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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106112

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106112

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106112
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2021 et le 2 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Florian Douard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 22 et 24 septembre 2021 par lesquelles la caisse d'allocations familiales (CAF) des Côtes-d'Armor a rejeté son recours préalable tendant au partage des prestations familiales en cas de résidence alternée ;

2°) d'enjoindre, à la CAF des Côtes-d'Armor, de lui rembourser l'ensemble des prestations sociales auxquelles il aurait eu droit en prenant en compte sa fille dans le calcul de ses droits et de lui verser la somme de 82,50 euros résultant de l'erreur dans le calcul du RSA ;

3°) de mettre à la charge de la CAF des Côtes-d'Armor la somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la CAF a commis une erreur de droit en ne prenant pas en compte sa fille dans le calcul de ses droits ;

- la CAF a commis une erreur de droit sur le calcul du montant de ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022 le président du conseil départemental des Côtes-d'Armor demande au tribunal de le mettre hors de cause.

Il fait valoir que :

- cette procédure relève de la CAF des Côtes-d'Armor et le requérant ne conteste, dans sa requête, aucune décision prise par le département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, si le partage de la prime d'activité doit être accordée, d'ordonner ce partage à compter de juillet 2019 et pour l'avenir.

Elle fait valoir que :

- la CAF n'est pas compétente pour défendre les décisions du 1er juin 2021 et du 21 juillet 2020 ;

- la CAF n'est pas compétente pour défendre la décision du président du conseil départemental s'agissant de refus de partage du revenu de solidarité active ;

- aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- les explications de Me Florian pour M. A,

- et les observations de Mme C représentant la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est allocataire de la CAF des Côtes-d'Armor. Ce dernier a par plusieurs demandes sollicité la prise en compte de sa fille dans son dossier pour le calcul de ses droits au RSA et à la prime d'activité. Par une décision en date du 10 juin 2021, la CAF des Côtes-d'Armor lui a indiqué qu'il a, le 25 septembre 2020, signé avec la mère de son enfant, un " dossier de déclaration de choix des parents " pour les enfants en résidence alternée par lequel il a été désigné allocataire ayant à charge son enfant pour le calcul des prestations et que sa fille est depuis octobre 2020 considéré à sa charge pour l'octroi de ses prestations. Par un autre courrier, le requérant a sollicité une deuxième fois l'intégration de sa fille dans son dossier et le partage des prestations familiales entre la mère de sa fille et lui-même. Par une décision en date du 6 juin 2021, la directrice de la CAF des Côtes-d'Armor a refusé de faire droit à sa requête au motif qu'il a été désigné en tant qu'allocataire principal et que l'article R. 513-1 du code de la sécurité sociale faisait obstacle au partage des prestations familiales. M. A a saisi la commission de recours amiable. Par deux décisions en date des 22 et 24 septembre 2021, la CAF des Côtes-d'Armor a rejeté son recours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande de partage des droits :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide sociale, il appartient au juge administratif d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications () ". Aux termes de l'article R. 842-3 de ce code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : () / 3° Des enfants et personnes à charge remplissant les deux conditions suivantes : / a) Ouvrir droit aux prestations familiales ou avoir moins de vingt-cinq ans et être à la charge effective et permanente du bénéficiaire ou de son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité à condition, en cas d'arrivée au foyer après le dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour calculer la composition d'un foyer ainsi que pour déterminer les droits qui s'y rapportent, doivent être regardés comme à la charge de l'allocataire de la prime d'activité les enfants ouvrant droit aux prestations familiales, ainsi que les autres enfants à sa charge effective et permanente, sous réserve des conditions définies au 3° de l'article R. 842-3 du même code. Eu égard à l'objet de la prime d'activité, qui est notamment, d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, lorsqu'un parent allocataire bénéficie pour son enfant, conjointement avec l'autre parent dont il est divorcé ou séparé de droit ou de fait, d'un droit de résidence alternée qui est mis en œuvre de manière effective et équivalente, ce parent doit être regardé comme assumant la charge effective et permanente de l'enfant et a droit, sauf accord contraire entre les parents ou mention contraire dans une décision du juge judiciaire, au bénéfice de la moitié de la majoration pour enfant à charge du montant forfaitaire mentionné au 1° de l'article R. 842-3 du code de la sécurité sociale. Toutefois, compte tenu des incidences possibles de ce partage sur les droits de l'autre parent, susceptible de bénéficier lui aussi de la prime d'activité, il appartient au parent qui sollicite une telle répartition d'établir l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de manière effective et équivalente, laquelle doit être présumée s'il fournit à l'organisme chargé du service de la prime d'activité, à défaut de partage de la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales, une convention homologuée par le juge aux affaires familiales, une décision de ce juge ou un document attestant l'accord existant entre les parents sur ce mode de résidence.

5. Il résulte de l'instruction que pour rejeter la demande faite par M. A, la CAF des Côtes-d'Armor a considéré que ce dernier détient la qualité d'allocataire unique depuis octobre 2020, qu'il perçoit la totalité des prestations du chef de son enfant, calculées sur la base d'une personne isolée avec un enfant à charge et que le partage du RSA diminuerait le montant de ses droits. Par suite, M. A qui entendait contester les décisions en litige au motif que la CAF ne prendrait pas en compte son enfant dans le calcul de ses droits n'est pas fondé à se plaindre dès lors qu'il ressort des termes même de ces décisions que ce dernier perçoit l'intégralité de ses droits sur la base d'une personne isolée avec un enfant à charge depuis 2017 hormis pour l'année

2019-2020. Les conclusions de sa requête sont, sur ce point, irrecevables.

Sur l'erreur de droit quant au montant versé au titre du RSA :

6. Le premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Selon le premier alinéa de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée () ".

7. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.

8. En l'espèce, le requérant produit les décisions d'indu de RSA émises à son encontre. Cependant, M. A ne justifie pas avoir saisi le président du conseil départemental d'un recours en contestation du montant qu'il lui a été versé au titre du RSA et de la contestation des indus en litige ainsi que le prévoient les dispositions des articles L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Les conclusions de sa requête sont, sur ce point, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à ce qui a été dit au point 5, les conclusions à fin d'injonction de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la ministre des solidarités et des familles et au président du conseil départemental des Côtes-d'Armor.

Copie en sera transmise au directeur de la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023

Le magistrat désigné,

signé

G. DESCOMBESLe greffier,

signé

E. LE MAGOARIEC

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles et au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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