jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2105875 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 novembre 2021, le 24 août 2022 et le 20 mars 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société CM-CIC Leasing Solutions, représentée par Me Christophe Pichon (Selarl Cornet-Vincent-Segurel), demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Coulomb à lui verser, à titre principal, la somme de 12 826 euros ou, à titre subsidiaire, la somme de 11 777 euros, en réparation du préjudice résultant de la résiliation du contrat de financement conclu pour la location de matériel de télécommunication ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Coulomb une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a conclu avec la commune de Saint-Coulomb un contrat de location financière de matériels, acquis auprès de la société United Telecom, lequel constitue un marché public de fourniture relevant de la compétence de la juridiction administrative ;
- la commune de Saint-Coulomb a commis une faute en procédant à la résiliation du contrat conclu au motif que la clause de résiliation anticipée qu'il contenait serait irrégulière et que le contrat ne prévoyait aucune contrepartie la concernant ;
- la commune ne saurait justifier la résiliation du contrat par les difficultés liées à la maintenance du matériel loué, le contrat conclu ne prévoyant pas d'interventions de maintenance ;
- à les supposer avérées, les difficultés liées à la maintenance du matériel ne relèvent pas de la régularité du contrat mais de son exécution ;
- la résiliation du contrat pour motif d'intérêt général est illégale ;
- elle est fondée à solliciter la réparation du préjudice subi au titre de la perte en résultant la concernant ainsi que du gain manqué ;
- la perte subie s'élève à 11 776,31 euros, la commune ne s'étant pas acquittée de sept loyers ;
- le gain manqué est évalué à 1 050 euros ;
- elle est fondée à solliciter, à titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité quasi-contractuelle, le remboursement des dépenses qui ont été utiles à la commune ainsi que du préjudice subi résultant de la faute de la commune.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 mars 2022 et le 15 février 2024, la commune de Saint-Coulomb, représentée par Me Thomas Drouineau (SCP Drouineau Veyrier Le Lain Barroux Verger), conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de la société CM-CIC Leasing Solutions une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société CM-CIC Leasing Solutions a été informée, par un courrier du 25 septembre 2020, de sa volonté de résilier le contrat de location conclu, compte tenu de l'inadéquation du matériel à ses besoins ;
- la résiliation du contrat se justifie par le fait que ses conditions générales portant sur la location du matériel étaient irrégulières, eu égard notamment à l'absence de maintenance et de réparation du matériel ;
- la résiliation du contrat était également commandée par l'intérêt du service, dès lors que le matériel loué ne correspondait pas à sa demande ;
- les dépenses dont la société CM-CIC Leasing Solutions demande l'indemnisation, qui correspondent à l'amortissement du matériel, ne peuvent être regardées comme une dépense qui lui a été utile ;
- la société CM-CIC Leasing Solutions ne saurait prétendre au versement d'une somme de 12 826 euros, dans l'hypothèse où il serait admis qu'il a été procédé à la résiliation du contrat de location pour un motif d'intérêt général ;
- le versement d'une telle indemnité ne résulte pas de l'application des conditions générales du contrat de location.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier (MURCEF) ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,
- et les observations de Me Migault, représentant la société CM-CIC Leasing Solutions, et de Me Oueslati, substituant Me Drouineau, représentant la commune de Saint-Coulomb.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Saint-Coulomb (Ille-et-Vilaine) a conclu avec la société CMC-CIC Leasing Solutions un contrat de financement portant sur la location d'un serveur de télécommunication et de dix terminaux de télécommunications, fournis par la société United Telecom, pour une durée de 63 mois et selon un loyer trimestriel de 1 047 euros hors taxe (HT). Dès le 26 avril 2018, la commune a fait état de son insatisfaction quant au matériel livré et a demandé à mettre en œuvre la procédure de résiliation prévue au contrat. La société prestataire a été informée, par un courrier du 25 septembre 2020, de la décision de la collectivité de résilier unilatéralement le contrat, pour motif d'intérêt général, dans un délai de quinze jours. La société CMC-CIC Leasing Solutions demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Coulomb à lui verser la somme de 12 826 euros ou, à défaut, de 11 777 euros, en réparation du préjudice résultant de cette résiliation.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la décision de résiliation du contrat :
2. D'une part, aux termes de l'article 10.3 des conditions générales du contrat de location évolutive conclu par la commune de Saint-Coulomb avec la société CM-CIC Leasing Solutions : " Le contrat peut être résilié de plein droit par le locataire, en cas d'inexécution par le bailleur de ses engagements au titre du contrat tels que visés à l'article 1.3 () quinze jours après une mise en demeure adressée par lettre recommandée avec accusé de réception au bailleur et restée infructueuse. ".
