vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2105874 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LUDIVINE LEROI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2021, Mme C G et M. H K, représentés par Me Leroi, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 30 000 euros chacun en réparation du préjudice moral résultant du suicide de M. A K à la maison d'arrêt de Rennes-Vezin ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à chacun d'eux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de l'existence de négligences fautives des services pénitentiaires à l'égard de M. K en ce que son intégrité physique n'a pas été préservée malgré la détresse psychologique et les tendances suicidaires de l'intéressé dont l'administration avait connaissance ;
- il en résulte un préjudice moral qu'ils estiment à la somme 30 000 euros chacun.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la responsabilité, à la supposer établie, relève du seul service public hospitalier qui doit être appelé à la cause ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 septembre 2016, M. A K a été placé en détention au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin. A la suite d'un incident résultant d'un retard et d'une altercation avec un agent du personnel pénitentiaire, M. K comparaissait devant la commission de discipline et se voyait sanctionné d'une peine de 10 jours de cellule disciplinaire le 23 août 2017. Le 24 août 2017, M. K était trouvé sans vie dans sa cellule. Par une lettre en date du 16 juillet 2021, M. H K et Mme C G, respectivement frère et mère de la victime, adressaient une demande d'indemnisation en réparation du décès de M. K auprès, d'une part, du directeur du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin, et, d'autre part, auprès du garde des sceaux, ministre de la justice. Ces deux demandes étant restées sans réponse à l'expiration d'un délai de deux mois après réception de celles-ci, les requérant demandent la condamnation de l'Etat à les indemniser de leur préjudice moral.
Sur l'existence d'une négligence fautive des services pénitentiaires :
2. Les requérants font valoir que les investigations diligentées révèlent que l'administration pénitentiaire n'a pas pris toutes les précautions utiles qui étaient en son pouvoir pour que soit évité le suicide de M. K.
3. Aux termes de l'article 44 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 alors en vigueur prévoit que : " L'administration pénitentiaire doit assurer à chaque personne détenue une protection effective de son intégrité physique en tous lieux collectifs ou individuels ".
4. La responsabilité de l'Etat en cas de préjudice matériel ou moral résultant du suicide d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas pris, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier sur les antécédents de l'intéressé, son comportement et son état de santé, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide.
5. En l'espèce, le ministre produit en défense l'état de situation relatif à la prévention du suicide établi le 27 septembre 2016 concernant M. K, dans lequel ce dernier exclut toute intention suicidaire.
6. De plus, il ressort de l'audition de M. D du 21 septembre 2017, codétenu de la victime, que M. K, à la suite de l'incarcération de son épouse et de la nouvelle de la maladie de sa mère au cours de l'année 2017, a ingéré des produits médicamenteux et a cessé de s'alimenter correctement. M. D confirme toutefois que M. K n'a jamais formulé d'intentions suicidaires.
7. M. J, interrogé par les services de la gendarmerie nationale, incarcéré également dans la même cellule que la victime, a indiqué lors de son audition du même jour que M. K bénéficiait d'un traitement médical, qu'il se rendait " tous les matins " à l'infirmerie et qu'il avait montré des signes de faiblesse dont les surveillants avaient été informés. M. J confirme que l'intéressé n'avait aucunement fait part d'éventuels élans suicidaires.
8. Par ailleurs, lors de son audition par les services de la gendarmerie nationale, M. I, surveillant de l'administration pénitentiaire au quartier disciplinaire où était placé M. K au moment de son décès, n'avait relevé lors de sa vérification aucune anomalie et n'avait pas eu connaissance d'un quelconque signalement d'un comportement anormal. L'audition le 25 août 2017 du responsable du quartier d'isolement, M. E, relate un entretien d'entrée avec M. K qui disait être " satisfait d'avoir quelques jours de repos " et qu'il " avait le sourire ", ce même responsable indiquant avoir été surpris du suicide de M. K. M. E précise également que si la victime craignait fortement un détenu nommé M. F, aucun évènement particulier entre les deux hommes n'a été identifié dans les jours ayant précédé le décès de M. K, si ce n'est que M. F exerçait des pressions psychologiques, d'une nature et d'une intensité non qualifiées cependant, à l'endroit de M. K comme d'autres détenus.
