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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105796

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105796

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105796
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS EFFICIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 15 novembre 2021, 30 août 2023, 13 septembre 2023 et 30 octobre 2023, Mme F E, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils mineur B E, et Mme A D, représentées par Me Blanquet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Rennes à verser à Mme E, en réparation de ses préjudices, la somme en capital de 622 049,70 € assortie des intérêts à compter du 7 septembre 2021 et capitalisation de ces intérêts, une rente annuelle viagère de 15 416,88 € capitalisée au jour du jugement en application du barème de la Gazette du Palais le 31 octobre 2022, outre les arrérages échus de cette rente depuis le 4 septembre 2020, ainsi qu'une rente annuelle de 15 045 € jusqu'à l'âge de 64 ans, capitalisée au jour du jugement en application du même barème, outre les arrérages échus de cette rente depuis le 4 septembre 2020, le tout avec intérêts ;

2°) de condamner le CHRU de Rennes à verser au jeune B E la somme de 30 000 € assortie des intérêts à compter du 7 septembre 2021 et capitalisation de ces intérêts en réparation de son préjudice moral ;

3°) de condamner le CHRU de Rennes à verser à Mme D la somme de 10 000 € assortie des intérêts à compter du 7 septembre 2021 et capitalisation de ces intérêts en réparation de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge du CHRU de Rennes la somme de 4 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la responsabilité du CHRU de Rennes doit être engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison de fautes dans sa prise en charge les 21 et 26 octobre 2018 ;

- elle a subi une perte de chance d'éviter son dommage dont le taux ne peut être évalué à moins de 15 % ;

- les préjudices de Mme E en lien avec les fautes du CHRU de Rennes avant application du taux de perte de chance s'élèvent aux sommes de 300 € au titre des frais divers, 27 615 € au titre de l'assistance par tierce personne provisoire, 32 868,82 € au titre de la perte de gains professionnels actuels, 100 € au titre des dépenses de santé futures, 13 184 € à capitaliser correspondant à une rente annuelle viagère au titre de l'assistance par tierce personne permanente, 45 493 € en capital et 15 045 € à capitaliser correspondant à une rente annuelle jusqu'à l'âge de 64 ans au titre de la perte de gains professionnels futurs, 20 000 € au titre de l'incidence professionnelle, 475,60 € à capitaliser correspondant à une rente annuelle viagère au titre des frais de logement adapté, 8 090,08 € en capital et 1 618,02 € à capitaliser correspondant à une rente annuelle viagère au titre des frais de véhicule adapté, 35 000 € au titre des souffrances endurées, 11 582,80 € au titre du déficit fonctionnel temporaire, 6 000 € au titre du préjudice esthétique temporaire, 300 000 € au titre du déficit fonctionnel permanent, 5 000 € au titre du préjudice esthétique permanent, 20 000 € au titre du préjudice d'agrément, 30 000 € au titre du préjudice sexuel, 30 000 € au titre du préjudice d'établissement et 10 000 € au titre du préjudice moral ;

- le préjudice moral du jeune B E en lien avec les fautes du CHRU de Rennes et avant application du taux de perte de chance s'élève à la somme de 30 000 € ;

- le préjudice moral de Mme D en lien avec les fautes du CHRU de Rennes et avant application du taux de perte de chance s'élève à la somme de 10 000 €.

Par deux mémoires, enregistrés les 1er décembre 2021 et 24 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le CHRU de Rennes à lui verser la somme de 227 307,47 € au titre de ses débours ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion et de mettre à sa charge la somme de 1 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ainsi que l'a estimé l'expert, d'une part, le CHRU de Rennes a commis une erreur de diagnostic lors de la prise en charge de Mme E et, d'autre part, le taux de perte de chance s'élève à 15 % ;

- le montant de ses débours en lien avec cette faute, attesté par le médecin conseil, s'élève à 227 307,47 €.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 et 28 octobre 2022, le CHRU de Rennes, représenté par la SELARL Efficia, conclut à ce que les sommes allouées aux requérantes en réparation des préjudices subis et à la CPAM d'Ille-et-Vilaine soient réduites à de plus justes proportions qu'il détaille dans ses écritures, et à ce que les conclusions présentées par les requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient rejetées.

