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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106242

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106242

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106242
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MARTIN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 décembre 2021, le 15 juin et le 29 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Boulais, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Rennes à lui verser une provision de 20 194 euros à valoir sur le montant de la réparation des préjudices subis en raison de son accident de service du 28 février 2019 et de son accident de trajet du 12 mai 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le premier accident de service du 28 février 2019 l'a laissée, à la date de sa consolidation du 25 octobre 2019, avec un taux d'incapacité permanente partielle de 5% et après l'accident de trajet du 12 mai 2020, elle demeure, après consolidation au 6 novembre 2020, affectée d'une incapacité permanente partielle de 3% à ce titre ;

- elle a obtenu la reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé et elle est ainsi en droit d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices personnels dans le cadre de la responsabilité sans faute de la commune ;

- elle a subi un déficit fonctionnel temporaire décomposé en deux périodes, correspondant à ses deux arrêts de travail et doit bénéficier à ces titres des sommes respectivement de 478 euros et 356 euros ;

- elle peut prétendre à une indemnité de 4 000 euros au titre des souffrances endurées pour ces deux périodes ;

- elle peut enfin prétendre à une réparation de 15 360 euros au titre du déficit fonctionnel permanent au regard d'un taux d'incapacité permanente partielle d'au moins 8%.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 mai, 27 juin et 27 juillet 2022, la commune de Rennes, représentée par Me Santos Pires, de la SARL Martin Avocats conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation de Mme C à lui verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est partiellement irrecevable en ce que, s'agissant de l'accident de trajet, la requérante a dû bénéficier d'une offre de l'assureur du tiers conducteur responsable, en application de la loi du 5 juillet 1985 et qu'elle n'a donc pas d'intérêt à agir pour obtenir une double indemnisation ;

- l'obligation dont se prévaut la requérante est sérieusement contestable et qu'ainsi, sa requête n'est pas fondée.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, qui n'a pas produit d'observations.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe technique principale de la commune de Rennes, a subi un premier accident, le 28 février 2019, le port d'une charge lourde lui ayant occasionné une lombalgie aiguë avec sciatalgie droite. Cet accident, pour lequel elle a subi des arrêtés de travail du 28 février au 29 mars 2019 puis du 11 avril au 2 septembre 2019, a été reconnu imputable au service par arrêté de la maire de Rennes du 2 septembre 2019 et la consolidation de son état de santé a été fixée au 25 octobre 2019 avec un taux d'incapacité permanente partielle de 5%. L'intéressée a, ensuite, le 12 mai 2020, été victime d'un accident de la circulation avec tiers responsable, et placée en congé de maladie du 13 au 24 mai 2020 puis du 17 août au 6 novembre 2020 avec une incapacité permanente partielle spécifique de 3%, la date de consolidation ayant été fixée au 6 novembre 2020. Après le rejet implicite de la demande d'indemnisation qu'elle a adressée, le 1er octobre 2021, à la commune de Rennes, Mme C demande au juge des référés de condamner cette dernière à lui verser une provision d'un total de 20 194 euros à valoir sur le montant de la réparation des préjudices personnels subis en raison de ses deux accidents de service.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité de la commune de Rennes :

3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

4. Il est constant que les deux accidents dont Mme C a été victime les 28 février 2019 et 12 mai 2020 ont été reconnus imputables au service par des arrêtés des 2 septembre 2019 et 2 juillet 2020. Dès lors, l'obligation dont se prévaut Mme C au titre de la responsabilité sans faute de la commune de Rennes du fait des conséquences personnelles de ces accidents n'apparaît pas, dans son principe, sérieusement contestable.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant de l'accident de trajet du 12 mai 2020 :

5. Il résulte de l'instruction que sur offre de Groupama Loire Bretagne, assureur du tiers responsable de son accident de trajet, faite dans les conditions prévues par la loi du 5 juillet 1985, Mme C a, selon protocole transactionnel signé le 11 mai 2021, accepté le versement d'une indemnité couvrant les conséquences personnelles de cet accident, à savoir son déficit fonctionnel temporaire (448 euros), les souffrances endurées (1 700 euros) et un déficit fonctionnel permanent (3 750 euros). Aucune des pièces du dossier, et notamment les pièces médicales que produit la requérante, ne permet d'établir que cette indemnité, dont la perception n'est pas contestée, n'aurait pas pris en compte l'intégralité des conséquences dommageables de l'accident de trajet de sorte que Mme C ne se saurait, sans bénéficier ainsi d'une double indemnisation, se prévaloir à l'encontre de la commune de Rennes d'une obligation non sérieusement contestable procédant d'un droit au versement des sommes qu'elle réclame de ces mêmes chefs.

S'agissant de l'accident de service du 28 février 2019 :

6. S'agissant du déficit fonctionnel temporaire subi par la requérante durant les seuls arrêts de travail regardés comme imputables à l'accident de service, soit entre le 28 février et le 29 mars 2019 puis entre le 11 avril et le 2 septembre 2019, ce qui correspond à une période cumulée d'environ cinq mois, et eu égard aux termes du rapport établi le 12 novembre 2019 par le docteur B, expert agréé, il sera fait une juste appréciation en tenant pour non sérieusement contestable l'estimation à hauteur de 300 euros de l'indemnisation de ce préjudice.

S'agissant des souffrances endurées :

7. Si Mme C sollicite également le versement d'une provision au titre des souffrances endurées, et bien que l'expertise du docteur B ne se prononce pas directement sur l'existence de ce poste de préjudice, elle mentionne les sciatalgies, cervicalgies et lombalgies subies par l'intéressée, sans état antérieur à l'accident de service. Dans cette mesure, il sera fait une juste appréciation du montant non sérieusement contestable de l'indemnisation due à ce titre en estimant à 500 euros le montant de la provision à verser à l'intéressée.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

8. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise du docteur B, que Mme C, née le 8 janvier 1979, présentait du fait de ce seul accident de service, une incapacité permanente partielle de 5 %, la date de consolidation étant fixée au 25 octobre 2019. Dans ces conditions, il y a lieu de tenir pour non sérieusement contestable l'indemnisation provisionnelle, à partir de cette date, d'un déficit fonctionnel permanent par le versement à ce titre d'une somme de 5 600 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Rennes à verser à Mme C une provision de 6 400 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Rennes, partie perdante à l'instance, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions qu'elle a présentées au même titre à l'encontre de Mme C.

O R D O N N E :

Article 1er : La commune de Rennes est condamnée à verser à Mme C une provision de 6 400 euros.

Article 2 : La commune de Rennes versera à Mme C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à la commune de Rennes et à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 16 novembre 2022 à 14 h 00.

Le président,

signé

E. Kolbert

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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