mercredi 23 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104759 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 septembre 2021 et 30 novembre 2021, Mme B C demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 19 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a confirmé deux indus de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant total de 6 470,35 euros pour la période comprise entre le 1er février 2019 et le 29 février 2020 ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté sa demande de remise de ce trop-perçu ;
3°) de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.
Elle soutient que :
- la décision initiale d'indus ne lui a pas été notifiée ; elle n'a été informée de sa dette qu'à la faveur d'un échange téléphonique avec les services de la CAF qui ne lui ont cependant pas délivré les motifs de cette créance ; le président du conseil départemental ne l'a pas davantage renseignée ;
- si elle était toujours mariée à M. A, son ex-mari, en 2019, elle a divorcé au mois d'août 2020 ; M. A n'est donc plus son époux ;
- ce trop-perçu semble erroné dans son montant, les revenus de son conjoint n'ayant pas été pris en compte ;
- elle est de bonne foi et n'est pas en mesure de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le président du conseil départemental du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le trop-perçu en litige est fondé et résulte de la prise en compte de la situation de concubinage de la requérante ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par une lettre enregistrée le 27 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Morbihan fait valoir qu'elle n'est pas compétente pour connaître de conclusions relatives au RSA et demande à être mise hors de cause.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a perçu le RSA à compter du mois de février 2019 au titre d'une demande déposée auprès de la CAF du Morbihan le 8 de ce mois en tant que personne séparée depuis le 1er février 2016 avec un enfant à charge, la requérante ayant par la suite systématiquement confirmé cette situation lors de ses déclarations de ressources trimestrielles. Toutefois, par une demande d'aide au logement du 8 février 2020, M. A a déclaré être en situation de concubinage avec Mme C depuis le 1er janvier 2019. Par suite, la CAF a modifié les droits de l'intéressée en conséquence et a mis à sa charge un trop-perçu d'un montant total de 6 470,35 euros pour la période comprise entre le 1er février 2019 et le 29 février 2020 dont le solde s'élève à la somme de 5 798,56 euros. Mme C demande, à titre principal, l'annulation de la décision du 19 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a confirmé ce trop-perçu et, à titre subsidiaire, l'annulation de la décision par laquelle cette même autorité a implicitement refusé de lui en accorder une remise gracieuse.
Sur le bien-fondé du trop-perçu :
2. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre (). ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges. ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, (), l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, () ". Aux termes enfin de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes enfin de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
4. Il résulte des dispositions précitées que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par les dispositions précitées.
5. En premier lieu, la requérante soutient que la décision initiale d'indus de la CAF en date du 17 avril 2020 que verse en défense le département du Morbihan ne lui aurait jamais été notifiée. Toutefois, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité alors, au surplus, que l'instruction révèle que cette décision a bien été notifiée à
Mme C le 20 avril 2021 depuis son compte Internet CAF. En outre, il est constant que l'intéressée a bien eu connaissance de ce trop-perçu dès lors qu'elle en demande l'annulation dans la présente instance après en avoir contesté le bien-fondé par une lettre adressée à la CAF du Morbihan en date du 8 mai 2021 qu'elle produit elle-même à l'appui de sa requête. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification de la décision initiale d'indus est inopérant et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la requérante soutient que ni CAF ni le département du Morbihan ne lui auraient communiqué les motifs de ce trop-perçu. Il ressort toutefois de la décision en litige du 19 juillet 2021 que celui-ci résulte de la prise en compte de sa situation de concubinage avec M. A à compter du mois de janvier 2019. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit lui aussi être écarté.
7. En troisième lieu, la requérante soutient que si elle était toujours mariée à M. A, son ex-mari, en 2019, elle en a toutefois divorcé au mois d'août 2020 et que M. A n'est donc plus son époux. Mme C n'établit cependant pas, ni même ne soutient, qu'elle n'aurait pas été en situation de concubinage avec celui-ci à compter du 1er janvier 2019 et qu'elle ne le saurait plus, les pièces qu'elle versent elle-même au débat attestant bien au contraire que les intéressés étaient toujours domiciliés à la même adresse, celle de la requérante, à la date du 25 octobre 2021, soit postérieurement à la période du trop-perçu qu'elle conteste constitué sur la période du 1er février 2019 au 29 février 2020, Mme C présentant de surcroît elle-même M. A comme son conjoint, et indiquant au surplus être enceinte dans son mémoire du 30 novembre 2021. Par suite, la requérante ne saurait sérieusement contester le bien-fondé de cette créance résultant de la prise en compte par la CAF et le département du Morbihan de sa véritable situation familiale.
8. En dernier lieu, la requérante soutient que le trop-perçu en litige lui semble erroné dans son montant dès lors que les revenus de son conjoint n'ont pas été pris en compte. À cet égard, le département du Morbihan fait valoir en défense que la CAF a, par une lettre du 6 mars 2020 qu'il produit, demandé à Mme C de bien vouloir produire les déclarations trimestrielles de ressources de M. A pour la période comprise entre les mois de novembre 2018 et janvier 2020 mais que, la requérante n'ayant pas répondu, la totalité des sommes versées au titre du RSA lui a dès lors été réclamée. Le département n'établit toutefois pas que Mme C aurait bien été destinataire de cette lettre alors que l'intéressée produit, à la demande du tribunal, les bulletins de salaire de son conjoint pour l'année 2019. Il s'ensuit que, dans ces conditions, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision en litige en tant que les revenus de son conjoint n'ont pas été pris en compte dans la détermination du trop-perçu mis à sa charge.
9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 19 juillet 2021 doit être annulée. Il y a lieu par suite de renvoyer Mme C devant la caisse d'allocations familiales du Morbihan à fin de détermination du trop-perçu résultant de sa situation de concubinage avec M. A et des revenus perçus par celui-ci pour la période de référence de cette créance.
Sur la demande de remise gracieuse :
10. Aux termes de l'article aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (). / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".
11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
12. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la requérante doit être regardée comme ayant délibérément omis d'informer la CAF de sa situation de concubinage avec M. A à compter du mois de janvier 2019. Par suite, Mme C n'est pas fondée à solliciter une remise gracieuse de sa dette.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 19 juillet 2021 est annulée. Mme C est renvoyée devant la caisse d'allocations familiales du Morbihan à fin de détermination du trop-perçu de revenu de solidarité active susceptible d'être mis à sa charge en raison de sa situation de concubinage avec M. A et des revenus perçus par celui-ci durant la période de référence de cette créance.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au président du conseil départemental du Morbihan.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026