Il soutient que :

- il ne conteste ni le principe de sa responsabilité pour faute ni l'application du taux de perte de chance de 15 % retenu par l'expert ;

- les préjudices de Mme E en lien avec sa faute et après application du taux de perte de chance doivent être évalués comme suit : il ne s'oppose pas à l'indemnisation du préjudice liés aux frais de médecin conseil invoqué par Mme E ; les sommes allouées doivent être réduites à de plus justes proportions, soit des montants qui ne sauraient excéder les sommes de 2 129,68 € et 50 554,33 € dont il convient de déduire les aides perçues au titre de l'assistance par tierce personne provisoire et permanente, 3 000 € au titre de l'incidence professionnelle, 2 250 € au titre des souffrances endurées, 1 208,64 € au titre du déficit fonctionnel temporaire, 900 € au titre du préjudice esthétique temporaire, 27 000 € au titre du déficit fonctionnel permanent, 300 € au titre du préjudice esthétique permanent, 300 € au titre du préjudice d'agrément, 300 € au titre du préjudice sexuel ; la matérialité des préjudices invoqués par Mme E au titre de la perte de gains professionnels actuels et futurs, du préjudice d'établissement et du préjudice moral n'est pas établie ;

- le préjudice d'affection du jeune B E doit être évalué à 750 € après application du taux de perte de chance ;

- la matérialité du préjudice d'affection de Mme D n'est pas établie ;

- la CPAM d'Ille-et-Vilaine n'a droit qu'à la somme de 3 000 € au titre de la pension d'invalidité versée à Mme E.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1906041 du 3 février 2021 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les honoraires d'expertise du professeur C à la somme de 1 500 euros ;

- l'ordonnance n° 2206026 du 11 avril 2023 par laquelle le président du tribunal a condamné le CHRU de Rennes, d'une part, à verser à Mme E une provision de 88 200 € en son nom propre et une provision de 750 € en qualité d'administratrice légale de son fils B E et, d'autre part, à verser à la CPAM d'Ille-et-Vilaine une provision de 2 512,54 €.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- ainsi que les observations de Me Blanquet, représentant Mmes E et D, et celles de Me Girault, représentant le CHRU de Rennes.

Considérant ce qui suit :

1. Dans les suites de la prise en charge médicale de Mme E par le CHRU de Rennes en octobre 2018, l'intéressée a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Rennes lequel a, par une ordonnance du 13 février 2020, ordonné une expertise. Le professeur C, neurologue désigné en tant qu'expert par cette ordonnance, a déposé son rapport d'expertise le 1er février 2021. Par courrier du 7 septembre 2021, Mme E, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils mineur B E, et Mme D, une amie, ont par la suite présenté une réclamation indemnitaire auprès du CHRU de Rennes. Leur demande a été rejetée par une décision implicite.

Sur les conclusions indemnitaires de la requête :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé (), ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction que le 21 octobre 2018, Mme E s'est rendue aux urgences du CHRU de Rennes en raison de céphalées et d'un engourdissement de la joue et de la main droites. Le scanner réalisé ayant été interprété comme normal et le bilan biologique n'ayant pas montré de signe d'infection, Mme E a regagné son domicile avec une prescription de doliprane et de paracétamol et l'indication de réaliser l'imagerie par résonnance magnétique (IRM) qui lui avait prescrite par son médecin traitant le 17 octobre précédent. Le 26 octobre 2018, victime d'un malaise, elle a contacté à 22h19 le service d'aide médicale urgente (SAMU), dont le médecin régulateur, estimant qu'il s'agissait de migraines accompagnées, l'a invitée à se reposer, à prendre un ibuprofène et un doliprane et à le tenir informé. La belle-sœur de l'intéressée a par la suite à nouveau téléphoné au SAMU. Le médecin régulateur a alors envoyé une ambulance au cours de l'appel téléphonique. Mme E a été admise aux urgences du CHRU de Rennes le 27 octobre 2018 à 0h32. Un scanner a été réalisé, vraisemblablement vers 2h30, qui n'a pas montré de thrombophlébite, puis devant l'aggravation de l'état de santé de la requérante, une IRM a été réalisée vers 3h30, révélant une ischémie récente " avec thrombose de V4 droite et suspicion de dissection en V3 distale ". M. E a été transférée en unité de soins intensifs le même jour, service qu'elle a quitté le 29 octobre 2018. Elle a ensuite été hospitalisée au pôle Saint-Hélier en rééducation entre le 5 novembre 2018 et le 16 novembre 2018, puis a fait l'objet d'une prise en charge en hôpital de jour cinq jours par semaine jusqu'au 14 juin 2019.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme E a été victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC). Ainsi que l'expert l'a estimé, d'une part, sa prise en charge le 21 octobre 2018 au service des urgences du CHRU de Rennes, alors qu'elle présentait des signes d'un AVC mineur n'a pas été conforme aux bonnes pratiques médicales en l'absence d'avis neurologique qui aurait conduit soit à l'hospitaliser pour établir un bilan de cet AVC récent, soit à faire réaliser ce bilan en externe, mais en tout état de cause sous couverture d'antiagrégants plaquettaires. D'autre part, lors du premier appel téléphonique au SAMU le 26 octobre 2018, le médecin régulateur, influencé par l'imagerie normale réalisée au CHRU de Rennes le 21 octobre précédent, n'a pas eu une réponse adaptée aux symptômes de Mme E, entraînant un retard de prise en charge de l'intéressée, en évoquant un diagnostic de migraines accompagnées chez une patiente qui n'était pas une grande migraineuse et qui n'avait pas d'antécédent d'aura alors que notamment la difficulté à déglutir et les vertiges auraient dû l'alerter sur le risque neurovasculaire. Il s'ensuit que le CHRU de Rennes a commis des fautes constituées par un retard de diagnostic et de prise en charge de nature à engager sa responsabilité, ce qu'il ne conteste pas.

