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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106017

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106017

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106017
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 24 novembre 2021, le 8 septembre et le 10 octobre 2023, M. et Mme C et F A B, représentés par Me Jean-Meire, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la commune de Kervignac à leur verser la somme de 29 265,09 euros en réparation des préjudices subis à raison des fautes de la commune ;

2°) de majorer cette somme des intérêts au taux légal depuis le 19 juillet 2021 et de capitaliser les intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Kervignac la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur créance n'est pas prescrite dès lors qu'ils n'ont eu connaissance de l'origine de leur dommage qu'à l'occasion de la modification du schéma de cohérence territoriale du pays de Lorient et qu'avant cette date la commune leur a laissé croire que l'inconstructibilité de leur parcelle découlait de l'application de la loi ALUR ;

- la commune de Kervignac a commis des fautes qui engagent sa responsabilité, d'une part, en classant leur parcelle en zone constructible au plan d'occupation des sols approuvé le 5 mai 1995, d'autre part, en leur délivrant une note de renseignement réitérant l'illégalité de ce classement et ne les informant pas sur l'application de la loi Littoral à leur parcelle ;

- il existe un lien de causalité entre les fautes commises et les préjudices qu'ils ont subis et aucune imprudence fautive ne peut leur être reprochée ;

- leur préjudice s'élève à la somme 29 265,09 euros, correspondant à la perte de valeur vénale de la parcelle à hauteur de 13 569,39 euros, aux frais de notaire à hauteur de 1 063,07 euros, à leur préjudice moral à hauteur de 3 000 euros, à la taxe foncière payée depuis l'année 2000 à hauteur de 575 euros et au préjudice d'immobilisation du capital chiffré à 11 417,63 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 4 novembre 2022 et le 27 septembre 2023, la commune de Kervignac, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la créance est prescrite ;

- elle n'a commis aucune faute en délivrant une note de renseignements d'urbanisme ;

- les requérants ne démontrent pas avoir eu de véritable projet de construction sur la parcelle et ils ont été imprudents ;

- sur les préjudices :

- la perte de valeur vénale doit être calculée au regard du prix d'un terrain d'agrément puisque la parcelle cadastrée section YB n° 153 jouxte le terrain sur lequel a été édifié leur maison d'habitation ;

- la seule partie variable des frais de notaire correspond à la publicité foncière, pour le reste les requérants auraient payé la même somme quel que soit le prix de vente du terrain de sorte qu'ils ne sont pas fondés à demander plus que 196,40 euros au titre des frais de notaire ;

- ils ne justifient pas la réalité du préjudice moral qu'ils invoquent ;

- ils ne démontrent pas l'existence d'un préjudice lié à l'immobilisation de leur capital ;

- ils ne peuvent demander le versement d'une somme au titre des taxes foncières dont ils se sont acquittés alors que cette taxe est exclusivement assise sur la valeur locative cadastrale et qu'elle est due quel que soit la valorisation du terrain.

Par un courrier du 21 février 2024, le greffe du tribunal a invité les requérants à produire, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, les avis d'imposition de taxe foncière pour l'ensemble des années pour lesquelles ils entendent demander réparation (dans leur intégralité de sorte que la colonne totale des impositions soit visible) et de faire connaitre au tribunal le résultat de la rectification en cours dont il est fait état page 13 de la requête.

Le 1er mars 2024, M. et Mme A B ont produit les pièces demandées, qui ont été communiquées à la commune de Kervignac.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;

- la loi n° 86-2 d'aménagement et d'urbanisme du 3 janvier 1986, dite loi Littoral ;

- la loi n° 2014-366 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, dite loi ALUR ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Jean-Meire, représentant M. et Mme A B, et D, E, représentant la commune de Kervignac.

Une note en délibéré présentée pour M. et Mme A B a été enregistrée le 26 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte de vente du 6 août 1999, au vu d'une note de renseignements d'urbanisme délivrée le 18 juin 1999, M. et Mme A B ont acquis la parcelle cadastrée section YB n° 153 d'une surface de 1 106 mètres carrés pour un prix de 16 769,39 euros située au lieudit de Kermainguer sur le territoire de la commune de Kervignac. Ce terrain était classé en zone NB constructible par le plan d'occupation des sols alors applicable. Ils sont également propriétaires du terrain cadastré section YB n° 113 qui la jouxte et sur lequel ils ont édifié leur maison d'habitation. Par un courrier du 16 juillet 2021, M. et Mme A B ont adressé à la commune de Kervignac une demande préalable indemnitaire, reçue le 19 juillet suivant et tendant à la réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis à raison des fautes de la commune qui a classé leur parcelle en zone constructible et leur a délivré une note de renseignements d'urbanisme le 18 juin 1999 reproduisant l'illégalité de ce classement. Par une décision du 24 septembre 2021, le maire de la commune de Kervignac a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. et Mme A B demandent au tribunal de condamner la commune de Kervignac à leur verser la somme de 29 265,09 euros assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de responsabilité de la commune :

2. L'illégalité d'une décision administrative est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire s'il en est résulté pour lui un préjudice direct et certain.

