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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106344

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106344

mercredi 13 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106344
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantLECLERCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 12 décembre 2021, les 22, 26 et 27 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Leclercq, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 août 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Côtes-d'Armor a rejeté son recours préalable tendant à contester le bien-fondé de l'indu de prime d'activité ;

2°) d'enjoindre à la CAF des Côtes-d'Armor de procéder au reversement des prélèvements au titre de paiements indus de prime d'activité et à opérer un nouveau calcul de ses droits comprenant l'ensemble des indemnités journalières versées au-delà du 3ème mois d'arrêt de travail, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la CAF des Côtes-d'Armor la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission amiable est illégale dès lors qu'il n'est pas possible d'identifier son auteur ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et méconnaît les articles L. 842-4 2° et

R. 844-2 4° du code de la sécurité sociale dès lors d'une part, que les indemnités journalières ne peuvent être prises en compte comme des revenus d'activité générant un droit à la prime d'activité pendant une période supérieure aux trois premiers mois d'arrêt de travail d'autre part, en ce que les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires perçues au-delà de trois mois après l'arrêt de travail relèvent de la catégorie des revenus de remplacement et leur prise en compte devait se faire au-delà des trois premiers mois d'arrêt de travail intervenues depuis le

5 avril 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023 le directeur de la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le recours de Mme B, en tant qu'il porte sur la durée de prise en compte des indemnités journalières accident du travail comme des salaires pour le calcul du droit à la prime d'activité, est irrecevable pour tardiveté dès lors que par sa décision du 14 décembre 2020, la CAF a déjà statué sur ce point ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- les explications de Me Leclercq représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B bénéficiait d'un droit à la prime d'activité depuis sa demande de septembre 2018. Suite à sa déclaration trimestrielle de mars 2020 à mai 2020 la CAF a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions requises pour le bénéfice de la prime d'activité dès lors que ses indemnités journalières ne pouvaient plus être assimilées à des revenus d'activité mais à des revenus de remplacement dès lors qu'ils étaient supérieurs aux trois mois qui ont suivi l'arrêt de travail. Par ailleurs, après consultation du dossier de l'allocataire, la CAF des Côtes-d'Armor a constaté que les indemnités déclarées n'étaient pas celles qui correspondaient aux indemnités réellement perçues et a rectifié le dossier ce qui a engendré un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 1 033,08 euros au titre de décembre 2019 à mai 2020. Par un courrier en date du

19 juin 2020 Mme B a contesté ce trop-perçu. Par une décision du 16 décembre 2020, la CAF des Côtes-d'Armor a rejeté son recours. Le 6 janvier 2021, Mme B a formé une demande de remise gracieuse de sa dette qui a lui a partiellement été accordée par une décision en date du 24 mars 2021. Suite à une nouvelle demande de révision de ses droits accompagnée d'une attestation de la CPAM, la CAF a procédé à une rectification des montants des indemnités journalières et du salaire de juillet 2019 à février 2021 et cela a généré un trop-perçu d'un montant de 295,56 euros pour la période de septembre à novembre 2019 compensée en partie par un rappel de prime d'activité de 216,99 euros. Mme B a, le 9 juin 2021, formé un recours contre cette décision. Par une décision en date du 26 août 2021 la directrice de la CAF des Côtes d'Armor a rejeté son recours. Par la présente requête Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il résulte de l'instruction que la décision en litige du 26 août 2021 qui n'a pas le même objet que la décision du 16 décembre 2020 en ce qu'elle porte sur une période et un montant différent à savoir la période de septembre à novembre 2019 pour un montant initial de

295,56 euros, ne saurait être regardée comme une décision confirmative de la décision du

16 décembre précitée quand bien même les questions de droit soulevées par la requérante seraient similaires. Ainsi, la fin de non-recevoir soulevée en défense tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur la compétence de l'auteur de la décision de la commission de recours amiable :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

4. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractère lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / () ".

5. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée comporte la mention : " pour la directrice et par délégation, la caisse d'allocations familiales ". En outre, aucun autre document porté à la connaissance de Mme B ne lui permettait d'identifier avec certitude l'auteur de cette décision. Ainsi, cette dernière est entachée d'une irrégularité au regard des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, il y a lieu d'accueillir les conclusions d'annulation présentées par Mme B à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, le cas échéant pour un motif de légalité externe, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Ainsi, il n'y a pas lieu de lui enjoindre de procéder au réexamen de la situation de Mme B suite à l'annulation de la décision lui notifiant un indu de prime d'activité.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".

8. Il y a lieu de mettre à la charge de la CAF la somme de 1 000 euros au bénéfice de Me Vincent, conseil de Mme B, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Vincent renonce à la part contributive de l'État au titre de la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée le

11 octobre 2018.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 août 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Côtes-d'Armor a rejeté son recours préalable tendant à contester le

bien-fondé de l'indu de prime d'activité est annulée.

Article 2 : La CAF versera à Me Vincent une somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Vincent renonce à percevoir la part de l'État au titre de la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des solidarités et des familles.

Copie en sera transmise au directeur de la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 13 septembre 2023

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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