3. D'autre part, en vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, l'administration peut toujours, pour un motif d'intérêt général, résilier un contrat, sous réserve des droits à indemnité du cocontractant. L'étendue et les modalités de l'indemnisation due par la personne publique à son cocontractant en cas d'annulation ou de résiliation pour un motif d'intérêt général du contrat peuvent être déterminées par les stipulations du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment de la personne publique, une disproportion manifeste entre l'indemnité ainsi fixée et le montant du préjudice résultant, pour le titulaire du contrat, des dépenses qu'il a exposées et du gain dont il a été privé.
4. Il résulte de l'instruction que la décision de la commune de Saint-Coulomb de résilier le contrat souscrit le 27 mars 2017 auprès de la société CM-CIC Leasing Solutions est motivée par les termes de la clause de résiliation anticipée, considérée comme manifestement disproportionnée et par les faibles engagements du bailleur, auquel n'incombe ni la maintenance, ni la réparation du matériel. Toutefois, de telles considérations, tirées des conditions d'exécution du contrat, connues de l'administration lorsqu'elle a contracté, ne sauraient constituer un motif d'intérêt général de nature à justifier la résiliation du contrat. La circonstance selon laquelle la collectivité aurait rencontré des difficultés s'agissant de l'utilisation de la fonction haut-parleurs des téléphones n'est pas davantage de nature, en l'absence de toute autre précision, à caractériser un motif d'intérêt général permettant une telle résiliation. Enfin, la résiliation ne peut être regardée comme intervenue en application des stipulations de l'article 10.3 des conditions générales du contrat litigieux, aucune des pièces de l'instruction ne permettant d'établir que le bailleur aurait manqué à ses engagements contractuels en fournissant un matériel qui n'aurait pas été conforme au choix de la commune. Par suite, la société CM-CIC Leasing Solutions est fondée à soutenir que la décision de résiliation du contrat litigieux par la commune de Saint-Coulomb revêt un caractère fautif et est de nature à engager sa responsabilité contractuelle.
En ce qui concerne l'indemnisation de la société requérante :
5. La société CM-CIC Leasing Solutions est en droit d'obtenir réparation du préjudice direct et certain résultant de la résiliation fautive du contrat signé avec la commune de Saint-Coulomb. A cet effet, elle rappelle que le contrat prévoyait le versement de 21 loyers s'élevant à 1 047 euros HT, chaque loyer comprenant une part correspondant à l'amortissement du matériel qu'elle a acheté pour un montant de 20 188 euros HT et une part correspondant au gain qu'elle réalise. Toutefois, si la société requérante fait valoir que 7 loyers restaient dus à la date de résiliation du contrat, elle n'établit pas, ni n'allègue d'ailleurs, ne pas avoir été en mesure de procéder à la reprise du matériel loué. Elle ne saurait dès lors prétendre à être indemnisée de la perte subie correspondant aux loyers à intervenir jusqu'à l'échéance du contrat. Dans ces conditions, son préjudice ne saurait excéder l'indemnisation du gain manqué, calculé par différence entre le montant total des loyers prévus au contrat et le coût d'achat du matériel installé, soit 85,67 euros HT par mois. Le préjudice résultant du manque à gagner pour la société requérante doit, ainsi, être évalué à la somme de 599,69 euros.
6. Il résulte de ce qui précède que la société CM-CIC Leasing Solutions est seulement fondée à obtenir de la commune de Saint-Coulomb le versement d'une somme de 599,69 euros en réparation du préjudice subi.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Saint-Coulomb, partie perdante, le versement à la société CM-CIC Leasing Solutions d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées au même titre par la commune de Saint-Coulomb ne peuvent, en revanche, qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Coulomb est condamnée à verser à la société CM-CIC Leasing Solutions la somme de 599,69 euros.
Article 2 : La commune de Saint-Coulomb versera à la société CM-CIC Leasing Solutions la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Coulomb au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société CM-CIC Leasing Solutions et à la commune de Saint-Coulomb.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
M. Thalabard
Le président,
signé
E. BerthonLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026