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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105268

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105268

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105268
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCUGNY-LARREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2021 et 9 août 2023, M. D C et Mme E A, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leur fils mineur, B C, représentés par Me Cugny-Larrey, demandent au tribunal :

1°) de condamner le lycée de l'Elorn et l'Etat à leur verser la somme de 19 573,90 euros en réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 juin 2021, date de leur réclamation préalable ;

2°) de mettre à la charge du lycée de l'Elorn et de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat et du lycée de l'Elorn est engagée dès lors que plusieurs décisions illégales du proviseur du lycée, portant une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation, ont été prises à l'égard de B, à savoir la décision du 3 septembre 2020 d'interdiction d'accès à l'établissement, à titre conservatoire, dans le cadre de l'engagement d'une procédure disciplinaire, du 3 septembre 2020 au 6 juillet 2021, la décision conduisant l'établissement à établir un emploi du temps autorisant B à assister à six heures de cours par semaine et la décision conduisant l'établissement à établir un protocole visant à exclure B des cours pratiques et l'autorisant à assister à deux heures de cours par semaine, la décision du 3 novembre 2020 obligeant B au port du masque en continu et la décision du 5 novembre 2020 visant à interdire à B l'accès au lycée de l'Elorn à compter du 4 novembre 2020, la décision du 14 janvier 2021 portant interdiction d'accès à l'établissement et celle du 19 janvier 2021 portant sur une sanction disciplinaire, à savoir son exclusion temporaire pour une durée de 3 jours ;

- la responsabilité de l'Etat et du lycée de l'Elorn est également engagée en raison de leur comportement fautif à l'égard de leur fils ;

- ces fautes sont à l'origine de préjudices matériels pour eux, à savoir des pertes de salaire à hauteur de 9 015,90 euros et des frais d'avocat à hauteur de 4 558 euros ainsi que de préjudices moraux à hauteur de 2 000 euros pour eux, de 2 000 euros pour B et d'un préjudice scolaire à hauteur de 2 000 euros pour B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucun comportement fautif ni aucune décision illégale ne peuvent être reprochés au lycée de l'Elorn ni aux services du rectorat ;

- les requérants n'établissent pas la réalité de leur préjudice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le lycée de l'Elorn conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 12 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

30 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 ;

- la loi n° 2021-160 du 15 février 2021 ;

- le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 ;

- le décret n° 2020 1257 du 14 octobre 2020 ;

- le décret n° 2020-1262 du 16 octobre 2020 ;

- le décret n° 2020 1310 du 29 octobre 2020 ;

- le décret n° 2020-1582 du 14 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Plumerault ;

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cugny-Larrey, représentant M. D C et Mme E A.

Considérant ce qui suit :

1. B C, né en 2004, souffre notamment d'un trouble du spectre de l'autisme avec trouble du déficit de l'attention. La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Finistère l'a orienté vers un service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) pour la période du 1er septembre 2020 au 31 août 2022 et lui a attribué une aide humaine individuelle pour 100 % du temps scolaire du 1er septembre 2020 au 31 août 2023. Scolarisé pendant l'année scolaire 2020-2021 au sein du lycée de l'Elorn à Landerneau, en classe de première année de CAP ébénisterie, B a, depuis la rentrée de septembre 2020, éprouvé des difficultés à respecter le protocole sanitaire élaboré pour lutter contre la pandémie de covid-19 et a multiplié les incidents au sein de l'établissement. Par un courrier du 21 juin 2021, reçu le 22 juin suivant, Mme A et M. C, parents de B, ont demandé au recteur de l'académie de Rennes et au lycée de l'Elorn de les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis, ainsi que leur fils, en raison de l'illégalité fautive de plusieurs décisions prises par l'éducation nationale entre le 3 septembre 2020 et le 19 janvier 2021 et du comportement fautif de l'administration. Leurs demandes ayant été implicitement rejetées, ils demandent au tribunal de condamner le lycée de l'Elorn et l'Etat à leur verser la somme de 19 573,90 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 22 juin 2021.

Sur le principe de la responsabilité de l'Etat et du lycée de l'Elorn :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

2. D'une part, l'émergence d'un nouveau coronavirus, responsable de la maladie à coronavirus 2019 ou covid-19 et particulièrement contagieux, a été qualifiée d'urgence de santé publique de portée internationale par l'Organisation mondiale de la santé le 30 janvier 2020, puis de pandémie le 11 mars 2020. La propagation du virus sur le territoire français a conduit le ministre des solidarités et de la santé puis le Premier ministre à prendre, à compter du 4 mars 2020, des mesures de plus en plus strictes destinées à réduire les risques de contagion. Pour faire face à l'aggravation de l'épidémie, la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 a créé un régime d'état d'urgence sanitaire aux articles L. 3131-12 à L. 3131-20 du code de la santé publique et déclaré l'état d'urgence sanitaire pour une durée de deux mois à compter du 24 mars 2020. La loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ces dispositions, a prorogé cet état d'urgence sanitaire jusqu'au 10 juillet 2020 inclus.