En ce qui concerne la perte de chance :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. Il résulte en particulier du rapport d'expertise et il n'est pas contesté que l'absence de prescription d'un traitement antiagrégant dès l'AVC mineur de Mme E le 21 octobre 2018 lui a causé une perte de chance de 15 % de ne pas subir l'AVC survenu le 26 octobre 2018 qui est à l'origine des dommages invoqués par la requérante consécutifs à son retard de diagnostic et de prise en charge.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant du cadre juridique :

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, que le législateur a entendu que la priorité accordée à la victime sur la caisse pour obtenir le versement à son profit des indemnités mises à la charge du tiers responsable, dans la limite de la part du dommage qui n'a pas été réparée par des prestations, s'applique, notamment, lorsque le tiers n'est déclaré responsable que d'une partie des conséquences dommageables de l'accident. Dans ce cas, l'indemnité mise à la charge du tiers, qui correspond à une partie des conséquences dommageables de l'accident, doit être allouée à la victime tant que le total des prestations dont elle a bénéficié et de la somme qui lui est accordée par le juge ne répare pas l'intégralité du préjudice qu'elle a subi. Quand cette réparation est effectuée, le solde de l'indemnité doit, le cas échéant, être alloué à la caisse. Toutefois, le respect de cette règle s'apprécie poste de préjudice par poste de préjudice, puisqu'en vertu du troisième alinéa, le recours des caisses s'exerce dans ce cadre.

S'agissant des préjudices de Mme E :

Quant à la date de consolidation :

8. Eu égard aux conclusions du rapport d'expertise, la date de consolidation de l'état de Mme E en lien avec les fautes du CHRU de Rennes doit être fixée au 4 septembre 2020.

Quant aux préjudices patrimoniaux temporaires :

Concernant les frais divers :

9. Il résulte de l'instruction que Mme E a eu recours à un médecin-conseil pour l'assister aux opérations de l'expertise judiciaire. Selon la facture produite, les honoraires s'établissent au montant de 300 €. Il y a lieu, en conséquence, d'évaluer les frais de médecin-conseil à cette somme sans application du taux de perte de chance, ces frais étant entièrement imputables au dommage.

Concernant l'assistance par tierce personne provisoire :

10. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit, à cette fin, se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne.

11. L'expert a évalué un besoin en assistance par tierce personne de trois heures par jour cinq jours sur sept du 16 novembre 2018 au 14 juin 2019 incluant les besoins de Mme E liés aux déplacements en hôpital de jour et de deux heures par jour cinq jours sur sept du 15 juin 2019 à la consolidation, justifiant l'absence de besoin deux jours par semaine par la circonstance que l'intéressée conservait une capacité à effectuer certains gestes de la vie quotidienne à condition d'une préparation ou d'une assistance qui pouvait être anticipée, s'agissant notamment des courses, de la préparation des repas et de vêtements. Dans ces conditions et dès lors que les requérantes n'établissent pas la réalité d'un besoin en assistance supérieur, il y a lieu de considérer que l'évaluation effectuée par l'expert, qui peut être regardée comme correspond à une moyenne sur la semaine pour les périodes considérée, est suffisante. Il y a lieu d'évaluer le besoin en assistance par une tierce personne non spécialisée pour un volume moyen de trois heures par jour cinq jours sur sept du 16 novembre 2018 au 14 juin 2019 et de deux heures par jour cinq jours sur sept du 15 juin 2019 au 3 septembre 2020, sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et jours fériés et par application d'un taux horaire de 14 € en 2018 et 2019 et de 15 € en 2020, au montant de 17 635 €, soit 2 645,25 € après application du taux de perte de chance.