3. Aux termes de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme alors applicable, désormais repris à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " I - L'extension de l'urbanisation doit se réaliser soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. () ". Il résulte de ces dispositions, applicables à tout terrain situé sur le territoire d'une commune littorale, que les constructions peuvent être autorisées en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais que, en revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

4. D'une part, il résulte de l'instruction et de la consultation du site internet Géoportail, accessible tant du juge qu'aux parties, que le secteur dans lequel se situe la parcelle appartenant aux requérants, au sein duquel des compartiments sont non bâtis, comporte une vingtaine de constructions implantées de manière éparse, sur des terrains de superficie importante. En 1995, cette zone ne comportait qu'une quinzaine de constructions. En l'absence d'une densité et d'un nombre de construction significatifs, ce secteur ne peut être regardé comme un village ou une agglomération au sens des dispositions de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme. Par suite, les auteurs du plan d'occupation des sols de la commune de Kervignac approuvé le 25 mai 1995 ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Kervignac en classant la parcelle cadastrée section YB n° 153 en zone NB constructible dès lors que ce classement était incompatible avec les dispositions précitées de l'article L. 146-4, désormais reprises à L. 121-8 du code de l'urbanisme.

5. D'autre part, alors même que la délivrance de notes de renseignement d'urbanisme n'est régie par aucun texte et ne confère à leur titulaire aucun droit, une commune reste tenue de délivrer à un administré des renseignements d'urbanisme exempts d'erreurs alors qu'elle dispose par ailleurs de la compétence pour délivrer des certificats d'urbanisme. Ainsi, le maire d'une commune qui dispose de cette compétence ne peut omettre d'indiquer, dans une telle note, les précisions permettant au propriétaire ou à l'acquéreur d'un terrain de constater son inconstructibilité, sans engager la responsabilité de cette commune. La note de renseignements délivrée le 18 juin 1999 par le maire de la commune de Kervignac, qui mentionne que le terrain en litige est situé en zone NB/NC reprend ainsi l'erreur dont est entaché le plan d'occupation des sols, sans évoquer les prescriptions particulières découlant des dispositions de la loi d'aménagement et d'urbanisme du 3 janvier 1986, dite " loi littoral ". La délivrance de cette note, qui a été de nature à induire ses destinataires en erreur quant à la constructibilité du terrain, révèle une seconde faute de l'administration.

En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :

6. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissement publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement () ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ".

7. D'une part, il résulte de la combinaison de ces dispositions que la connaissance par la victime de l'existence d'un dommage ne suffit pas à faire courir le délai de la prescription quadriennale. Le point de départ de cette dernière est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître l'origine de ce dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration.

8. D'autre part, un administré auquel l'autorité administrative a délivré des informations trompeuses sur la cause des préjudices dont il demande réparation peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance jusqu'à la date à laquelle il a disposé d'indications suffisantes sur l'origine exacte de ces préjudices.

9. La commune de Kervignac fait valoir que la créance est prescrite au motif que les requérants ont eu connaissance de l'origine de leur dommage ou du moins ont disposé d'indications suffisantes leur permettant de savoir dès l'approbation du plan local d'urbanisme le 17 octobre 2016, qu'il n'existait au sein de la commune qu'un seul village au sens de la loi Littoral susceptible de faire l'objet d'une extension d'urbanisation qui n'est pas le hameau de Kermainguer dans lequel se situe leur terrain. Elle soutient également qu'une fois leur terrain classé en zone agricole, les requérants, membres de l'association les PLUmés du Morbihan ont participé à une réunion publique, organisée par cette association, au cours de laquelle un avocat a expliqué que le caractère inconstructible de nombreuses parcelles dans le département ne résultait pas de l'application de la loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, dite loi Alur, du 24 mars 2014, mais bien de celle de la loi Littoral du 3 janvier 1986. En outre, la commune indique que M. A B a été auditionné au Sénat et que les requérants sont intervenus plusieurs fois dans les médias en tant que membres de l'association Les PLUmés du Morbihan et propriétaires d'un terrain devenu inconstructible.