3. L'évolution de la situation sanitaire a conduit à un assouplissement des mesures prises. La loi du 9 juillet 2020, organisant un régime de sortie de cet état d'urgence, a autorisé le Premier ministre à prendre, hormis sur les territoires dans lesquels l'article 2 de la même loi proroge l'état d'urgence sanitaire, à compter du 11 juillet 2020 et jusqu'au 30 octobre 2020 inclus, diverses mesures dans l'intérêt de la santé publique et aux seules fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19. Le décret du 10 juillet 2020 est pris pour l'application de cette loi.

4. La situation épidémiologique au cours des mois de septembre et d'octobre 2020, caractérisée par une accélération du rythme de l'épidémie de covid-19, a conduit le Président de la République à prendre le 14 octobre 2020, sur le fondement des articles L. 3131-12 et L. 3131-13 du code de la santé publique, un décret déclarant l'état d'urgence sanitaire à compter du 17 octobre 2020 sur l'ensemble du territoire national. Le 16 octobre 2020 puis le 29 octobre 2020, le Premier ministre a pris, sur le fondement de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique, les décrets prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Ce dernier a été prorogé jusqu'au 16 février 2021 inclus, puis jusqu'au 1er juin 2021 inclus, respectivement par la loi du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire, puis la loi du 15 février 2021 prorogeant l'état d'urgence sanitaire.

5. Aux termes du I de l'article 1 du décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. ". L'annexe 1 mentionne notamment le port du masque systématique dès lors que les règles de distanciation physique ne peuvent être garanties. En vertu de l'article 2 du décret : " () Les obligations de port du masque prévues au présent décret ne s'appliquent pas aux personnes en situation de handicap munies d'un certificat médical justifiant de cette dérogation et qui mettent en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir la propagation du virus. () ". L'article 36 du décret dispose que : " I.- L'accueil des usagers dans les établissements mentionnés au présent chapitre est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des règles d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er () / II. - Portent un masque de protection : / () 4° Les collégiens, les lycéens et les usagers des établissements mentionnés aux articles 34 et 35. () ". Ces dispositions ont été réitérées en des termes identiques par l'article 1er du décret n° 2020-1262 du 16 octobre 2020 et l'article 1er du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020. Il résulte de ces dispositions que le port du masque est obligatoire pour les élèves des lycées et que seules les personnes en situation de handicap munies d'un certificat médical justifiant de cette dérogation et qui mettent en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir la propagation du virus peuvent bénéficier d'une dérogation au port de ce masque.

En ce qui concerne les décisions prises par l'administration :

S'agissant de la décision du 3 septembre 2020 :

6. Aux termes de l'article D. 422-7-1 du code de l'éducation : " Lorsqu'il se prononce seul sur les faits qui ont justifié l'engagement de la procédure disciplinaire, le chef d'établissement informe sans délai l'élève des faits qui lui sont reprochés et du délai dont il dispose pour présenter sa défense oralement ou par écrit ou en se faisant assister par une personne de son choix. Ce délai, fixé par le chef d'établissement, est d'au moins deux jours ouvrables. / Si l'élève est mineur, cette communication est également faite à son représentant légal afin que ce dernier produise ses observations éventuelles. Dans tous les cas, l'élève, son représentant légal et la personne éventuellement chargée de l'assister pour présenter sa défense peuvent prendre connaissance du dossier auprès du chef d'établissement. / En cas de nécessité, le chef d'établissement peut interdire, à titre conservatoire, l'accès de l'établissement à l'élève pendant le délai mentionné au premier alinéa. Cette mesure ne présente pas le caractère d'une sanction. ".