9. En outre, le procès-verbal d'investigations de la gendarmerie nationale du 19 octobre 2017 indique que la correspondance avec sa compagne ne mentionne aucun élément sur un état d'esprit suicidaire et aucune lettre faisant part d'une telle volonté n'a été découverte. A cet égard, selon ce même procès-verbal, les auditions des membres de la famille de M. K n'ont révélé aucune suspicion d'un état dépressif et son incarcération semblait " bien se dérouler ".
10. Le compte-rendu initial établi le 30 août 2017 par l'administration pénitentiaire à la suite du décès de M. K, indique qu'il souffrait d'une addiction importante à l'héroïne et à la cocaïne, présentait une " peur singulière " de M. F, en quartier d'isolement.
11. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que M. K a, durant la période du 24 juillet 2017 au 24 août 2017, fait l'objet de plusieurs rendez-vous quotidiens, au titre du service médico-psychologique régional, pour la prise ou la distribution de médicaments, notamment de la méthadone. Lors d'un entretien réalisé le 23 août 2017 à la suite de son placement en cellule disciplinaire, il n'a pas été constaté de vulnérabilité particulièrement alarmante et il est mentionné que M. K " accepte sa sanction ".
12. Par suite, si l'intéressé refusait épisodiquement de prendre certains repas comme mentionné au point 6, il n'y donnait aucune explication et n'exprimait pas, à cette occasion, d'idées suicidaires. M. K n'avait par ailleurs pas exprimé au cours des jours précédant son décès, auprès de ses proches comme de ses codétenus et du personnel pénitentiaire, le souhait de mettre un terme à son existence.
13. Ainsi, en l'absence d'éléments laissant présager un passage à l'acte imminent ou établissant la méconnaissance de consignes de vigilance de la part des professionnels de santé assurant le suivi de M. K ou de la part des gardiens chargés de la détention, l'administration pénitentiaire n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité en s'abstenant de l'hospitaliser d'office, de le placer en cellule spéciale de protection d'urgence ou de lui retirer les objets permettant de porter atteinte à sa propre personne, et en s'abstenant d'organiser une surveillance renforcée de la cellule individuelle.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G et M. K ne sont pas fondés à demander la condamnation de l'Etat à leur verser une indemnité en réparation des préjudices résultant du décès de M. A K. Par suite, leur requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G et M. K est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G et à M. H K et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
Le rapporteur,
signé
F. B
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604449
Le Tribunal administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... B.... Ce dernier demandait, en pleine vague de chaleur et avant un rendez-vous médical, sa réintégration dans un hébergement d'urgence, invoquant une atteinte grave à ses libertés fondamentales (droit à l'hébergement, droit à la vie et à l'intégrité physique). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie ou que la demande était manifestement mal fondée, au vu des nombreux hébergements déjà proposés au requérant. La décision s'appuie sur les articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, qui garantissent l'accès à l'hébergement d'urgence, mais dont la carence n'a pas été caractérisée en l'espèce.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rennes — N° TA35-2504730
Le Tribunal Administratif de Rennes a pris acte, par ordonnance du 1er juin 2026, du désistement pur et simple de Mme A... de son instance et de l'ensemble de ses conclusions. La requérante demandait initialement la condamnation de la commune de Rennes à l'indemniser de préjudices liés à une maladie professionnelle. Le tribunal, statuant sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, a donné acte de ce désistement et a rejeté les conclusions de la commune présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2520806
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B... A... comme manifestement irrecevable. La requérante contestait le refus de la commission d’accès aux documents administratifs de lui communiquer le dossier personnel de son arrière-grand-père. Saisi en plein contentieux, le tribunal a constaté que la requête n'était pas accompagnée de la décision attaquée et que Mme B... A..., résidant en Algérie, n'avait pas élu domicile sur le territoire national comme l'exige l'article R. 431-8 du code de justice administrative. Malgré une demande de régularisation restée sans effet, ces vices n'ont pas été corrigés, justifiant le rejet sur le fondement de l'article R. 222-1 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2609206
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui délivrer un certificat d’immatriculation pour son véhicule. Le juge a estimé que la mesure sollicitée était manifestement irrecevable car elle aurait pour effet de faire obstacle à l’exécution de la décision administrative de refus d’immatriculation déjà prise. En conséquence, la requête a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l’article L. 522-3 du même code.
01/06/2026