12. Il résulte par ailleurs de l'instruction que Mme E bénéficie, en vertu d'une décision du président de la maison départementale des personnes handicapées d'Ille-et-Vilaine du 3 septembre 2019, du versement d'une prestation de compensation du handicap depuis le 1er février 2019 et jusqu'au 31 janvier 2029 d'un montant de 535,05 € par mois. Elle a ainsi perçu au titre de cette prestation, pour l'ensemble de la période considérée jusqu'à la consolidation de son état, la somme totale de 9 095,85 €.

13. L'addition de ces prestations et de l'indemnité de 2 645,25 € calculée après application du taux de chance de 15 % n'excède pas les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne temporaire évaluées à 17 635 €, de sorte qu'il résulte de ce qui a été dit au point 10 qu'il n'y a pas lieu de déduire ces prestations.

14. Il en résulte que l'indemnité totale due par le CHRU de Rennes à Mme E au titre de l'assistance par tierce personne temporaire doit être fixée à la somme de 2 645,25 €.

Concernant la perte des gains professionnels actuels :

15. Il résulte de l'instruction que si Mme E a antérieurement exercé une activité d'aide-soignante, elle n'exerçait aucune activité professionnelle à la date de son dommage, étant sans emploi depuis 2014. Elle n'établit pas, ni même n'allègue, avoir alors été en recherche active d'emploi, l'expert se bornant à relever dans son rapport qu'au moment de l'AVC, elle " avait le projet de reprendre à temps partiel ". Elle ne démontre d'ailleurs pas qu'en l'absence de dommage, elle aurait eu des chances sérieuses de reprendre une activité rémunérée antérieurement à la date de consolidation. L'existence d'un préjudice lié à une perte de gains professionnels actuels en lien direct et certain avec les fautes du CHRU de Rennes n'est ainsi pas établie et il n'y a dès lors pas lieu de l'indemniser.

Quant aux préjudices patrimoniaux permanents :

Concernant les dépenses de santé exposées entre la date de consolidation et le présent jugement :

16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de Mme E en lien avec les fautes du CHRU de Rennes a nécessité un suivi psychologique non pris en charge. Si elle évoque avoir effectué deux consultations avec une psychologue, elle ne justifie que d'une consultation le 26 juillet 2023 pour laquelle elle a exposé la somme de 50 €. Il y a dès lors lieu de l'indemniser du montant de 7,50 € après application du taux de perte de chance, la CPAM d'Ille-et-Vilaine ne se prévalant d'aucune prestation versée à l'intéressée sur la période considérée.

Concernant les frais de logement adapté :

17. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise et d'un certificat médical de son médecin traitant, que l'état de santé de Mme E en lien avec les fautes du CHRU de Rennes nécessite un logement adapté sans escalier et avec une douche sans marche, de sorte que le logement social qu'elle occupe avec accès par un escalier n'apparaît pas adaptable à son état. La requérante fait valoir qu'aucune suite favorable n'a été donnée par son bailleur social à sa demande de changement de logement présentée le 28 mai 2021 et renouvelée en dernier lieu en mars 2023, qu'elle est donc contrainte d'étendre ses recherches à des logements autres, générant un surcoût de loyer. Elle produit par ailleurs plusieurs annonces de locations immobilières concernant des logements de quatre pièces, le CHRU de Rennes produisant quant à lui une annonce concernant un logement de trois pièces. Il résulte toutefois de la fiche de demande de changement de logement social versée aux débats que Mme E a sollicité l'attribution d'un logement de quatre pièces alors qu'elle occupe un logement de trois pièces et qu'il n'est établi par aucune pièce, notamment pas par le rapport d'expertise, que son état de santé nécessiterait qu'elle occupe un logement plus grand ou comportant une pièce supplémentaire. La fiche de demande de changement de logement social produite fait d'ailleurs état d'un refus d'un appartement de trois pièces le 2 septembre 2022 par l'intéressée pour des raisons personnelles que la requérante ne justifie pas dans ses écritures. Ainsi, dès lors qu'il n'est pas établi que Mme E ne pourrait pas bénéficier d'un logement social adapté équivalent à celui qu'elle occupe sans majoration de loyer, il n'y a pas lieu de l'indemniser de ce poste de préjudice.