7. Il résulte de l'instruction que B, qui a effectué sa rentrée au lycée de l'Elorn le 1er septembre 2020, a retiré le 3 septembre son masque pour se rendre au restaurant scolaire. Par une décision notifiée à l'intéressé le jour même, le chef d'établissement lui a alors interdit l'accès à l'établissement dans l'attente d'une évolution de sa prise en charge compatible avec ses besoins et le fonctionnement de l'établissement. En raison de la nécessité de mettre fin aux troubles suscités par le comportement de B, et alors qu'il est constant qu'à cette date, les requérants n'avaient remis aucun certificat médical permettant d'exonérer B du port du masque en raison de son handicap, le proviseur du lycée a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, et en vertu des pouvoirs qu'il tient du troisième alinéa de l'article D. 422-7-1 du code de l'éducation, interdire l'accès de l'établissement à titre conservatoire à B pour une durée déterminée. Cette décision revêt le caractère d'une mesure conservatoire et non d'une sanction disciplinaire et n'avait ainsi pas à être précédée d'une procédure contradictoire et n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées par application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, Mme A et M. C ne sont pas fondés à soutenir que cette décision serait illégale.

S'agissant des décisions des 14 et 18 septembre 2020 :

8. Aux termes de l'article R. 421-10 du code de l'éducation : " En qualité de représentant de l'Etat au sein de l'établissement, le chef d'établissement : / () 3° Prend toutes dispositions, en liaison avec les autorités administratives compétentes, pour assurer la sécurité des personnes et des biens, l'hygiène et la salubrité de l'établissement () " et aux termes de son article

R. 421-12 : " En cas de difficultés graves dans le fonctionnement d'un établissement, le chef d'établissement peut prendre toutes dispositions nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du service public. () ".

9. Il résulte de l'instruction, qu'à la suite de l'incident du 3 septembre, la direction de l'établissement a proposé aux parents de B, dès le 14 septembre 2020, un emploi du temps réduit à six heures de cours hebdomadaires, sur les vingt-neuf heures que compte la formation, permettant à leur fils de suivre les cours " étude de fabrication " et " construction ébénisterie ". Par la suite, les parents de B ayant finalement remis le 16 septembre 2020 un certificat médical, daté du 7 septembre, attestant de ce que l'état de santé de leur fils contre-indiquait le port du masque, un nouvel emploi du temps a été mis en place excluant B de l'ensemble des cours pratiques en raison des déplacements nécessités par ces enseignements, lui permettant de suivre les enseignements généraux en français et mathématiques dispensés en demi-groupes à hauteur de deux heures et trente minutes par semaine tout en lui imposant des règles strictes de distanciation sociale. Les mesures prises, dans un contexte d'urgence sanitaire caractérisée par une circulation active du covid-19, qui s'inscrivaient dans les pouvoirs d'organisation du service du proviseur et visaient à prévenir le risque de propagation du virus au sein de l'établissement tout en permettant d'assurer une continuité pédagogique pour B n'ont porté aucune atteinte disproportionnée à son droit à l'instruction, et ce d'autant que le proviseur a également précisé que l'inclusion de B pouvait être étendue en fonction des bilans effectués.

S'agissant des décisions des 3 et 5 novembre 2020 :

10. Il résulte de l'instruction que B, dès le 23 septembre 2020, n'a pas été en capacité de respecter le protocole de distanciation sociale très strict qui avait été prévu pour lui et a été en conséquence exclu de l'établissement dans l'attente de la réunion de l'équipe de suivi de la scolarisation, qui s'est tenue le 28 septembre suivant. A l'issue de cette réunion, le retour de B a été décidé à compter du 7 octobre 2020, l'astreignant au port du masque uniquement pendant ses déplacements au sein de l'établissement et au respect de la distanciation en classe. Ce protocole a été accepté par les parents de B, une évolution étant possible en vue d'intégrer les cours d'atelier dans un second temps. Il est constant que B a suivi, sans incident, les enseignements prévus les 7 et 9 octobre 2020. Toutefois, le 3 novembre 2020, le proviseur du lycée a adressé un courrier aux parents de B les informant de ce qu'il ne pouvait pas accueillir leur fils s'il ne portait pas de masque en continu en raison du renforcement de la circulation du virus et de la montée en puissance du protocole sanitaire. Il résulte également de l'instruction que B n'ayant pas respecté l'obligation de porter le masque en continu au cours de la journée du 4 novembre 2020, le proviseur a, par décision du lendemain, prononcé une interdiction d'accès à l'établissement à son encontre, sans réserve ni limite de temps, la continuité pédagogique étant assurée par la seule transmission des notes prises par son auxiliaire de vie scolaire (AVS), concernant les cours auxquels il devait assister. Le principe d'un enseignement à distance sur les seuls cours d'enseignement général a été acté par l'équipe de suivi de la scolarisation.

