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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104883

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104883

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104883
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMSS 3ème chambre Mme PLUMERAULT
Avocat requérantCHRISTIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2021, l'EURL Mercer Automobiles, représentée par Me Christian, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 990 euros en réparation du préjudice financier subi en raison de la destruction d'un véhicule lui appartenant ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'Etat a commis deux fautes en ne lui notifiant aucune mise en demeure préalablement à la destruction du véhicule et en ne l'informant pas du délai dans lequel elle devait retirer le véhicule ;

- le lien de causalité entre les fautes commises et le préjudice est établi : le défaut de mise en demeure et le défaut d'information sur le délai à partir duquel le véhicule allait être détruit est à l'origine de sa destruction ;

- son préjudice s'élève à la somme de 7 990 euros, prix auquel elle comptait le revendre après remise en état.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée en l'absence de faute ;

- dans l'hypothèse où sa responsabilité serait retenue, le montant du préjudice retenu doit être réduit pour tenir compte du coût d'acquisition du véhicule, de son millésime et de la dépréciation propre au marché de l'occasion.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Plumerault ;

- et les conclusions de Mme Thalabard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 mars 2021, l'officier de police judiciaire de permanence à la circonscription de sécurité publique de Quimper a procédé à la mise en fourrière dans les locaux du garage ADPL d'un véhicule de marque Mercedes, appartenant à l'EURL Mercer Automobiles au motif d'un stationnement abusif de plus de sept jours. Le véhicule ayant été détruit le 29 mars 2021, l'EURL Mercer Automobiles a, par courrier du 12 juillet 2021, reçu le 13 juillet par les services de la préfecture du Finistère, demandé à l'Etat de l'indemniser du préjudice financier résultant de cette destruction. Le préfet du Finistère ayant implicitement rejeté sa demande, l'EURL Mercer Automobiles demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 990 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 325-30 du code de la route, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I.- L'autorité dont relève la fourrière classe le véhicule dans l'une des trois catégories suivantes : / 1° Véhicule pouvant être restitué en l'état à son propriétaire ou son conducteur ; / 2° Véhicule ne pouvant être restitué à son propriétaire ou son conducteur qu'après l'exécution des travaux reconnus indispensables, ou après avoir satisfait aux obligations de contrôles techniques ; / 3° Véhicule hors d'état de circuler dans des conditions normales de sécurité et dont la valeur marchande est inférieure à un montant fixé par arrêté du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'économie et des finances, devant être livré à la destruction à l'expiration du délai d'abandon prévu au quatrième alinéa de l'article L. 325-7. ". L'article

L. 325-7 de ce code, dans sa rédaction applicable en l'espèce, dispose que : " Sont réputés abandonnés les véhicules laissés en fourrière à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la mise en demeure faite au propriétaire d'avoir à retirer son véhicule. / La notification est valablement faite à l'adresse indiquée par le traitement automatisé mis en œuvre pour l'immatriculation des véhicules. Dans le cas où le véhicule fait l'objet d'un gage régulièrement inscrit, cette notification est également faite au créancier gagiste. / Si le propriétaire ne peut être identifié, le délai précité court du jour où cette impossibilité a été constatée. / Le délai prévu au premier alinéa est réduit à dix jours en ce qui concerne les véhicules qu'un expert désigné par l'administration aura estimés d'une valeur marchande inférieure à un montant fixé par arrêté interministériel et déclarés hors d'état de circuler dans des conditions normales de sécurité. / Les véhicules visés à l'alinéa précédent sont, à l'expiration du délai de dix jours, livrés à la destruction. ".

3. Aux termes de l'article R. 325-31 du code de la route, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " La mise en fourrière est notifiée par l'auteur de la mesure () " et aux termes de son article R. 325-32, dans sa rédaction applicable en l'espèce " I.- Cette notification s'effectue par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception, dans le délai maximal de cinq jours ouvrables suivant la mise en fourrière du véhicule (). / II.- Cette notification comporte les mentions obligatoires suivantes : / 1° Indication de l'auteur de la prescription, du motif de la prescription, de la fourrière désignée et de l'autorité dont relève cette fourrière ; / () 5° Mise en demeure au propriétaire de retirer son véhicule avant l'expiration d'un délai : / a) De dix jours pour un véhicule qu'un expert aura estimé d'une valeur marchande inférieure à un montant fixé par arrêté interministériel et déclaré hors d'état de circuler dans des conditions normales de sécurité ; b) De trente jours dans les autres cas,/ ces délais commençant à courir un jour franc après la date de notification ; / 6° Avertissement au propriétaire que son absence de réponse dans les délais impartis vaudra abandon de son véhicule et que ledit véhicule sera, dans les conditions prévues par décret, soit remis à l'administration chargée des domaines en vue de son aliénation, soit livré à la destruction. () ".

4. Il résulte de l'instruction qu'une notification de mise en fourrière du véhicule appartenant à la société requérante lui a été adressée le 11 mars 2021. Cette notification, si elle vise les motifs de droit qui en constituent le fondement et indique que le véhicule a été classé en application de l'article R. 325-30 du code de la route, en véhicule à livrer à la destruction en cas d'abandon du véhicule, ne comporte aucune mention sur le délai dont la société requérante disposait pour récupérer son véhicule et ce en méconnaissance des dispositions précitées. Dès lors, la société EURL Mercer Automobiles est fondée à soutenir que la mise en fourrière n'a pas fait l'objet d'une notification régulière.

5. Toutefois, cette irrégularité n'est pas directement à l'origine du préjudice subi par la requérante et ne peut dès lors ouvrir droit à indemnisation, dès lors qu'il est constant qu'un de ses employés s'est bien présenté auprès du garage ADPL pour récupérer le véhicule, a signé le bon de sortie et a convenu d'une date de restitution avant que celui-ci ne soit détruit. Dans ces conditions, ses conclusions indemnitaires dirigées contre l'Etat doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Mercer Automobiles est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société EURL Mercer Automobiles et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

F. Plumerault

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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