mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2106014 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | THEOBALD |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 24 novembre 2021 et les 2 et 3 mai 2023, sous le n° 2106014, Mme C A, représentée par Me Theobald, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a rejeté son recours préalable et a confirmé les indus de revenu de solidarité active (RSA) référencés INL 002 et INK 002 et a rejeté sa demande de remise gracieuse ;
2°) à titre principal, de lui accorder une remise totale de sa dette ou, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise partielle de sa dette ;
3°) de mettre à la charge du département la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision du 22 septembre 2021 a été signée par une autorité compétente ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et qu'à cet égard d'une part, elle n'a pas reçu d'information sur ses droits et devoirs en tant qu'allocataire, ses omissions ne résultent pas d'une intention frauduleuse et, d'autre part, le président du conseil départemental ne pouvait en conséquence lui refuser sa demande de remise gracieuse ;
- le président du conseil départemental n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de sa situation ;
- la créance du département est en tout état de cause prescrite en application de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles ;
- le calcul du RSA est entachée d'inexactitudes et que certaines sommes ont été retenues à tort au titre des ressources prises en compte pour le calcul du RSA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022 le département du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 février 2022 et le 2 mai 2023, sous le n° 2201034, Mme C A, représentée par Me Theobald, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 15688 émis à son encontre le 9 décembre 2021 en vue du recouvrement d'un indu de RSA " socle " d'un montant de 10 742,15 euros ;
2°) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 15684 émis à son encontre le 9 décembre 2021 pour le recouvrement d'un indu de RSA " socle " d'un montant de 6 206,41 euros ;
3°) de la décharger du paiement de la somme de 16 948,56 euros ;
4°) de mettre à la charge du département la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif est compétent pour connaître de ce litige ;
- les avis de sommes à payer sont entachés d'un vice d'incompétence ;
- les avis de sommes à payer doivent être annulés dès lors que les créances qu'ils concernent n'étaient pas exigibles à leur date d'émission compte tenu de l'effet suspensif de son recours en application de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- les créances de ces avis de sommes à payer ne revêtent pas de caractère liquide dès lors qu'elles ne sont pas fondées pour les raisons exposées dans la requête n° 2106014-8.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022 le président du conseil départemental du Morbihan conclut à titre principal, à l'incompétence de la juridiction administrative et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le tribunal est incompétent pour connaître d'un litige portant sur un avis de sommes à payer conformément à la décision du Tribunal des conflits du 14 juin 2021 n° C4212 ;
- les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Descombes, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes n° 2106014 et n° 2201034 susvisées sont relatives à la situation d'une même personne, présentent à juger des questions semblables et connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions litigieuses :
2. Mme A bénéficiait d'un droit au RSA depuis sa demande de février 2018. Suite au constat d'incohérences relevées par un agent assermenté de la CAF dans le cadre d'un contrôle de ses ressources, celle-ci s'est vu réclamer la somme de 17 694,31 euros dont un indu de RSA " socle " INL 002 d'un montant de 6 206,41 euros pour la période d'avril à mai 2018 ainsi que pour la période d'août 2018 à juillet 2019 et un indu de RSA " socle " INK 002 d'un montant de 10 946,75 euros pour les périodes de juin-juillet 2018 et d'août 2019 à mars 2021. Par un courrier du 22 juin 2021, la CAF a informé l'intéressée que ses agissements ont été qualifiés de frauduleux. Par un courrier du 12 juillet 2021, Mme A a contesté le bien-fondé des indus en litige. Le 13 juillet 2021, la CAF a informé l'intéressée du maintien de la qualification de fraude à son encontre. Par une décision en date du 22 septembre 2021, le président du conseil départemental du Morbihan a rejeté le recours de Mme A et confirmé les indus litigieux. Par la suite, deux avis de sommes à payer n° 15688 et n° 15684 ont été émis le 9 décembre 2021 à l'encontre de Mme A en vue du recouvrement du RSA " socle " d'un montant de
10 742,15 euros et du RSA " socle " d'un montant de 6 206,41 euros. Par les requêtes n° 2106014 et n° 2201034 susvisées, Mme A demande l'annulation de la décision du 22 septembre 2021 et de lui accorder une remise totale de sa dette ainsi que l'annulation des avis de sommes à payer précités.
