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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104797

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104797

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104797
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GROUPE FIDUCIAIRE FORTUNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Pemzec Automobiles, représentée par la SELARL Bretlim-Fortuny, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée dès lors qu'elle n'indique pas les raisons expliquant le rejet de la méthode de provisionnement appliquée par la société et celles ayant conduit le service à appliquer sa propre méthode de calcul des provisions ; la jurisprudence administrative citée dans la proposition de rectification l'a induite en erreur sur les motifs de rejet de sa demande ;

- l'insuffisante motivation de la proposition de rectification constitue une erreur substantielle au sens de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales et justifie la décharge des rectifications mises à sa charge au titre de la provision pour dépréciation des stocks de véhicules d'occasion comptabilisée en 2017 ;

- la méthode utilisée afin de calculer la provision pour dépréciation sur les véhicules d'occasion était conforme au droit applicable dès lors qu'il a été recouru à un indicateur professionnel de base et qu'il a été procédé à des ajustements tenant compte des spécificités des véhicules et de l'activité de la société à l'aide d'un indicateur professionnel ;

- il convient de se placer au 31 décembre 2017, jour de la clôture de l'exercice, et non au 7 mai 2019, afin d'évaluer les stocks des six véhicules atypiques de collection afin de comptabiliser, le cas échéant, une provision pour dépréciation ;

- les coefficients de dépréciation utilisés dans le cadre du calcul de la provision sur les stocks des pièces détachées sont basés sur les données professionnelles fournies par le constructeur, qui correspondent à la pratique dans ce secteur d'activité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Pemzec Automobiles ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Pemzec Automobiles exploite une concession automobile à Theix-Noyalo. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 25 janvier 2019 au 19 juin 2019, initiée par un avis du 13 décembre 2018 visant les déclarations sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. Une proposition de rectification lui a été adressée le 25 juin 2019. Par un courrier du 30 septembre 2019, la société a formé un recours hiérarchique, qui a été rejeté le 22 janvier 2020. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, mises à sa charge au titre des exercices 2016 et 2017, ont été mises en recouvrement les 30 septembre 2020 et 30 juin 2021. Par une réclamation du 29 décembre 2020, la SAS Pemzec Automobiles a contesté ces cotisations supplémentaires. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision d'une admission seulement partielle le 21 juillet 2021. Par la présente requête, la SAS Pemzec Automobiles demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés demeurées à sa charge, au titre des années 2016 et 2017, à la suite de cette décision.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable, sa réponse doit également être motivée. ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même code : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les années d'imposition concernées, la nature et le montant des rehaussements envisagés, ainsi que leurs motifs afin de permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 25 juin 2019 comporte la désignation de l'impôt concerné, les exercices concernés ainsi que le tableau des conséquences financières. Après avoir mentionné les textes appliqués, elle indique que, s'agissant des véhicules d'occasion, subsiste un écart important entre les provisions inscrites par la société résultant de correctifs à l'aide de la cotation Argus et les provisions calculées avec l'application d'un ratio statistique historique de pertes effectivement constatées sur la période échue au stock de véhicules acquis antérieurement au 31 décembre 2016. S'agissant des véhicules atypiques, elle indique qu'il convient de prendre en compte la valeur des véhicules telle qu'issue de l'expertise du 7 mai 2019 afin de calculer la provision. S'agissant de la provision sur les pièces détachées, elle indique que le taux de dépréciation appliqué par la société en fonction de l'ancienneté des pièces détachées n'a pu être justifié par aucun élément statistique issu des exercices antérieurs, justifiant d'une réalité économique de ces décotes. La proposition de rectification comporte ainsi les motifs de fait et de droit la justifiant. Ainsi, et dès lors qu'elle permet à la société requérante de faire valoir utilement, et sans risque de méprise, ses observations, elle répond aux exigences de l'article L. 57 précité du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / () 3. Pour l'application des 1 et 2, les stocks sont évalués au prix de revient ou au cours du jour de la clôture de l'exercice, si ce cours est inférieur au prix de revient. () ". Aux termes de l'article 38 decies de l'annexe III au même code : " Si le cours du jour à la date de l'inventaire des marchandises, matières premières, matières et fournitures consommables, produits intermédiaires, produits finis et emballages commerciaux perdus en stock au jour de l'inventaire est inférieur au coût de revient défini à l'article 38 nonies, l'entreprise doit constituer, à due concurrence, des provisions pour dépréciation. ". Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsqu'une entreprise constate que l'ensemble des matières ou produits qu'elle possède en stock ou une catégorie déterminée d'entre eux a, à la date de clôture de l'exercice, une valeur probable de réalisation inférieure au prix de revient, elle est en droit de constituer, à concurrence de l'écart constaté, une provision pour dépréciation si elle est en mesure de justifier de la réalité de cet écart et d'en déterminer le montant avec une approximation suffisante. Par cours du jour, il y a lieu d'entendre le prix auquel l'entreprise peut, dans les conditions de son exploitation, normalement escompter vendre les biens qu'elle possède en stock.