10. Les requérants quant à eux font valoir qu'ils n'ont pas eu connaissance de l'origine de leur dommage avant la modification du schéma de cohérence territoriale du pays de Lorient approuvée le 15 avril 2021.

11. En premier lieu, s'agissant du plan local d'urbanisme approuvé le 17 octobre 2016, le rapport de présentation de ce document d'urbanisme précise que : " Si la loi Littoral ne définit pas la notion de "village", une définition émerge progressivement des jurisprudences, lesquelles se fondent sur une "analyse multicritères" de chaque cas particulier. () Au regard de ces critères, les villages au sens strict ne sont représentés à Kervignac que par Trévidel, qui s'est développé historiquement autour de sa chapelle et de bâtiments de fermes et offre une vie locale qui se manifeste par exemple par l'organisation de fêtes entre les habitants. () ". S'agissant des hameaux et de l'habitat dispersé, le rapport de présentation indique que " Plus d'une centaine de hameaux parsèment le territoire. Il s'agissait à l'origine de fermes isolées. Depuis les années 1980, sous l'effet d'un POS généreux en zonages constructibles (au nombre de 63), les constructions se sont multipliées autour de la plupart de ces hameaux, parfois sous la forme d'adjonctions d'une ou deux maisons, parfois sous la forme de petits lotissements, et couramment par une urbanisation linéaire le long des routes de campagne. Cette urbanisation avait l'avantage de la commodité à court terme (terrains à prix abordables et déjà viabilisés), mais elle pose aussi de nombreux problèmes : consommation d'espace, contraintes sur l'agriculture (voisinage, enclavement de terrains, réduction des périmètres d'épandages), multiplication des déplacements, coûts pour la collectivité (réseaux et services publics, entretien de la voirie) intégration plus ou moins aisée des résidents dans la vie économique et sociale du bourg, impact paysager, architectural et environnemental des maisons et de leurs abords (jardin, clôtures). () Enfin, Saint-Sterlin peut être qualifié de "zone d'urbanisation significative" au regard des jurisprudences récentes sur la loi Littoral. Il s'ensuit que des constructions supplémentaires y sont possibles entre les bâtiments existants mais que toute construction sur les franges y est proscrite. ". Ce même document dresse une analyse du plan d'occupation des sols en indiquant que " Le nombre de zones NB constructibles en campagne (63) est très élevé, certaines zones ont été créées pour une seule maison ; l'ensemble engendre un mitage important au détriment du bourg ainsi qu'une forte consommation d'espace, essentiellement agricole. () La loi littoral apparaît bien prise en compte, notamment au plan de la protection des espaces remarquables (zonage NDs). () ". Enfin, le rapport de présentation indique que la commune a pour objectif de " prendre en compte les évolutions du cadre juridique (textes et jurisprudences liés à la loi Littoral () " mais aussi de freiner l'étalement urbain dès lors que " Conformément à la loi Littoral, il ne peut plus être autorisé d'extension d'urbanisation à partir des hameaux ou des lieux-dits ne constituant pas des villages dans la définition qu'en donne la jurisprudence. ". Aucune de ces mentions ne permettait de comprendre que le classement du terrain des requérants en zone constructible était dès 1995 incompatible avec la loi Littoral. Par ailleurs, le maire de la commune de Kervignac, lorsqu'il s'est exprimé dans les médias et dans le courrier joint au certificat d'urbanisme négatif délivré aux requérants le 24 août 2015, a seulement indiqué que la modification du classement des parcelles dans la commune découlait de l'application de la loi Alur adoptée en 2014. Il apparaît que ce certificat d'urbanisme négatif ne précisait d'ailleurs pas que le projet était non réalisable en raison de son incompatibilité avec l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions et compte tenu des informations erronées données aux requérants sur l'origine de l'inconstructibilité de leur terrain, la commune n'est pas fondée à soutenir que les requérants disposaient d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration à la date d'approbation du plan local d'urbanisme.

12. En deuxième lieu, s'il résulte de l'instruction que les requérants se sont exprimés à de nombreuses reprises dans les médias dès 2015 sur l'inconstructibilité de leur terrain, il apparaît qu'ils ont toujours imputé cette inconstructibilité à l'application de la loi Alur, conformément aux informations qui leur avaient été données par la commune de Kervignac. Par suite, ces interventions médiatiques ne démontrent pas que les requérants avaient connaissance dès 2015 de ce que leur terrain n'aurait initialement pas dû être classé en zone constructible par la commune de Kervignac en raison de la loi Littoral. En outre, s'il apparaît que les requérants sont membres de l'association Les PLUmés du Morbihan, dont M. A B est le secrétaire, il ne résulte pas de la lecture du courrier daté du 15 mars 2016 rédigé par cette association que ses membres auraient compris que l'inconstructibilité de leurs terrains découlait non pas de l'application de la loi Alur mais de celle de la loi Littoral.

