vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2106131 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHRISTIAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre 2021 et 26 avril 2023, sous le n° 2106131, M. et Mme A B, représentés par Me Christian, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la commune de Trégunc à leur verser une somme totale de 78 565 euros en réparation des préjudices subis résultant d'un détournement de pouvoir dans le cadre de l'instruction de la demande de permis d'aménager présentée par l'association syndicale libre du lotissement de Peuren ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Trégunc une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la commune de Trégunc a usé de procédés déloyaux pour que l'association syndicale libre du lotissement de Peuren renonce au bénéfice du permis d'aménager tacite ; ce détournement de pouvoir et l'engagement non tenu de délivrer un nouveau permis d'aménager sont constitutifs de fautes de nature à engager sa responsabilité ;
- il en résulte un préjudice de 78 565 euros correspondant à la perte de la valeur vénale des terrains d'assiette du projet de lotissement et au remboursement des frais engagés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, la commune de Trégunc, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les fautes alléguées ne sont pas caractérisées, que le lien de causalité n'est pas établi et que les préjudices ne sont justifiés par aucune pièce.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre 2021 et 26 avril 2023, sous le n° 2106138, M. C B, représenté par Me Christian, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Trégunc à lui verser une somme totale de 36 243 euros en réparation des préjudices subis résultant d'un détournement de pouvoir dans le cadre de l'instruction de la demande de permis d'aménager présentée par l'association syndicale libre du lotissement de Peuren ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Trégunc une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la commune de Trégunc a usé de procédés déloyaux pour que l'association syndicale libre du lotissement de Peuren renonce au bénéfice du permis d'aménager tacite ; ce détournement de pouvoir et l'engagement non tenu de délivrer un nouveau permis d'aménager sont constitutifs de fautes de nature à engager sa responsabilité ;
- il en résulte un préjudice de 36 243 euros correspondant à la perte de la valeur vénale des terrains d'assiette du projet de lotissement et au remboursement des frais engagés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, la commune de Trégunc, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les fautes alléguées ne sont pas caractérisées, que le lien de causalité n'est pas établi, et que les préjudices ne sont justifiés par aucune pièce.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- les conclusions de M. Vennegues, rapporteur public,
- et les observations de Me Tremouilles, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Trégunc.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 juin 1999, M. et Mme A B, qui étaient propriétaires de la parcelle cadastrée section AM n° 143, sont devenus propriétaires des parcelles cadastrées section AM nos 502, 503 et 141, situées sur le territoire de la commune de Trégunc, en vue d'aménager un lotissement. Par la suite, les parcelles cadastrées section AM nos 502 et 503 sont respectivement devenues les parcelles cadastrées section AM nos 728 et 729, et AM nos 730 et 731. Le 9 avril 2003. M. et Mme A B ont vendu les parcelles cadastrées section AM nos 143, 728 et 730 à leur fils, M. C B. L'association syndicale libre du lotissement de Peuren constituée en vue du projet de lotissement a déposé, le 9 avril 2008, une demande de permis d'aménager 21 lots sur ces parcelles. En absence de réponse de la commune de Trégunc, elle a bénéficié d'un permis d'aménager tacite le 9 juillet 2008. Par courrier du 16 mars 2009, l'association a renoncé au bénéfice de ce permis d'aménager avant de déposer, le 1er juillet 2009, une nouvelle demande de permis d'aménager qui a été rejetée par un arrêté du 9 décembre 2009 du maire de la commune de de Trégunc. Par un jugement n° 0605120 du 8 juillet 2010, le tribunal administratif de Rennes a annulé la délibération du 17 novembre 2006 portant approbation du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Trégunc, ayant pour conséquence de remettre en vigueur le plan d'occupation des sols du 11 décembre 1993, lequel classe les parcelles de M. C B en zone non constructible. Par une seconde délibération du 25 avril 2017, la commune de Trégunc a adopté un nouveau règlement du plan local d'urbanisme, classant les parcelles de l'intéressé en zone naturelle. Le 17 septembre 2021, estimant que la commune avait commis un détournement de pouvoir dans le cadre de l'instruction du permis d'aménager, M. et Mme B et leur fils ont respectivement adressé une demande indemnitaire préalable au maire de la commune de Trégunc portant sur les sommes totales de 78 565 euros et de 36 243 euros, en réparation des préjudices qu'ils considèrent avoir subis. Ces demandent ont fait l'objet de rejets implicites.
2. Par la requête enregistrée sous le n° 2106131, M. et Mme B demandent au tribunal de condamner la commune de Trégunc à leur verser une somme totale de 78 565 euros. Par la requête enregistrée sous le n° 2106138, M. C B demande au tribunal de condamner la commune de Trégunc à lui verser une somme totale de 36 243 euros.