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
S'agissant de la requête n° 2106014 :
Sur la régularité de la décision litigieuse :
Sur la compétence de l'auteur de la décision :
4. Il résulte de l'instruction que la décision contestée du 21 septembre 2021 est signée par Mme E B directrice du développement social et de l'insertion, qui, par une délégation du président du conseil départemental du Morbihan du 1er juillet 2021, a reçu délégation, " en cas d'absence ou d'empêchement de Mme G D " pour " les affaires relevant des attributions et compétences de la direction du développement social et de
l'insertion ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
Sur la saisine pour avis de la commission de recours amiable :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention ; () ". En vertu de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article
R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. " Enfin, aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. () ".
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.
7. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.
8. Mme A soutient, que la commission de recours amiable n'a pas été consultée. Toutefois, il résulte de l'instruction que le conseil départemental du Morbihan a conclu une convention de délégation de gestion du RSA avec le représentant de la CAF du Morbihan et la caisse de la mutuelle sociale agricole des portes de Bretagne le 1er août 2017. L'obligation de saisine pour avis de la commission de recours amiable ne figure pas au sein de la convention et ne fait pas partie des délégations qu'elle prévoit en son article 3.1 " délégations gratuites " ni en son article 3.2 " délégations faisant l'objet d'une rétribution " ni même dans l'annexe n° 1 faisant la synthèse de l'ensemble des délégations convenues entre les deux administrations. Par conséquent, dès lors que la présidente du conseil départemental du Morbihan était dispensée de la saisine pour avis de la commission de recours amiable, le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.
Sur le bien-fondé de la décision litigieuse :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code: " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". L'article R. 262-11 du même code dresse la liste des ressources n'entrant pas en compte dans la détermination du montant du RSA. Aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ". Aux termes enfin de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
10. Il résulte du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles que seuls peuvent être regardés comme des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier " relevant du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, les aides et secours financiers ayant pour finalité sociale particulière de répondre à un besoin ponctuel du bénéficiaire du revenu de solidarité active. Ainsi, les aides apportées par des parents ou amis ayant un caractère régulier doivent être prises en compte dans le calcul des ressources et quel que soit l'usage qui en est fait, dès lors qu'elles n'entrent pas dans le champ du 14° de l'article R. 262-11 précité et qu'elles constituent des ressources à déclarer au titre de l'article L.262-3 du même code.
11. En l'espèce, l'indu litigieux résulte de ce que Mme A n'a pas déclaré l'ensemble de ses ressources pour le calcul de son droit au RSA. Mme A soutient qu'elle n'a pas reçu d'information sur ses droits et devoirs en tant que bénéficiaire du RSA et que l'indu résulte d'inexactitudes et que son état de santé au moment des faits témoigne de l'absence de volonté de dissimulation de sa part.
12. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'enquête réalisé par un agent assermenté de la CAF du Morbihan et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire que, Mme A a perçu des liquidités suite à une succession dont 139 491 euros le 4 janvier 2019, 117 630 euros le 19 février 2019, 127 590 euros le 28 février 2019, 31 710 euros le 6 décembre 2019 qui ont été utilisées en remboursement de prêts contractés auprès de sa famille et en investissement en société civile de placement immobilier. Ce rapport indique également qu'elle a perçu des revenus fonciers à échéance trimestrielle depuis avril 2019 ainsi que des aides financières de sa famille sous forme de chèques et de virements. Or de telles ressources doivent être prises en compte pour le calcul du droit au RSA. Si Mme A soutient que les sommes perçues étaient des prêts, cela n'est corroboré par aucun élément au dossier et ne fait l'objet d'aucun contrat ni d'attestations ni de déclaration aux services fiscaux et Mme A ne prouve nullement qu'elle procède à un quelconque remboursement. Mme A n'a à aucun moment tenté de régulariser sa situation et a, sur une longue période, continué à effectuer ses déclarations en omettant de mentionner les sommes qu'elle a perçues. Mme A ne peut soutenir qu'elle pouvait légitimement ignorer ses obligations en tant que bénéficiaire du RSA dès lors qu'elle ne conteste pas avoir participé à une plateforme d'information collective sur ce point le 31 août 2018 à l'issue de laquelle elle a signé un contrat " d'engagement réciproque " et compte tenu des mentions figurant sur la notice explicative qui accompagne le formulaire de déclaration trimestrielle de ressources ainsi que des rubriques figurant sur le site internet de la CAF. Mme A ne démontre pas avoir été dans l'impossibilité de solliciter des renseignements auprès des services de la CAF afin de l'orienter au mieux dans ses déclarations en cas de doute. Par suite, Mme A doit être regardée comme ayant délibérément omis de déclarer l'ensemble de ses ressources. La bonne foi de la requérante n'est pas établie et le département du Morbihan a pu à bon droit prendre la décision en litige.