6. Il résulte, en premier lieu, de l'instruction que la SAS Pemzec Automobiles a comptabilisé au 31 décembre 2017 des provisions pour dépréciation de ses stocks de véhicules d'occasion pour un montant de 361 341,81 euros. Si la SAS s'est basée sur la cotation Argus, soit un indicateur professionnel communément admis, et a ajusté la valeur ainsi calculée à l'aide des données issues d'un site internet professionnel, elle n'a pas utilisé d'éléments particuliers résultant de son exploitation et de ses pratiques commerciales. Or, ainsi que le relève le service, les ventes réalisées en 2017 et ayant porté sur des véhicules d'occasion acquis avant le 1er janvier 2016 ont généré une perte globale nette de 57 092 euros après prise en compte de tous les frais relatifs à ces véhicules (y compris les frais de remise en état au moment de leur livraison), soit un taux de perte moyen de 31 % par rapport au prix d'achat de ces véhicules. L'application de ce taux de perte moyen de 31 %, qui reflète les risques propres à l'activité particulière de la société requérante, aurait dû conduire celle-ci à ne provisionner que 90 821 euros au 31 décembre 2017. Si, devant le tribunal, la société requérante soutient, en substance, qu'un tel niveau de provisionnement ne reflète pas la probabilité de perte afférente aux véhicules en stock au 31 décembre 2017, elle ne justifie pas que le montant de la provision qu'elle a comptabilisée aurait été déterminé avec un degré d'approximation suffisant, alors que la méthode employée par le service se fonde, avec précision, sur les données internes de l'entreprise.

7. En deuxième lieu, la SAS Pemzec Automobiles dispose de six véhicules atypiques, dont l'ancienneté varie entre 35 et 86 ans, conservés dans un lieu sécurisé et susceptibles de devenir potentiellement éligibles au statut de véhicules de collection. S'agissant de ces véhicules, elle a comptabilisé une provision pour dépréciation pour une valeur de 25 150,65 euros, couvrant la quasi-totalité du prix de revient de ces véhicules, lequel s'élève à 25 156,64 euros. Dans le cadre du contrôle, une expertise a été diligentée, le 7 mai 2019, à l'initiative de la société requérante afin de déterminer la valeur vénale de ces véhicules atypiques. L'expert a retenu une valeur vénale de 17 600 euros. Si la SAS soutient qu'il convient d'évaluer les stocks au cours du jour à la clôture de l'exercice, c'est-à-dire au 31 décembre 2017, et non au 7 mai 2019, pour comptabiliser le cas échéant une provision pour dépréciation, et estime que, dès lors, seule son estimation de la valeur vénale de ces véhicules au 31 décembre 2017 peut être retenue, elle ne justifie aucunement du niveau de dépréciation particulièrement élevé qu'elle a retenu. L'administration a pu ainsi à bon droit limiter les provisions déductibles à la différence entre le prix de revient et la valeur vénale retenue par l'expert.

8. En troisième lieu, la SAS Pemzec Automobiles a comptabilisé des provisions pour dépréciation de son stock de pièces détachées pour des montants de 68 196 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 et 71 281 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017. Pour déterminer le taux de dépréciation applicable à une catégorie de pièces détachées, elle s'est fondée uniquement sur l'ancienneté de celles-ci. Ainsi, pour les pièces Volvo, le taux de dépréciation appliqué variait, par tranche de six mois d'ancienneté, de 10 % (à partir de douze mois d'ancienneté) à 90 % (à partir de trente-six mois d'ancienneté). Devant le tribunal, la société soutient que les coefficients de dépréciation pratiqués sont basés sur les données professionnelles fournies par le constructeur, qui correspondent à la pratique dans son secteur d'activité. Toutefois, elle ne justifie par aucun élément statistique précis, issu son exploitation, et reflétant les caractéristiques particulières de son activité économique, des décotes qu'elle a appliquées de manière forfaitaire. Elle ne présente aucun élément attestant de ce que ces pièces détachées seraient vendues en-dessous de leur prix de revient et à un niveau proche de leur valeur nette comptable dépréciée. En particulier, le courrier électronique du 28 février 2019 émanant d'un employé de Volvo au sujet de la " politique de dédommagement exceptionnel VCF en matière de cafûtage dans le cadre du déploiement de LDC " ainsi que le contrat " Stock Management Program " du 11 juillet 2006 joint au dossier ne peuvent être considérés comme de tels éléments de preuve. Il en résulte que l'administration a pu à bon droit réintégrer les provisions dans les résultats imposables de la société requérante à hauteur de 58 648 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 et de 3 085 au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017.

Sur les pénalités :

9. Si la SAS Pemzec Automobiles conteste l'application d'intérêts de retard, ceux-ci n'ont pas le caractère d'une sanction mais vise essentiellement à réparer les préjudices de toute nature subis par l'État à raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales. Les rappels en droits étant justifiés en l'espèce, l'administration était donc fondée à appliquer des intérêts de retard sur le fondement de l'article 1727 du code général des impôts.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Pemzec Automobiles est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Pemzec Automobiles et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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