13. En dernier lieu, la seule participation à une réunion animée par un avocat, dont il n'existe aucun compte-rendu, n'est pas de nature à démontrer que M. et Mme A B ont disposé à compter de cette date d'informations leur permettant de comprendre que le classement en zone constructible de leur terrain en 1995 était illégal en application de la loi Littoral. Dans ces conditions, la commune de Kervignac ne démontre pas, en l'état de l'instruction, que les requérants auraient eu connaissance de l'origine de ce dommage ou du moins disposaient d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration. Par suite, à la date de leur réclamation préalable indemnitaire le 16 juillet 2021, leur créance n'était pas prescrite.

En ce qui concerne le lien de causalité :

14. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'acte authentique du 6 août 1999, que les époux A B, qui ne sont pas des professionnels de l'immobilier, ont acquis la parcelle cadastrée section YB n° 153 qualifiée de terrain à bâtir sur la foi d'une note de renseignements d'urbanisme leur indiquant seulement que le terrain était classé en zone NB, soit en zone constructible. L'acte de vente précise que " L'autorisation de lotir ne pouvant être délivrée en zone NB, il ne sera pas possible d'obtenir de certificat d'urbanisme positif ni de permis de construire pour ce terrain avant l'expiration d'un délai de dix ans à compter de la première division. Cette première division étant intervenue le 26 février 1991, la constructibilité du terrain dont s'agit ne pourra intervenir qu'à compter du 27 février 2001 ". Ces mentions font seulement apparaître qu'un projet de construction ne pourra pas être réalisé avant 2001, soit dans un délai de deux ans à la date d'acquisition de la parcelle, sans remettre en cause définitivement le caractère constructible de cette parcelle. Par ailleurs, il résulte des différentes interventions de M. A B dans les médias et des attestations de ses deux enfants que les requérants ont acquis cette parcelle dans le but de permettre à leurs enfants d'y construire plus tard leur maison d'habitation. Ainsi, il résulte de l'instruction que la décision d'acquisition de ce terrain par M. et Mme A B a directement résulté de son classement en zone constructible et de la note de renseignements d'urbanisme du 18 juin 1999 qui leur ont laissé penser qu'ils pourraient y réaliser un projet de construction alors que le terrain était inconstructible depuis l'intervention de la loi Littoral le 3 janvier 1986.

En ce qui concerne les causes exonératoires :

15. La commune fait valoir que les requérants ont fait preuve d'imprudences fautives de nature à l'exonérer au moins en partie de sa responsabilité dès lors que M. et Mme A B ont acquis le terrain sans obtenir au préalable un certificat d'urbanisme opérationnel ou un permis de construire et alors que les mentions de l'acte de vente émettaient une réserve sur la possibilité de réaliser un projet de construction sur la parcelle. Elle fait également valoir qu'ils n'ont entrepris aucune démarche pour construire sur le terrain depuis 1999. Il résulte de l'instruction que les époux A B ont acquis leur terrain au vu d'une simple note de renseignements d'urbanisme qui ne comportait aucune indication ou restriction quant aux conséquences de l'application des dispositions de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme, alors en vigueur. Une telle note est délivrée pour dispenser le public de la consultation directe des divers documents composant le plan d'occupation des sols ainsi que de la législation d'urbanisme. Cette note de renseignements, délivrée moins de deux mois avant l'acquisition du terrain par M. et Mme A B, indiquait un classement en zone constructible sans aucune mention des dispositions du code de l'urbanisme relatives au littoral. La circonstance que les intéressés, qui ne sont pas des professionnels de l'immobilier, se soient abstenus de demander un certificat d'urbanisme pour vérifier si le terrain était réellement constructible ou un permis de construire n'a pas constitué une imprudence de nature à atténuer la responsabilité de la commune de Kervignac. En outre, comme il a été dit au point 14, l'acte de vente indiquait simplement qu'un projet de construction ne pourrait pas être réalisé avant 2001 sans remettre en cause la constructibilité du terrain après cette date. Dans ces conditions, la commune ne peut s'exonérer de sa responsabilité, quand bien même les requérants n'ont pas entrepris de démarche pour construire sur le terrain depuis son achat.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

