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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105932

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105932

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105932
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BONDIGUEL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés les 19 novembre 2021, 12 juillet et 10 novembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Soy Constructions, représentée par la Selarl Bondiguel et Associés, demande au tribunal :

1°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er décembre 2016 au 30 novembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) la décharge des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales et les droits de la défense dès lors qu'elle ne lui a communiqué aucune information sur l'origine des informations obtenues quant à la comptabilisation des factures par la société MGBC, mais a uniquement porté à sa connaissance qu'elle avait exercé son droit de communication auprès de cette société ;

- le service qui a, semble-t-il, mobilisé des renseignements et documents tirés de dossiers en cours dans la brigade de contrôle ne lui a pas permis d'accéder à des éléments qui auraient pu être utiles à l'exercice des droits de la défense telle que la date de paiement par ses clients des factures en cause ;

- elle n'a pas été avisée des informations qui ont conduit l'administration à mettre en œuvre les dispositions de l'article 117 du code général des impôts, ni de leur origine ;

- l'enregistrement des recettes au fur et à mesure des paiements obtenus explique l'écart de 22 826 euros constaté à la clôture de l'exercice 2017 entre les données comptables tirées de son compte 704000 et celles ressortant du compte 613500 de la société Kotan Bâtiment. En outre un avoir de 22 286 euros a été émis le 31 janvier 2018 ;

- s'agissant de l'exercice clos le 30 novembre 2018, elle produit un avoir de 24 540 euros transmis à la société Kotan Bâtiment le 31 janvier 2019 du fait de la non réalisation des travaux ; elle a comptabilisé cet avoir le 1er décembre 2021 et le rappel de 24 540 euros constitue donc un doublon ; elle a établi un avoir de 10 000 euros le 31 janvier 2019 au nom de la société Kotan Habitat qu'elle a comptabilisé le 1er décembre 2021 ; le rappel de 10 000 euros constitue donc un doublon ;

- l'écart de 4 922 euros constaté entre les factures comptabilisées en produits chez Soy Construction et celles comptabilisées en charges chez MGBC s'explique par les écritures comptables de l'exercice 2019 de cette dernière société ; le compte Soy Constructions est soldé pour ce montant au 31 décembre 2019 et son relevé bancaire justifie de l'encaissement de la somme de 1 322 euros le 19 janvier 2019 ; il existe donc un doublon entre le rappel notifié au titre de l'exercice clos en 2018 et les opérations comptabilisées en 2019 ;

- la volonté d'éluder l'impôt n'est pas établie et par suite l'application de la majoration pour manquement délibéré n'est pas fondée.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 11 février 2022, 26 octobre 2023 et 17 novembre 2023, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SARL Soy Constructions n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Poirrier-Jouan, représentant la SARL Soy Constructions.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Soy Constructions, qui exerce une activité de maçonnerie générale, a fait l'objet en 2020 d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er décembre 2016 au 30 novembre 2018. À l'issue de ce contrôle, l'administration lui a adressé, le 9 novembre 2020, une proposition de rectification au titre de l'exercice clos en 2017 afin de porter à sa connaissance des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée, et une proposition de rectification au titre de l'exercice clos en 2018 afin de l'informer de rehaussements de son résultat soumis à l'impôt sur les sociétés. La société a présenté des observations en réponse à ces deux propositions de rectification, le 23 décembre 2020, dans lesquelles elle sollicitait la remise gracieuse des pénalités et contestait uniquement l'intégration à son résultat de l'exercice clos en 2017 des recettes correspondant à une facture d'un montant hors taxes de 5 500 euros délivrée à la société MGBC. L'administration a répondu à ces observations le 25 janvier 2021 en abandonnant le rehaussement relatif à cette facture et en maintenant les autres rectifications. Les impositions supplémentaires ainsi que les pénalités ont été mises en recouvrement le 30 avril 2021. La SARL Soy Constructions a formé une réclamation contentieuse, le 12 juillet 2021, afin d'en obtenir la décharge. Cette réclamation a été rejetée le 17 août 2021. Dans le cadre de la présente instance, la SARL Soy Constructions soutient que la procédure d'imposition est irrégulière et conteste le bien-fondé des impositions supplémentaires mises à sa charge.

Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions et des pénalités :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". L'obligation ainsi faite à l'administration fiscale d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus de tiers qu'elle a utilisés pour procéder à des rectifications a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu du contribuable, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

3. Il résulte de l'instruction que, si la proposition de rectification du 9 novembre 2020 relative à l'exercice clos en 2018, fait état des modalités et dates de comptabilisation par la société MGBC des factures émises par la SARL Soy Constructions, l'intégration de la somme de 4 922 euros au résultat de la société requérante y est motivée par l'existence d'une facture établie par elle, le 25 octobre 2018, pour un montant hors taxe de 4 922 euros, à destination de la société MGBC, obtenue auprès de la première brigade de vérification de Rennes, par application de l'article L. 83A du livre des procédures fiscales, et jointe en annexe à cette proposition de rectification. Les modalités, certes indiquées, de comptabilisation de cette facture par la société MGBC, ne présentent pas un caractère confortatif de cette rectification. Par suite, l'administration a suffisamment informé la SARL Soy Constructions de l'origine et de la teneur des renseignements qu'elle a utilisés pour procéder à cette rectification et la société requérante a disposé des éléments lui permettant de vérifier l'authenticité de cette facture, qu'elle ne conteste d'ailleurs pas, et de discuter de sa teneur et de sa portée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. Une aide juridictionnelle est accordée à ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, dans la mesure où cette aide serait nécessaire pour assurer l'effectivité de l'accès à la justice ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-199/11 Europese Gemeenschap c/ Otis NV et autres du 6 novembre 2012, que le principe de protection juridictionnelle effective figurant à cet article 47 est constitué de divers éléments, lesquels comprennent, notamment, les droits de la défense, le principe d'égalité des armes, le droit d'accès aux tribunaux ainsi que le droit de se faire conseiller, défendre et représenter. S'agissant du respect des droits de la défense invoqués dans un litige fiscal portant sur une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans son arrêt C-189/18 Glencore Agriculture Hungary du 16 octobre 2019, que ce principe a pour corollaire le droit d'accès au dossier au cours de la procédure administrative et qu'une violation du droit d'accès au dossier commise lors de la procédure administrative n'est pas, en principe, régularisée du simple fait que l'accès au dossier a été rendu possible au cours de la procédure juridictionnelle concernant un éventuel recours visant à l'annulation de la décision contestée. La Cour de justice a également jugé dans ce même arrêt que, dans un tel litige de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, le respect des droits de la défense n'impose pas à l'administration fiscale une obligation générale de fournir un accès intégral au dossier dont elle dispose, mais exige que l'assujetti ait la possibilité de se voir communiquer, à sa demande, les informations et les documents se trouvant dans le dossier administratif et pris en considération par cette administration en vue d'adopter sa décision, lesquels incluent en principe non seulement l'ensemble des éléments du dossier sur lesquels l'administration fiscale entend fonder sa décision mais aussi ceux qui, sans fonder directement sa décision, peuvent être utiles à l'exercice des droits de la défense.

5. La SARL Soy Constructions soutient qu'en vertu de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'administration était tenue de lui communiquer les documents, dont elle a dû avoir connaissance par la consultation des dossiers de ses clients, qui auraient pu être utiles à l'exercice des droits de la défense et plus particulièrement ceux relatifs à la date de paiement par ses clients des factures à l'origine des rectifications. Toutefois, l'article 47 de la charte ne peut être utilement invoqué que dans les hypothèses dans lesquelles le droit de l'Union européenne est applicable et donc, en l'espèce, uniquement en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée, les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés en litige ne procédant pas de dispositions mettant en œuvre le droit de l'Union européenne. Les seuls rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, mis à la charge de la SARL Soy Constructions au titre de la période correspondant à l'exercice clos en 2017, reposent sur la constatation qu'elle n'a pas déclaré la taxe sur la valeur ajoutée collectée figurant sur deux factures émises à destination de la société Kotan Bâtiment, comptabilisées en charges par cette dernière. La SARL Soy Constructions devant être présumée avoir été destinataire du paiement de ces factures, ce que d'ailleurs elle ne conteste pas, l'administration n'était pas tenue, à défaut, au surplus, d'avoir été sollicitée en ce sens, de lui communiquer les dates de paiement ressortant de la comptabilité de la société Kotan Bâtiment. Au demeurant, ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont fondés sur les dispositions du 3 de l'article 283 du code général des impôts, dont l'application n'est pas contestée. Dès lors le fait générateur et l'exigibilité des impositions supplémentaires ainsi mises à la charge de la société requérante, sont indépendants de la date de paiement de ces factures. Par suite, la SARL Soy Constructions qui n'identifie pas de documents, en possession du service, qui auraient pu être utiles à l'exercice des droits de la défense, n'est pas fondée à invoquer une méconnaissance de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / () /. 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. / Toutefois, ces produits doivent être pris en compte : / a. Pour les prestations continues rémunérées notamment par des intérêts ou des loyers et pour les prestations discontinues mais à échéances successives échelonnées sur plusieurs exercices, au fur et à mesure de l'exécution ; / b. Pour les travaux d'entreprise donnant lieu à réception complète ou partielle, à la date de cette réception, même si elle est seulement provisoire ou faite avec réserves, ou à celle de la mise à la disposition du maître de l'ouvrage si elle est antérieure. / () ".

7. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ". La SARL Soy Constructions, qui n'a présenté aucune observation en réponse aux propositions de rectification du 9 novembre 2020 sur les rectifications qu'elle conteste désormais, supporte, en application de ces dispositions du livre des procédures fiscales, la charge de prouver le caractère exagéré des impositions en litige.

S'agissant de l'année 2017 :

8. L'administration a intégré au résultat de la SARL Soy Constructions une somme de 22 826 euros correspondant à l'écart constaté entre les recettes comptabilisées comme ayant été réalisées avec la société Kotan Bâtiment et le montant des factures de la société requérante comptabilisées en charges par la société Kotan Bâtiment. La SARL Soy Constructions ne peut valablement faire valoir que l'écart constaté résulte de son mode de comptabilisation des recettes au fur et à mesure des encaissements, dès lors, d'une part, qu'elle ne l'établit pas et, d'autre part, qu'elle ne peut pas se prévaloir, pour contester la rectification en litige, d'un mode erroné de comptabilisation de ses recettes. Si elle a produit, en cours d'instance, un avoir d'un montant de 22 826 euros, établi le 31 janvier 2019, comportant la mention " avoir sur travaux non réalisés année 2017 ", les mentions imprécises de cet avoir, établi tardivement, ne permettent pas de le rattacher aux factures en cause. Par ailleurs, la société requérante n'établit pas qu'elle a comptabilisé l'avoir qu'elle produit et que la société Kotan Bâtiment en a effectivement été destinataire. Par suite, elle ne justifie pas l'absence de prise en compte de l'ensemble des factures délivrées à la société Kotan Bâtiment au cours de l'exercice clos en 2017 pour la détermination de son résultat imposable au titre de cette année.

S'agissant de l'année 2018 :

9. En premier lieu, l'administration a intégré au résultat de la SARL Soy Constructions une somme de 24 540 euros correspondant à l'écart constaté entre les recettes, d'un montant de 5 000 euros, comptabilisées, le 18 février 2018, comme ayant été réalisées avec la société Kotan Bâtiment, et la seule facture de la société requérante, d'un montant de 29 540 euros comptabilisée en charges par ce même client le 10 juillet 2018. La SARL Soy Constructions fait valoir que cet écart correspond à des travaux qui n'ont pas été réalisés et produit un avoir de 24 540 euros établi le 31 janvier 2019 au nom de la société Kotan Bâtiment, qui n'a été comptabilisé par elle que le 1er décembre 2021, soit postérieurement à la réception de la proposition de rectification. Elle ne produit toutefois aucun élément permettant de rattacher le chantier figurant sur cet avoir avec les opérations facturées 29 540 euros à la société Kotan Bâtiment ni même n'établit que cette dernière société a été effectivement destinataire de cet avoir qu'elle n'a, pour sa part, comptabilisé que près de trois ans avant son établissement. Par suite, elle ne conteste pas valablement le rattachement de la somme de 24 540 euros à son résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2018.

10. En deuxième lieu, l'administration a intégré au résultat de la SARL Soy Constructions une somme de 10 000 euros correspondant à l'écart constaté entre les recettes, d'un montant de 6 000 euros, comptabilisées le 28 février 2018 comme ayant été réalisées avec la société Kotan Habitat et la seule facture de la société requérante, d'un montant de 16 000 euros comptabilisée en charges par la société Kotan Habitat le 31 janvier 2018. La société requérante fait valoir que cet écart correspond à des travaux qui n'ont pas été réalisés et produit un avoir de 10 000 euros établi le 31 janvier 2019 au nom de la société Kotan Habitat, qu'elle n'a comptabilisé que le 1er décembre 2021, soit postérieurement à la réception de la proposition de rectification. Elle ne produit toutefois aucun élément permettant de rattacher le chantier figurant sur cet avoir, avec les opérations facturées 16 000 euros à la société Kotan Bâtiment, ni même n'établit que cette dernière société a été effectivement destinataire de cet avoir qu'elle n'a, pour sa part, comptabilisé que près de trois ans après son établissement. L'avoir produit ne précise pas, au demeurant, la date à laquelle le chantier qui y est identifié devait être réalisé. Par suite, la SARL Soy Constructions ne conteste pas valablement le rattachement de la somme de 10 000 euros à son résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2018.