Concernant les frais de véhicule adapté :

18. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise et d'un certificat médical de son médecin traitant, que dans le cas où Mme E passerait son permis de conduire, son état de santé nécessiterait l'adaptation d'un véhicule, notamment par l'installation d'une boule au volant. Or la requérante, qui justifie seulement d'une démarche pour s'inscrire à une formation en école de conduite en 2022, n'établit pas être désormais titulaire d'un permis de conduire, de sorte que le préjudice lié aux frais de véhicules adaptés qu'elle invoque n'est qu'éventuel. Il s'ensuit qu'aucune somme ne peut lui être allouée à ce titre.

Concernant l'assistance par tierce personne permanente :

19. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme E après consolidation en lien avec les fautes du CHRU de Rennes induit un besoin d'assistance par tierce personne équivalent à 2 heures par jour 5 jours sur sept, soit en moyenne 10 heures par semaine. La requérante n'établit pas que ce volume horaire, notamment rapporté à la semaine, serait insuffisant au regard de ses besoins. Il y a dès lors lieu de retenir un tel besoin en assistance par une tierce personne non spécialisée et sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et jours fériés.

20. De la date de la consolidation le 4 septembre 2020 jusqu'au jour de mise à disposition du présent jugement, le besoin en assistance par une tierce personne de Mme E, sur cette base et par application d'un taux horaire de 15 € en 2020 et 2021, de 16 € en 2022 et 2023 et de 17 € en 2024, doit être évalué à la somme de 35 859 € et, après application du taux de perte de chance, à la somme de 5 379 €. Au cours de cette période et eu égard à ce qui a été dit au point 12, la requérante a perçu la somme totale de 24 612,30 € au titre de la prestation de compensation du handicap. L'addition de ces prestations et de l'indemnité de 5 379 € calculée après application du taux de chance de 15 % n'excédant pas les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne temporaire évaluées à 35 859 €, il résulte de ce qui a été dit au point 10 qu'il n'y a pas lieu de déduire ces prestations. Il en résulte que l'indemnité totale due par le CHRU de Rennes à Mme E au titre de l'assistance par tierce personne temporaire doit être fixée à la somme de 5 379 €.

21. Pour la période postérieure au présent jugement, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, en application d'un coefficient de 60,948 issu du barème de la Gazette du Palais de 2022 pour une femme de 39 ans et en retenant un taux horaire de 17 €, à la somme de 609 828 € et, après application du taux de perte de chance, à la somme de 91 474 €, cette somme ajoutée à la somme que Mme E percevra au titre de la prestation de compensation du handicap n'excédant pas le montant avant application du taux de perte de chance de 609 828 €.

Concernant les pertes de gains professionnels futurs :

22. Aux termes de l'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale : " L'assuré a droit à une pension d'invalidité lorsqu'il présente une invalidité réduisant dans des proportions déterminées, sa capacité de travail ou de gain, c'est-à-dire le mettant hors d'état de se procurer, dans une profession quelconque, un salaire supérieur à une fraction de la rémunération normale perçue dans la même région par des travailleurs de la même catégorie, dans la profession qu'il exerçait avant la date de l'interruption de travail suivie d'invalidité ou la date de la constatation médicale de l'invalidité si celle-ci résulte de l'usure prématurée de l'organisme ". Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par ces dispositions législatives et à son mode de calcul, en fonction du salaire, fixé par l'article R. 341-4 du code de la sécurité sociale, la pension d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité.

23. Il convient de déterminer si l'incapacité permanente conservée par Mme E en raison des fautes commises a entraîné, pendant la période postérieure à la date de consolidation de son état, des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils ont donné lieu au versement d'une pension d'invalidité. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices sont réparés par la pension, il y a lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subit pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au capital représentatif de la pension. Dès lors qu'il est jugé que les fautes commises par le centre hospitalier ont contribué pour 15 % à la réalisation du préjudice, 15 % du montant des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle doit être mis à sa charge. Dans cette limite, la victime doit se voir allouer, le cas échéant, une somme correspondant à la part de ces postes de préjudice non réparée par la pension, évaluée ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le solde éventuel étant versé à la CPAM.