13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment de l'avis de la commission de recours amiable et des écritures du département en défense que l'autorité a pris en compte l'ensemble des éléments pertinents pour traiter de sa situation et en particulier son état de santé. Ainsi le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées ".
15. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que l'indu litigieux résulte d'une fausse déclaration. Par conséquent Mme A ne peut se prévaloir de la prescription extinctive prévue par l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles précité.
16. En quatrième lieu, Mme A soutient, sans le démontrer, que certaines sommes ont été retenues à tort dans le calcul du droit au RSA. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le montant de l'indu en litige souffre d'inexactitudes.
Sur la remise gracieuse :
17. En vertu de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, la créance du département à l'égard d'un bénéficiaire du revenu de solidarité active, résultant du paiement indu de ce revenu, " peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
18. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Sur l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
19. Il résulte de ce qui a été dit au point 12, que l'indu en litige a pour origine une omission délibérée de la part de Mme A de déclarer certaines de ses ressources compte tenu des informations dont elle disposait pour faire ses déclarations trimestrielles. Par suite, les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles font obstacle à ce qu'elle puisse prétendre à une remise gracieuse de sa dette.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête n° 2106014 de Mme A est rejetée.
S'agissant de la requête n° 2201034 :
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
21. Le présent litige concerne la contestation des avis de sommes à payer en date du
9 décembre 2021 émis à l'encontre de Mme A pour le recouvrement des indus de revenu de solidarité active qui constitue une prestation attribuée au titre de l'aide sociale. Le bien-fondé des décisions prononçant la récupération des indus en matière d'aide sociale relève de la compétence du juge administratif. L'exception d'incompétence soulevée en défense doit être écartée.
Sur la suspension du recouvrement des créances litigieuses :
22. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " (). Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. ".
23. Il résulte de l'instruction que le département du Morbihan a, par mail à l'attention du service de recouvrement, demandé la suspension du recouvrement des créances référencées INK-002 et INL-002 concernant l'indu de RSA de Mme A émises à son encontre le
9 décembre 2021. S'il est vrai que l'émission de ces avis de sommes à payer est postérieure à l'introduction de la requête, le département a, par mail le 10 décembre 2021, demandé à la direction générale des finances publiques de suspendre le recouvrement des avis de sommes à payer
n° 15684 et n° 15688 en litige. En tout état de cause, Mme A n'apporte aucun élément permettant de constater qu'un acte de poursuite a été émis à son endroit ni que des perceptions ou retenues sur prestations ont été réalisées. Ainsi le moyen tiré de ce que l'administration n'aurait pas suspendu le recouvrement des sommes en litige doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la compétence de l'auteur des avis de sommes à payer en litige :
24. Aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 4° Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable sous pli simple. () / En application de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Aux termes de l'article D. 1617-23 du même code : " () La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code. ".
25. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 24, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
26. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, d'une part, les avis de sommes à payer émis à l'endroit de Mme A le 9 décembre 2021 comportent le nom, le prénom ainsi que la qualité de leur auteur " M. H, Chef de service gestion financière " qui a reçu délégation de signature par l'arrêté du 30 août 2021. Le bordereau de recette n° 1067 émis le 9 décembre 2021 au titre de cet avis de sommes à payer est signé par M. I en qualité de comptable public. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.
Sur le moyen tiré de ce que la créance ne revêt pas de caractère liquide :
27. Il résulte des motifs énoncés aux points 9 à 16 de l'affaire n° 2106014 que la créance du département du Morbihan est fondée et que par voie de conséquence son président était en mesure d'émettre à bon droit les avis de sommes à payer en litige. Le moyen tiré de l'absence de caractère liquide de la créance doit être écarté.
28. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2201034 de Mme A est rejetée.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département du Morbihan qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A et à son conseil la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2106014 et n° 2201034 de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au président du conseil départemental du Morbihan.
Copie en sera transmise au directeur de la caisse d'allocations familiales du Morbihan et à la direction des finances publiques du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2106014,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026