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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105519

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105519

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105519
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2021, M. A B représenté par Me Franck Buors demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2021 par laquelle le Président du Conseil départemental du Finistère a mis fin au contrat jeune majeur de M. B.

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Finistère de réexaminer la situation de M. B et de prendre une nouvelle décision dans un délai de 15 jours suite à la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

3°) Mettre à la charge du département du Finistère la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte contesté est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, M. B aurait dû se voir proposer un accompagnement pour lui permettre de poursuivre son année scolaire ;

- il n'a pas commis de faute.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le département du Finistère représenté Me Géraldine Allaire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

25 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- et les observations de Me Allaire, représentant le département du Finistère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 22 avril 2002, est entré en France le 8 août 2018. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du Finistère. Il est inscrit au lycée professionnel des métiers de Pleyben en baccalauréat professionnel mention technicien en installation des systèmes énergétiques et climatiques depuis le 1er octobre 2019. Il a bénéficié d'un contrat " jeune majeur " à sa majorité, lequel a été renouvelé en dernier lieu pour la période du 1er août 2021 au 31 janvier 2022. Par une décision du 19 octobre 2021, le président du conseil départemental du Finistère a mis fin à ce contrat jeune majeur à la date du 22 octobre 2021 au motif du non-respect des objectifs qui y étaient fixés. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code détermine les personnes susceptibles, sur décision du président du conseil départemental, d'être prises en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, parmi lesquelles, au titre du 1° de cet article, les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel et, au titre de son 3°, les mineurs confiés au service par le juge des enfants parce que leur protection l'exige. Aux termes des sixième et septième alinéas de cet article : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

3. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de

vingt-et-un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne peut se prévaloir des vices propres de la décision de refus de prise en charge qu'il critique. Au demeurant M. C signataire de l'acte contesté disposait bien d'une délégation de signature en date du 5 juillet 2021.

6. En second lieu, M. B a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département du Finistère au-delà de sa majorité dans le cadre d'un " contrat jeune majeur " à partir du mois d'avril 2020, renouvelé depuis lors jusqu'au 31 janvier 2022. Il est en outre constant que le requérant est inscrit pour l'année scolaire 2021/2022 en terminale du baccalauréat professionnel mention technicien en installation des systèmes énergétiques et climatiques, qu'il a débuté le 1er octobre 2019. Pour mettre un terme à sa prise en charge le 22 octobre 2021, le président du conseil départemental du Finistère devait lui proposer, en application des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, un accompagnement pour lui permettre de terminer l'année scolaire engagée. Il résulte toutefois de l'instruction qu'à la date du présent jugement, les pièces produites par M. B ne permettent pas d'établir qu'il rencontrerait des difficultés d'insertion sociale de nature à lui ouvrir droit à un accompagnement en qualité de jeune majeur. Dans ces conditions, il n'apparaît pas, à la date du présent jugement, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance ou à une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Au surplus à la date du présent jugement M. B est toujours hébergé au titre de son contrat jeune majeur malgré les troubles qu'il occasionne pour les éducateurs, les voisins et sur le matériel mis à sa disposition.

Sur les conclusions à fin d'injonction

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

G. DescombesLa greffière,

Signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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