16. En premier lieu, les requérants ont droit à une indemnité égale à la différence entre le prix versé pour l'acquisition du terrain litigieux supposé constructible et la valeur vénale du même terrain, appréciée à la date à laquelle il a été établi que ce terrain était inconstructible. Il résulte de l'acte authentique de vente que la parcelle cadastrée section YB n° 153 a été acquise au prix de 16 769,39 euros. Comme le relève la commune, ce terrain jouxte la parcelle des requérants et leur sert de terrain d'agrément. Pour soutenir que ce terrain ne peut pas être valorisé comme terrain d'agrément, les requérants produisent des estimations de leur propriété qui chiffre son prix entre 360 000 et 380 000 euros que le terrain litigieux soit pris en compte ou non dans le calcul. Cependant, il s'agit d'une fourchette de prix et cela ne démontre pas que la prise en compte de la parcelle non bâtie ne permettrait pas de s'approcher de l'évaluation la plus haute. Dans ces conditions, et dès lors que le terrain est déjà utilisé comme terrain d'agrément par les requérants, il y a lieu de retenir, pour estimer la valeur de la parcelle, un prix de 10 euros le mètre carré, soit pour une surface de 1 106 mètres carrés, 11 060 euros. Par suite, la perte subie par les requérants du fait de l'acquisition de cette parcelle comme un terrain constructible, résultant de la différence entre le prix d'achat du terrain et sa valeur ainsi évaluée, doit être fixée à la somme de 5 709,39 euros.

17. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que pour acquérir cette parcelle, les requérants ont déboursé 1 863,07 euros. Contrairement à ce que fait valoir la commune en défense, il n'apparaît pas à la lecture du décompte définitif du notaire que cette somme ne serait pas corrélée à la valeur vénale du terrain. En l'absence d'évaluation notariale des frais qui auraient été engagés si les intéressés avaient acheté leur terrain à la somme de 11 060 euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en leur attribuant la somme de 634,25 euros.

18. En troisième lieu, la réparation du préjudice financier susceptible de résulter de l'immobilisation d'un capital est, en principe, indemnisable dès lors que ce préjudice n'a pas été couvert par une plus-value réalisée à l'occasion de la cession ultérieure de ce capital. La réparation de ce préjudice consiste pour la personne publique fautive à verser une somme correspondant aux intérêts au taux légal, pour la période ainsi définie, sur les fonds effectivement engagés. Les requérants demandent la somme de 11 417,63 euros correspondant aux intérêts sur la somme versée qui ont couru entre la date d'acquisition du terrain et la date d'approbation de la modification simplifiée du schéma de cohérence territoriale du Pays de Lorient. Cependant, il résulte de l'instruction que le terrain ne pouvait être construit qu'à partir du 27 février 2001. Ainsi, les requérants ont accepté l'immobilisation de leur capital jusqu'à cette date et ils n'ont droit qu'aux intérêts qui ont couru après le 27 février 2001. Par suite, il sera fait une juste appréciation de leur préjudice financier en leur octroyant la somme de 7 882,92 euros.

19. En quatrième lieu, les requérants soutiennent qu'ils ont acquitté des taxes foncières pour un montant de 575 euros. Alors même que les taxes foncières sont calculées sur la valeur du terrain conformément aux règles fiscales en vigueur et sont dues quelle que soit l'utilisation du terrain, il résulte de l'instruction que les requérants ne l'auraient pas acquis s'ils avaient eu connaissance de son inconstructibilité. Il résulte de l'instruction qu'ils ont indûment versé une taxe foncière pour ce terrain. Il y a lieu de leur allouer la somme sollicitée.

20. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation de leur préjudice moral en leur allouant la somme de 1 000 euros.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A B sont fondés à obtenir la somme de 15 801,56 euros en réparation de leur préjudice.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

22. D'une part, les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 15 801,56 euros à compter du 19 juillet 2021, date de réception par la commune de Kervignac de la demande indemnitaire préalable.

23. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle pour la première fois, les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 19 juillet 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A B, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Kervignac demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

25. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Kervignac une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Kervignac est condamnée à verser à M. et Mme A B une somme de 15 801,56 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2021. Les intérêts échus le 19 juillet 2022 porteront eux-mêmes intérêts à compter de cette date et à chaque échéance annuelle.

Article 2 : La commune de Kervignac versera à M. et Mme A B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Kervignac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et F A B et à la commune de Kervignac.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

C. Radureau

La greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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