11. Il résulte des dispositions citées au point 5 que les personnes en situation de handicap munies d'un certificat médical justifiant de cette dérogation et qui mettaient en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir la propagation du virus pouvaient bénéficier d'une dérogation au port de ce masque. Ainsi, en obligeant B, à compter du 3 novembre 2020, à porter le masque en continu sans tenir compte de son handicap attesté par certificat médical, puis en l'excluant du lycée pour ce motif, alors même qu'il avait respecté, les 7 et 9 octobre précédent, le nouveau protocole mis en place, le proviseur du lycée de l'Elorn a méconnu le décret alors applicable prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ainsi que le droit fondamental à l'instruction de B.

S'agissant des décisions des 14 et 19 janvier 2021 :

12. Il résulte de l'instruction que, par une ordonnance du 27 novembre 2020, le juge des référés du tribunal a enjoint au proviseur du lycée de l'Elorn et au recteur de l'académie de Rennes d'intégrer B dans l'un des deux groupes de sa classe de première année de CAP ébénisterie et de lui permettre d'accéder à l'établissement pour suivre les cours d'enseignement général, selon le protocole sanitaire spécifique qui avait été validé par l'équipe de suivi de la scolarité le 28 septembre 2020 et mis en place à compter du 7 octobre 2020. B a ainsi réintégré le lycée le 5 janvier 2021. Il résulte toutefois de l'instruction que, le 14 janvier 2021, il a décidé, à la suite du cours de mathématiques prévu à son emploi du temps, d'assister au cours de technologie avec sa classe, cours qu'il ne devait pas suivre, et a refusé de remettre son masque. Par une décision du même jour, le proviseur a décidé d'engager une procédure disciplinaire et d'interdire, à titre conservatoire, l'accès de l'établissement à B comme le lui permettent les dispositions précitées de l'article D. 422-7-1 du code de l'éducation. Cette mesure conservatoire, limitée dans le temps, était légalement justifiée par le risque de contamination au covid-19 pour B et les autres membres de la communauté scolaire. Toutefois, la sanction prononcée à l'encontre de B à l'issue de cette procédure de l'exclusion temporaire de l'établissement pour une durée de trois jours apparaît disproportionnée dès lors qu'il résulte de l'instruction que si B a effectivement assisté à un cours qu'il ne devait pas suivre, il a indiqué, sans être sérieusement contesté, qu'il s'était installé à l'écart des autres élèves dans des conditions permettant de respecter la distanciation sociale.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A et M. C sont fondés à soutenir que les décisions des 3 et 5 novembre 2020 ainsi que celle du 19 janvier 2021 sont entachées d'illégalités fautives et, par suite, de nature à engager la responsabilité de l'administration.

En ce qui concerne le comportement de l'administration :

14. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit précédemment que le lycée, dès qu'il a eu connaissance du certificat médical du 7 septembre 2020, a tenté de mettre en place des mesures alternatives au port du masque pour B, en concertation avec ses parents et en mobilisant des équipes pluridisciplinaires, comme les protocoles fixés après les réunions de l'équipe de suivi de la scolarité, auxquelles participaient les équipes médico-sociales qui suivent B et le médecin scolaire. Les parents de B ne sauraient, par suite, invoquer, de façon générale, une absence de dialogue et de concertation dans l'aménagement de la scolarité de leur fils.

15. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, le 1er septembre 2020, jour de la visite du lycée pour les nouveaux élèves, B a enlevé son masque pour se diriger vers le centre de documentation et d'information. Le 3 septembre, B a de nouveau ôté son masque pour se rendre à la cantine. Le fait qu'il aurait été, à ces dates, isolé à la suite de ces incidents avant de pouvoir quitter l'établissement, ne peut être qualifié de fautif dans la mesure où il appartenait au chef d'établissement, qui, ainsi qu'il a été dit, n'avait pas encore été rendu destinataire d'un certificat médical attestant de l'impossibilité pour B de porter un masque, de faire respecter les protocoles imposés par l'état d'urgence sanitaire afin de protéger les élèves et le personnel d'une contamination au covid-19. De même, aucun comportement fautif ne peut être reproché à l'administration en raison de l'incident du 23 septembre 2020 lorsque deux adultes se sont positionnés devant les portes pour empêcher B de sortir immédiatement de son cours, tentant de faire respecter le protocole mis en place quelques jours plus tôt, qui prévoyait que ce dernier, en l'absence de port du masque, et afin de préserver la sécurité sanitaire des autres élèves et des personnels de l'établissement, attende en compagnie de son auxiliaire de vie scolaire que les couloirs soient dégagés et qu'il soit accompagné jusqu'à la grille du lycée.

