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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105078

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105078

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105078
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMSS 6ème chambre GRONDIN Thibault
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 12 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son titre de conduite pour solde de point nuls, ainsi que la décision par laquelle son recours gracieux a été implicitement rejeté.

2°) d'annuler les décisions portant retrait de point(s) de son permis de conduire prises à la suite des infractions relevées les 13 novembre 2019 (six points), 12 mai 2017 à 16h36 (trois points), 12 mai 2017 à 16h35 (trois points) ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution des points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de 2 mois à compter du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu notification des décisions portant de retrait de point (s) ;

- la réalité des trois infractions n'est pas établie ;

- les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les mentions afférentes à l'infraction relevée le 12 mai 2017 à 16h36 ont été supprimées et, partant, que le solde du permis de conduire de M. A a été crédité de 3 points ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. B a lu son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler la décision référencée " 48SI " du 12 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son titre de conduite pour solde de point nuls, la décision par laquelle son recours gracieux a été implicitement rejeté, ainsi que les décisions portant retrait de point(s) de son permis de conduire prises à la suite des infractions relevées les 13 novembre 2018 (six points), 12 mai 2017 à 16h36 (trois points), 12 mai 2017 à 16h35 (trois points).

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que les trois points retirés au capital de son permis de conduire à la suite de l'infraction au code de la route relevée le 12 mai 2017 à 16h36 lui ont été restitués postérieurement à l'enregistrement de la présente requête. Désormais, son titre de conduite est ainsi crédité de 3 points. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A en tant qu'elles sont dirigées contre la décision portant retrait de 3 points consécutivement à l'infraction relevée le 12 mai 2017 à 16h36, ainsi que contre la décision référencée " 48SI " du 12 février 2021, laquelle a été implicitement mais nécessairement retirée.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions portant retrait de point (s) :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par ces dispositions, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Il en résulte que la circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors, que dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. A n'aurait été informé des décisions successives de retrait de points qu'à la lecture de la décision " 48SI " en litige est sans incidence sur la légalité de ces décisions.

En ce qui concerne la délivrance des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des alinéas 1,2 et 4 de l'article L. 223-6. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

7. D'autre part, aux termes de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Par ailleurs, conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée par radar automatique et qui a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, a nécessairement reçu le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

8. En l'espèce, il résulte du relevé d'information intégral de M. A que l'infraction du 12 mai 2017 à 16h35 a été relevée par l'intermédiaire d'un appareil électronique sécurisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, lequel a été payé par le requérant. Par ailleurs, l'infraction du 13 novembre 2019 a été constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé joint au dossier que M. A a refusé de signer. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme s'étant vu régulièrement notifier l'avis de contravention ainsi, par voie de conséquence, que les informations rendues obligatoires par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points prise à la suite de ces infractions au motif qu'il ne se serait pas vu délivrer les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

9. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. () / Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. / () ".

10. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la réalité des deux infractions contestées est établie par l'émission des titres exécutoires d'amende forfaire majorée précités et par les mentions " AF " et " AM " figurant sur son relevé d'information intégral. Par suite, le moyen tiré du défaut de réalité de ces infractions doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que le surplus des conclusions de la requête de M. A doit être rejeté, y compris en ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution des points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de 2 mois à compter du jugement à intervenir.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision de retrait de trois points faisant suite à l'infraction relevée le 12 mai 2017 à 16h36, ainsi qu'à l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 12 février 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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