24. Ainsi qu'il a été dit au point 17, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du dommage, Mme E, qui avait quitté son emploi d'aide-soignante en 2014 pour s'occuper de son enfant et ne justifie pas de démarches entreprises pour retrouver un emploi, aurait retrouver une activité rémunérée. Par ailleurs, si l'expert a estimé que l'invalidité de la requérante découlant de son AVC rendait " peu probable " la reprise de son activité d'aide-soignante et plus largement le retour à une activité professionnelle, ni ce rapport, ni le certificat médical peu circonstancié de son médecin généraliste du 27 octobre 2023 qui indique que l'état de santé de l'intéressée " ne lui permet pas de travailler " sont de nature à démontrer qu'elle serait de manière certaine, du fait des fautes commises par le CHRU de Rennes, dans l'incapacité physique de reprendre toute activité professionnelle. Si Mme E perçoit une pension d'invalidité depuis le 30 novembre 2019, il résulte de l'instruction que son invalidité a été classée en catégorie 2 qui correspond à un état d'invalidité réduisant des deux tiers au moins sa capacité de travail ou de gain et non pas nécessairement une impossibilité totale de travailler. Dans ces conditions, l'existence d'un préjudice de perte de gains professionnels futurs en lien direct et certain avec le dommage n'est pas établie et il n'y a dès lors pas lieu d'indemniser la requérante de ce préjudice.

Concernant l'incidence professionnelle :

25. L'incidence professionnelle a pour objet d'indemniser les préjudices périphériques du dommage touchant à la sphère professionnelle, comme le préjudice subi par la victime en raison de sa dévalorisation sur le marché du travail, de sa perte d'une chance professionnelle ou de l'augmentation de la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe imputable au dommage, ou encore au préjudice subi qui a trait à sa nécessité de devoir abandonner la profession qu'elle exerçait avant le dommage au profit d'une autre qu'elle a dû choisir en raison de la survenance de son handicap.

26. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme E, âgée de 34 ans à la date du dommage, l'empêche de reprendre l'activité professionnelle d'aide-soignante qu'elle avait exercé jusqu'à 2014. Dans ces conditions et compte tenu de la dévalorisation sur le marché du travail que la requérante a subie et du caractère limité des tâches qu'elle pourrait effectuer eu égard à son état de santé, en lien avec les fautes du CHRU de Rennes, il sera fait une juste appréciation de son préjudice au titre de l'incidence professionnelle en le fixant à la somme de 20 000 €, soit 3 000 € après application du taux de perte de chance.

27. Il résulte toutefois de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de l'assurance maladie produit par la CPAM d'Ille-et-Vilaine que Mme E perçoit une pension d'invalidité depuis le 30 novembre 2019 équivalent à un montant de 9 000 € par an, de sorte que le montant des arrérages échus à la date de la mise à disposition du présent jugement peut être évalué à la somme de 41 625 €. Dans ces conditions, et en application des principes rappelés ci-dessus aux points 23 et 24, l'incidence professionnelle subie par la requérante doit être regardée comme ayant été intégralement réparée par les arrérages échus de cette pension. Sa demande d'indemnisation à ce titre doit dès lors être rejetée.

Quant aux préjudices extra patrimoniaux temporaires :

Concernant le déficit fonctionnel temporaire :

28. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme E a subi un déficit fonctionnel temporaire en lien avec les fautes du CHRU de Rennes qui s'est élevé aux taux de 100 % du 26 octobre 2018 au 16 novembre 2018 correspondant à son hospitalisation y compris en rééducation, puis de 80 % entre le 17 novembre 2018 et le 14 juin 2019 alors qu'elle était prise en charge en hôpital de jour cinq jours par semaine et enfin de 70 % du 15 juin 2019 à la date de consolidation. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 10 058 €, soit 1 508,70 € après application du taux de perte de chance.

Concernant les souffrances endurées :

29. D'une part, il résulte du rapport d'expertise et il n'est pas contesté que les souffrances endurées par Mme E imputables au retard de diagnostic et de prise en charge de son AVC par le CHRU de Rennes s'élèvent au niveau de 5 sur une échelle de 1 à 7. Ce préjudice peut être évalué par une juste appréciation au montant de 13 500 € et, après application du taux de perte de chance, à la somme de 2 025 €.

30. D'autre part, l'expert relève que la requérante a subi une souffrance morale propre aux conditions de l'appel téléphonique au SAMU le 26 octobre 2018, l'intéressée ayant en particulier mal vécu l'absence d'une réponse adaptée à sa situation et sa détresse. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice particulier en l'évaluant au montant de 500 €, sans application du taux de perte de chance.