16. En revanche, il résulte de l'instruction que, le 5 janvier 2021, date de retour des vacances scolaires, B a découvert que l'établissement avait matérialisé par un scotch noir et jaune au sol son emplacement dans la salle de classe, ce qui a eu pour effet de le stigmatiser de façon inappropriée, eu égard aux pathologies dont il souffre. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que la responsabilité du lycée est engagée en raison de ce comportement fautif.

Sur les préjudices :

17. En premier lieu, Mme A et M. C sollicitent l'indemnisation de leurs pertes de salaires.

18. M. C, professeur d'anglais en classes préparatoires aux grandes écoles, indique qu'il a dû renoncer à la préparation d'élèves pendant l'année scolaire 2020-2021 en raison des difficultés rencontrées dans la scolarité de son fils et chiffre le montant des heures supplémentaires qu'il n'a pas pu effectuer sur l'année à la somme de 3 322,03 euros. Toutefois, il est constant que M. C n'avait pas effectué d'heures supplémentaires à ce titre au cours de l'année scolaire précédente, de telle sorte qu'il ne peut être regardé comme établissant que le préjudice qu'il invoque présenterait un lien direct avec les fautes du lycée de l'Elorn. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la réparation de ce préjudice ne peuvent qu'être rejetées.

19. Mme A, maître de conférences à l'université de Bretagne occidentale soutient qu'elle a dû substantiellement modifier son service habituel pendant l'année scolaire 2020-2021. Elle produit à cet égard deux attestations de l'université établies les 28 janvier 2021 et 8 février 2021 indiquant qu'elle a été contrainte de modifier son emploi du temps et de réduire sa charge de travail pour répondre aux contraintes liées à la situation de son fils à hauteur de 137,5 heures équivalent TD, rémunéré 41,41 euros l'heure. Toutefois, ces seules attestations sont insuffisantes pour établir le caractère direct et certain du lien de causalité entre les fautes commises par le lycée de l'Elorn et le préjudice invoqué, alors d'une part qu'il ne résulte pas de l'instruction que B aurait nécessairement dû être accompagné par l'un de ses parents lorsqu'il ne pouvait pas fréquenter le lycée à la suite des décisions des 3 et 5 novembre 2020 et d'autre part qu'il avait la possibilité de fréquenter à nouveau l'établissement à compter du 22 janvier 2021. Dans ces conditions, la demande d'indemnisation formée à ce titre ne peut également qu'être rejetée.

20. En deuxième lieu, les frais de justice, s'ils ont été exposés en conséquence directe d'une faute de l'administration, sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de l'illégalité fautive imputable à l'administration. Toutefois, lorsque le requérant a fait valoir devant le juge une demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le préjudice est intégralement réparé par la décision que prend le juge sur ce fondement. Il n'en va autrement que dans le cas où le demandeur ne pouvait légalement bénéficier de ces dispositions. Par suite, les requérants ne sauraient obtenir, dans le cadre de la présente requête, une somme destinée à couvrir les frais d'avocat exposés pour l'introduction de leur requête en référé n° 2005227. Ils ne peuvent davantage se prévaloir d'un préjudice indemnisable au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance

21. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les difficultés rencontrées par B pour suivre sa scolarité au sein du lycée de l'Elorn pendant l'année scolaire 2020-2021 ont entraîné pour ses parents un épuisement physique et psychologique. Il sera fait une juste appréciation de leur préjudice moral en lien avec les illégalités relevées aux points 13 et 16 en leur allouant la somme globale de 1 000 euros.

22. Enfin, les exclusions illégales de B ainsi que l'épisode de mise à l'écart au sein de la classe ont entraîné chez lui une souffrance psychologique et ont compliqué la poursuite de sa scolarité. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral et de son préjudice scolaire en lui accordant la somme de 1 000 euros.

23. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à

M. C et Mme A la somme totale de 2 000 euros.

Sur les intérêts :

24. M. C et Mme A ont droit aux intérêts au taux légal à compter de la date de réception de leur demande préalable indemnitaire par le lycée de l'Elorn et le recteur de l'académie de Rennes le 22 juin 2021.

Sur les frais liés au litige :

25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C et Mme A la somme de 2 000 euros, avec intérêts aux taux légal à compter du 22 juin 2021.

Article 2 : L'Etat versera à M. C et Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et Mme E A et à la ministre de l'éducation nationale

Copie en sera adressée au rectorat de l'académie de Rennes et au lycée de l'Elorn.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Plumerault

Le président,

signé

E. Berthon

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Conseil d'État — N° 504834

Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.

09/04/2026

CAA78excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE01857

09/04/2026

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