l'article L. 313-12 du code de l'action sociale et des familles, ou leurs groupements, ne se livrant pas à une exploitation ou à des opérations à caractère lucratif, ainsi que les établissements visés aux articles 12 et 13 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ; "
3. Il résulte de l'instruction que les locaux en litige sont affectés à l'activité d'une clinique, qui a le statut d'établissement de santé privé d'intérêt collectif et qui est gérée par l'association requérante. Ces locaux sont meublés conformément à cette destination, que ce soit par des meubles destinés directement à l'accueil et à l'hébergement des patients, par des meubles dits " de bureau " ou par des équipements, de nature mobilière, spécifiquement adaptés à l'activité de soins qui y est exercée, sans qu'il y ait lieu de distinguer entre ces différents biens meubles. Si ces mêmes locaux accueillent des patients, dont certains y sont hébergés temporairement, et si l'établissement accepte que leurs proches leur rendent visite, l'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves doit toutefois être regardée comme les occupant à titre privatif, dès lors que l'accueil des patients, et pour une fraction d'entre eux, la mise à disposition de chambres équipées, correspondent à l'objet de l'activité à laquelle ces locaux sont destinés, que les visites des proches des patients, alors même qu'elles ne sont pas payantes, sont soumises à des restrictions définies par l'établissement, au regard des contraintes d'organisation du service et certainement de contraintes d'ordre sanitaire, et que, par suite, les locaux en cause ne sont pas accessibles au public. Il n'est pas contesté que ces locaux exploités par un organisme à but non lucratif ne sont pas retenus pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises. Par suite, l'administration a légalement estimé qu'ils devaient être soumis à la taxe d'habitation au titre des années 2019, 2020 et 2021 sur le fondement des dispositions citées au point 2 du 2° du I de l'article 1407 du code général des impôts, sans que l'association requérante puisse valablement faire valoir, d'une part, qu'elle n'exerce pas une activité d'hébergement et, qu'en tout état de cause, l'hébergement présente un caractère accessoire aussi bien au regard de l'activité de soins, que de la surface des chambres accueillant les patients, d'autre part, que son activité, si elle était exercée à titre lucratif, ce qui n'est pas le cas, serait de nature commerciale, et enfin qu'elle participe à un service public, dont les missions sont également assurées par des établissements publics, qui sont exonérés de taxe d'habitation en vertu du 1° de II de l'article 1408 du code général des impôts.
Sur le terrain de l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :
4. L'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves ne peut valablement opposer à l'administration, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le point n° 20 du bulletin officiel des finances publiques-impôts publié sous la référence BOI-IF-TH-10-10-20 (édition du 12 septembre 2012) selon lequel " Ne peuvent être soumis à la taxe d'habitation les locaux spécialement aménagés pour l'exercice d'une profession industrielle ou commerciale (usines, ateliers, dépôts, boutiques, magasins de vente, etc. ) ", dès lors que l'activité, à laquelle les locaux en litige sont affectés, n'est ni industrielle ni commerciale et qu'ils ne peuvent donc être regardés comme spécialement aménagés pour l'exercice d'une profession industrielle ou commerciale.
5. L'association requérante ne peut davantage utilement invoquer, sur le même fondement, le point n° 90 du même bulletin officiel des finances publiques-impôts, qui ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale dérogeant à l'application qui en est faite au point 3, ainsi que le point n° 110, du même document, dans le champ d'application duquel elle n'entre pas, dès lors qu'il comporte uniquement une énumération de locaux non imposables à la taxe d'habitation au nombre desquels ne figurent pas ceux affectés aux établissements de santé.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les deux requêtes, visées ci-dessus, de l'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2104754 et 2200174 de l'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Œuvres des Augustines de Saint-Yves et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
Le magistrat désigné,
signé
E. AlbouyLa greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2104754,2200174
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026