11. En troisième lieu, l'administration a intégré au résultat de la SARL Soy Constructions une somme de 4 922 euros correspondant à une facture établie par elle, adressée à la société MGBC et comptabilisée par cette dernière le 25 octobre 2018 en charges, mais qui n'avait pas donné lieu à la constatation d'une recette. La SARL Soy Constructions produit un extrait du grand livre fournisseurs de la société MGBC dont il ressort que cette entreprise a effectué des virements à sa destination de 3 000 euros, le 30 octobre 2018, et de 1 322 euros, le 19 janvier 2019, et qu'un avoir de 600 euros a été établi par la société requérante le 31 décembre 2019. Toutefois la facture litigieuse est relative à des travaux de maçonnerie réalisés sur un chantier de construction, qui relèvent de la catégorie des travaux d'entreprise, dont les recettes doivent être, en principe, rattachées à l'exercice en cours lors de la réception complète ou partielle des travaux ou lors de leur mise à la disposition du maître de l'ouvrage si elle est antérieure, en application du b du 2 bis de l'article 38 du code général des impôts, et non à l'exercice en cours au moment de leur paiement. Par ailleurs, la société requérante, qui ne fait pas état de l'avoir de 600 euros, n'apporte aucune précision sur les circonstances qui ont pu présider à son établissement. Par suite, elle ne conteste pas valablement le rattachement de la recette de 4 922 euros au résultat de son exercice clos le 31 décembre 2018.

En ce qui concerne les pénalités :

S'agissant de l'amende appliquée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts :

12. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. " Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 %. ".

13. L'administration peut mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 117 du code général des impôts tant que le bénéficiaire des distributions n'a pas été assujetti à des impositions définitives et ainsi, même si elle détient des éléments lui permettant de présumer de son identité. Par suite, la circonstance que la SARL Soy Constructions n'a pas été avisée des informations ayant conduit l'administration à mettre en œuvre les dispositions de l'article 117 du code général des impôts est sans influence sur la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la majoration prévue à l'article 1759 du code général des impôts lui a été appliquée. Au demeurant, la société requérante ne peut pas se prévaloir de la méconnaissance de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que l'amende litigieuse n'a pas été infligée en application du droit de l'Union européenne, ou afin d'en faire respecter les dispositions, et n'est pas davantage de nature à avoir une influence sur le respect des libertés garanties par les traités de l'Union. Au surplus, la SARL Soy Constructions n'identifie pas la garantie que lui aurait conférée une telle information, hormis la possibilité de porter à la connaissance de l'administration des éléments permettant d'identifier le ou les bénéficiaires des revenus distribués, ce qui est déjà l'objet de la procédure prévue à l'article 117 du code général des impôts.

S'agissant des majorations appliquées sur le fondement du a de l'article 1729 du code général des impôts :

14. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ".

15. En premier lieu, l'administration a appliqué la majoration de 40 % prévue par les dispositions citées au point précédent au rappel de la taxe sur la valeur ajoutée, d'un montant de 14 173 euros, correspondant au total de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur deux factures adressées au cours de l'exercice clos en 2017 à la société Kotan Bâtiment, que la SARL Soy Constructions a omis de déclarer en tant que taxe sur la valeur ajoutée collectée. La société requérante n'a pas contesté avoir émis ces factures, ni même l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée y figurant. En relevant que la SARL Soy Constructions, qui a facturé cette taxe sur la valeur ajoutée collectée, ne pouvait pas ignorer qu'elle en était redevable et en l'absence de toute argumentation contraire de la société, l'administration doit être regardée comme établissant sa volonté d'éluder l'impôt et, par suite, le bien-fondé de la majoration appliquée sur le fondement du a de l'article 1729 du code général des impôts.

16. En deuxième lieu, s'agissant de l'application de la majoration de 40 % aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés des années 2017 et 2018, l'administration souligne que les rectifications procèdent de la constatation de minorations de chiffre d'affaires de 15 % au titre de l'exercice clos en 2017 et de 22,5 % au titre de l'exercice clos en 2018. Les rectifications en cause résultent de l'intégration aux résultats imposables de la SARL Soy Constructions de montants hors taxes de factures qu'elle a émises, qui ont été comptabilisés en charges par ses clients, mais qu'elle n'a pas comptabilisés en recettes d'exploitation. La circonstance que les omissions relevées ne résultent pas de discordances entre la comptabilité de l'entreprise et ses déclarations de résultat, mais d'omissions de comptabilisation, ne fait pas obstacle à la constatation d'un manquement délibéré, la volonté d'éluder l'impôt pouvant se manifester dès la passation des écritures comptables. La société requérante qui ne conteste pas valablement ne pas avoir comptabilisé ces recettes, ne pouvait ignorer que celles-ci devaient être prises en compte pour la détermination de son résultat fiscal dès lors qu'elle avait procédé à leur facturation. Par suite, au regard de l'ensemble de ces éléments, l'administration doit être regardée comme établissant la volonté de la SARL Soy Constructions d'éluder l'impôt sur les sociétés au titre des deux années en litige et ainsi le bien-fondé de l'application de la majoration de 40 % prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Soy Constructions doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

18. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la SARL Soy Constructions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Soy Constructions est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Soy Constructions et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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