Concernant le préjudice esthétique :

31. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le préjudice esthétique temporaire de Mme E lié aux fautes du CHRU de Rennes doit être évalué au niveau de 3 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant au montant de 3 620 € et en allouant ainsi à la requérante la somme de 543 € après application du taux de perte de chance.

Quant aux préjudices extra patrimoniaux permanents :

Concernant le déficit fonctionnel permanent :

32. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel permanent de Mme E en lien avec les fautes du CHRU de Rennes doit être évalué à 60 %, compte tenu du déficit moteur, des troubles sensitifs, du syndrome cérébelleux, de troubles de déglutition et des vertiges dont elle souffre. Compte tenu de l'âge de l'intéressée à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à la somme de 198 320 €. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'allouer à Mme E la somme de 29 748 € après application du taux de perte de chance.

Concernant le préjudice d'agrément :

33. Le préjudice d'agrément n'est caractérisé que si la victime pratiquait régulièrement avant l'accident une activité sportive ou de loisirs dont elle est désormais privée. En l'espèce, l'expert relève que Mme E ne peut plus pratiquer ses loisirs, notamment ceux en lien avec son activité associative. Il résulte de l'instruction, notamment des attestations produites par la requérante, qu'elle était en particulier active depuis 2013 en tant qu'adhérente et bénévole au sein d'une maison des jeunes et de la culture, exerçant diverses activités dans cette association, notamment de l'accompagnement scolaire, et que compte tenu de son état de santé, elle ne peut plus être aussi active qu'auparavant. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'évaluer le préjudice d'agrément subi par Mme E à la somme de 2 000 € et de lui allouer, après application du taux de perte de chance, la somme de 300 € à ce titre.

Concernant le préjudice esthétique permanent :

34. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise, que le préjudice esthétique permanent de Mme E en lien avec les fautes du CHRU de Rennes doit être évalué au niveau de 2 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant de manière au montant de 1 850 € et en allouant ainsi à la requérante la somme de 277,50 € après application du taux de perte de chance.

Concernant le préjudice sexuel :

35. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme E subit un préjudice sexuel lié à ses troubles sensitifs, une absence de plaisir et des relations devenues douloureuses. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de la requérante en l'évaluant à la somme de 5 000 € et, après application du taux de perte de chance, à la somme de 750 €.

Concernant le préjudice d'établissement :

36. Le préjudice d'établissement est destiné à réparer la perte de chance de réaliser normalement un projet de vie familiale. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme E s'est séparée de son compagnon postérieurement au dommage, l'expert relevant un lien entre cette séparation et les séquelles de la requérante. Par ailleurs, Mme E, née en 1984, dont les capacités physiques sont fortement limitées, ne peut mener avec son enfant une vie familiale normale et l'éventualité qu'elle noue une nouvelle relation amoureuse voire qu'elle ait un autre enfant se trouve nécessairement limitée. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluer au montant de 20 000 € et, après application du taux de perte de chance, au montant de 3 000 €.

S'agissant des préjudices du jeune B E :

37. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection et des troubles dans les conditions de l'existence subi par le jeune B E du fait de l'état de santé de sa mère en lien avec les fautes du CHRU de Rennes et des craintes que l'état de la requérante suscite pour lui en l'évaluant à la somme de 8 000 € soit, après application du taux de perte de chance, à la somme de 1 200 €.

S'agissant des préjudices de Mme D :

38. Les personnes dépourvues de lien de parenté directe avec une victime peuvent être indemnisées de leur préjudice d'affection à la condition d'établir par tout moyen avoir entretenu un lien affectif avec celle-ci. Par les pièces produites, notamment les attestations et photographies, Mme E et son amie Mme D n'établissent pas entretenir un lien affectif tel qu'il serait de nature à ouvrir droit à réparation au titre du préjudice d'affection subi par Mme D. Ce chef de préjudice ne peut dès lors être accueilli.

39. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner le CHRU de Rennes au versement à Mme E des sommes de 145 216,94 € en son nom propre et de 1 200 € en qualité de représentante légale du jeune B E en réparation des préjudices qu'ils ont respectivement subis, déduction faite des éventuelles sommes déjà versées au titre de la provision.

Sur les droits de la CPAM d'Ille-et-Vilaine :

En ce qui concerne les débours :

40. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice. / () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 € et d'un montant minimum de 91 €. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. / () ".