3. Ces deux requêtes indemnitaires sont fondées sur les mêmes fautes reprochées à la commune de Trégunc et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Pour rechercher la responsabilité de la commune de Trégunc, les requérants se prévalent de procédés déloyaux employés par le maire, constitutifs selon eux d'un détournement de pouvoir, en vue de convaincre l'association syndicale libre du lotissement de Peuren de renoncer au permis d'aménager tacite du 9 juillet 2008. Ils se prévalent également des engagements non tenus du maire de délivrer un nouveau permis d'aménager et de ne pas classer les parcelles d'assiette du projet de lotissement en zone non constructible.
5. En premier lieu, si une promesse non tenue est bien susceptible d'engager la responsabilité de l'administration pour faute, il appartient au demandeur de démontrer l'existence d'un engagement ferme et précis qui n'aurait pas été respecté à son égard.
6. Or, d'une part, si les parcelles acquises par les requérants n'étaient pas constructibles lorsqu'ils les ont acquises, ils ne produisent aucune pièce tendant à démontrer que la commune leur aurait promis, à cette époque, que ces terrains seraient nécessairement classés en zone constructible dans le cadre du futur plan local d'urbanisme dont l'élaboration n'a été prescrite qu'en 2002. Par ailleurs, la circonstance que le règlement du plan local d'urbanisme de 2006 classant les parcelles litigieuses en zone à urbaniser ait ensuite fait l'objet d'une annulation juridictionnelle en 2010, remettant en vigueur l'ancien classement du plan d'occupation des sols, est indépendante de la volonté de la commune. Enfin, la circonstance que le règlement du plan local d'urbanisme de 2017 ait classé ces parcelles en zone naturelle non constructible n'est pas de nature à établir l'existence d'une faute de la commune en l'absence d'illégalité de ce classement, alors qu'il n'existe aucun droit acquis au maintien d'un classement. Le précédent classement d'une parcelle est par principe sans effet sur la légalité du nouveau classement dès lors qu'il résulte du parti pris par les auteurs du plan local d'urbanisme. Enfin, le classement d'une parcelle dans une zone déterminée ne détermine pas automatiquement celui de toutes les parcelles limitrophes.
7. D'autre part, si le maire de la commune de Trégunc a bien promis à l'association, en contrepartie de la renonciation au bénéfice du permis d'aménager tacite, qu'il serait fait droit à une nouvelle demande de permis d'aménager, les termes même du courrier du 16 mars 2009 attestent de ce que cette délivrance serait conditionnée au respect de " toutes les recommandations formulées par ses services ", ce qui signifie nécessairement qu'il respecte tant le code de l'urbanisme que le règlement du plan local d'urbanisme. A ce titre, il résulte de l'instruction que le maire de Trégunc s'est opposé à la nouvelle demande de permis d'aménager en raison de plusieurs non-conformités du projet de lotissement à la règlementation d'urbanisme applicable, par un arrêté du 9 décembre 2009 dont la légalité n'a au demeurant pas été contestée. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent se prévaloir d'une faute de la commune en raison de l'existence d'une promesse non tenue.
8. En deuxième lieu, s'il résulte de l'instruction que le maire de Trégunc a bien " suggéré " à l'association, lors d'une réunion du 7 mars 2009, de renoncer au bénéfice du permis d'aménager tacite dont elle était alors titulaire, c'est en se prévalant de l'illégalité du projet qui méconnaissait la règlementation d'urbanisme, de la position unanime du conseil municipal en défaveur du projet accordé par le permis tacite, et du risque d'annulation contentieuse compte tenu des recours contentieux enregistrés au tribunal. Ces motifs, qui ne sont pas étrangers à la réglementation applicable en matière d'urbanisme, ne sont pas constitutifs d'un détournement de pouvoir dès lors que le maire de Trégunc n'a pris aucune décision, ni fait usage d'aucun de ses pouvoirs, ni contraint l'association à renoncer à son permis tacite. Par suite, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
9. En absence de toute faute de la commune de Trégunc, il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme B et de leur fils.
Sur les frais liés au litige :
10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes de 2 500 euros sollicitées par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge de la commune de Trégunc, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
11. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. et Mme A B et de M. C B, les sommes respectives de 2 000 euros sollicitées par la commune de Trégunc, au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2106131 et 2106138 de M. et Mme A B et de M. C B sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Trégunc présentées dans ces deux instances au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B, à M. C B et à la commune de Trégunc.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2106131, 2106138
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026