S'agissant de la période antérieure à la consolidation de Mme E :

41. Au titre des débours qu'elle a exposés, la CPAM d'Ille-et-Vilaine justifie de manière suffisamment probante, par la production d'une attestation d'imputabilité du médecin conseil de l'assurance maladie du 30 avril 2021 et au regard du rapport d'expertise, de prestations liées aux dépenses de santé antérieures à la date de consolidation imputables aux fautes du CHRU de Rennes, s'élevant à la somme totale de 21 030,19 € correspondant aux frais d'hospitalisation de Mme E pour un montant de 14 358,72 €, aux frais médicaux pour un montant de 2 571,52 €, aux frais pharmaceutiques pour un montant de 801,60 €, aux frais d'appareillage pour un montant de 1 100,04 € et aux frais de transport pour un montant de 2 018,31 €. Ce document, établi par un médecin indépendant de la CPAM précise de manière suffisante la nature et l'objet des prestations servies. Mme E ne justifiant par avoir exposé une somme au titre des dépenses de santé actuelles, la somme revenant à la CPAM d'Ille-et-Vilaine au titre de ces dépenses s'élève ainsi, après application du taux de perte de chance, au montant de 3 154,53 €.

S'agissant de la période postérieure à la consolidation de Mme E :

42. S'agissant des arrérages de pension d'invalidité échus versés à Mme E et du capital représentatif en invalidité pour le futur, il résulte de ce qui a été dit aux points 24, 25, 27 et 28 que, dès lors que le présent jugement ne retient pas l'existence d'un préjudice de Mme E lié à une perte de gains professionnels futurs en lien direct et certain avec les fautes du CHRU de Rennes et qu'il retient un préjudice d'incidence professionnelle en lien avec ces fautes à hauteur de 20 000 €, il y a lieu de limiter, compte tenu de l'application du taux de perte de chance, à 3 000 € le montant à allouer à cette caisse à ce titre.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

43. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

44. Eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement par le présent jugement, la CPAM d'Ille-et-Vilaine est en droit d'obtenir, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 précité, le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 €.

45. Il résulte de ce qui précède qu'il est mis à la charge du CHRU de Rennes le versement à la CPAM d'Ille-et-Vilaine de la somme globale de 6 154,53 € au titre des dépenses actuelles et futures ainsi que de la somme de 1 191 € au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :

46. Mme E, en son nom propre et en qualité de représentante légale de son enfant B E, a droit aux intérêts au taux légal à compter du 8 août 2021, date de réception par le CHRU de Rennes de sa demande préalable indemnitaire.

47. Par ailleurs, Mme E, en son nom propre et en qualité de représentante légale de son enfant B E, a demandé la capitalisation des intérêts le 15 novembre 2021, date de l'enregistrement de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 8 août 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

48. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre définitivement à la charge du CHRU de Rennes, partie perdante dans la présente instance, les frais de l'expertise judiciaire confiée au docteur C, engagés dans le cadre de la présente instance, taxés et liquidés par l'ordonnance du président du tribunal n° 1906041 du 3 février 2021 à la somme de 1 500 €.

Sur les frais liés au litige non compris dans les dépens :

49. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Rennes le versement de la somme globale de 1 500 € à Mme E et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les requérantes n'ayant pas sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans la présente instance.

50. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée au même titre par la CPAM d'Ille-et-Vilaine.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHRU de Rennes est condamné à verser à Mme E, en son nom propre, la somme de 145 216,94 € en réparation de ses préjudices, déduction faite des éventuelles sommes déjà versées au titre de la provision, cette somme de 145 216,94 € devant être assortie du versement des intérêts au taux légal à compter du 8 août 2021, capitalisés annuellement à compter du 8 août 2022.

Article 2 : Le CHRU de Rennes est condamné à verser à Mme E, en qualité de représentante légale du jeune B E, la somme de 1 200 € en réparation de ses préjudices, déduction faite des éventuelles sommes déjà versées au titre de la provision, cette somme devant être assortie du versement des intérêts au taux légal à compter du 8 août 2021, capitalisés annuellement à compter du 8 août 2022.

Article 3 : Le CHRU de Rennes versera à la CPAM d'Ille-et-Vilaine la somme globale de 6 154,53 € au titre des dépenses actuelles et futures ainsi que de la somme de 1 191 € au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 500 € sont mis à la charge définitive du CHRU de Rennes.

Article 5 : Le CHRU de Rennes versera à Mme E et à Mme D la somme globale de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et Mme A D, au centre hospitalier régional universitaire de Rennes, ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.

Copie en sera adressée pour information au professeur G C.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Thielen, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au ministre en charge de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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