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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106403

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106403

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106403
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantL'HOSTIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 16 décembre 2021, Mme D C, représentée A Me L'Hostis, demande au juge des référés :

1°) de condamner in solidum le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion à lui verser une provision de 21 870 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;

2°) de condamner in solidum le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion à lui verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion ont commis des fautes de nature à engager leur responsabilité au sens des dispositions du I de l'article L. 1142 du code de la santé publique lors de sa prise en charge en 2006 ;

- les fautes commises A les centres hospitaliers ont entraîné une perte de chance d'éviter le dommage, laquelle a été évaluée à 90 % A un rapport d'expertise ;

- les centres hospitaliers ne contestent pas l'engagement de leur responsabilité puisque leur assureur propose une indemnisation de ses préjudices ;

- l'obligation dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 21 870 euros puisqu'il s'agit de la somme proposée A l'assureur des centres hospitaliers.

A un mémoire, enregistré le 20 janvier 2020, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine demande au juge des référés de condamner in solidum le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion à lui verser une provision de 1 248,34 euros, avant application du taux de perte de chance qui sera retenu, au titre des prestations versées à Mme C ainsi qu'une provision de 416,11 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle fait valoir qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, A subrogation dans les droits de Mme C, en remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de Mme C, qui sont en rapport avec sa prise en charge A les centres hospitaliers de Saint-Brieuc et de Lannion.

A un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, le centre hospitalier de Saint-Brieuc, représenté A Me Maillard, demande au juge des référés de lui décerner acte de ce qu'il s'en remet à la justice quant à son éventuelle responsabilité et à la demande de provision sollicitée tant sur son principe que sur son montant et de rejeter la demande présentée A Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que lors des discussions amiables, il a proposé de verser à Mme C la somme de 21 870 euros.

A un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, le centre hospitalier de Lannion, représenté A Me Maillard, demande au juge des référés de lui décerner acte de ce qu'il s'en remet à la justice quant à son éventuelle responsabilité et à la demande de provision sollicitée tant sur son principe que sur son montant et de rejeter la demande présentée A Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que lors des discussions amiables, il a proposé de verser à Mme C la somme de 21 870 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 octobre 2006, Mme C a sollicité le service d'aide médicale urgente en raison de douleurs thoraciques. Le médecin régulateur a retenu l'existence d'un syndrome anxieux. Le 14 octobre 2006, la requérante a, de nouveau, contacté le service d'aide médicale urgente pour des douleurs thoraciques, lequel a décidé de son hospitalisation au centre hospitalier de Lannion. Les examens réalisés au centre hospitalier de Lannion ont permis de diagnostiquer un infarctus du myocarde. Mme C a alors été transférée au centre hospitalier de Saint-Brieuc en vue de la réalisation d'une coronarographie, réalisée le 16 octobre 2006. Elle a ensuite été hospitalisée au centre hospitalier de Lannion du 17 au 21 octobre 2006 puis au centre de réadaptation de Roscoff du 8 au 29 novembre 2006. Mme C a obtenu du juge des référés du tribunal administratif de Rennes, A ordonnance du 9 juin 2020, la réalisation d'une expertise médicale confiée au docteur B, expert en cardiologie, qui a déposé son rapport le 11 août 2021. A des courriers du 28 juillet 2021, Mme C a sollicité du centre hospitalier de Saint-Brieuc et du centre hospitalier de Lannion l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge en octobre 2006. A un courrier du 20 octobre 2021, les centres hospitaliers de Saint-Brieuc et de Lannion ont alors présenté une offre d'indemnisation à Mme C qui l'a refusée. A la présente requête, Mme C demande au juge des référés de condamner in solidum le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion à lui verser une provision de 21 870 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices.

Sur les conclusions tendant au versement de provisions :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis A les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Brieuc et du centre hospitalier de Lannion :

3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

4. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport établi le 3 août 2021 A le docteur B que la prise en charge de Mme C A le centre hospitalier de Saint-Brieuc et A le centre hospitalier de Lannion n'a pas été adaptée à son état en ce qu'elle aurait dû être hospitalisée dès le 7 octobre 2006, à la suite de son appel au service d'aide médicale urgente, puis, une fois admise au centre hospitalier de Lannion, être rapidement transférée vers le centre hospitalier de Saint-Brieuc pour la réalisation d'une coronarographie. Ce retard dans la prise en charge de Mme C a contribué à la constitution d'une séquelle ventriculaire gauche ainsi qu'à l'apparition d'un syndrome de stress post-traumatique. Dès lors, la responsabilité des centres hospitaliers de Saint-Brieuc et de Lannion, qui n'est au demeurant pas contestée en défense, doit être mise en cause et l'obligation à réparation des préjudices imputables à ces fautes n'est pas sérieusement contestable.

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise A l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que les manquements des centres hospitaliers de Saint-Brieuc et de Lannion dans la prise en charge de Mme C lui ont fait perdre une chance de se soustraire aux séquelles dont elle est atteinte qui peut être évaluée à 90 %.

En ce qui concerne les préjudices subis A Mme C :

7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme C a enduré des souffrances qui peuvent être évaluées à 2 sur une échelle de 7 et qu'elle reste affectée d'un déficit fonctionnel permanent de 18,3 %. Au vu de ces éléments, qui ne sont pas utilement contredits A les centres hospitaliers de Saint-Brieuc et de Lannion, le montant non sérieusement contestable de l'estimation des préjudices subis A Mme C peut être évalué à la somme de 20 070 euros, après application du taux de perte de chance. En revanche, si Mme C sollicite le versement de la somme de 1 800 euros au titre de son préjudice d'agrément, outre que le rapport d'expertise ne retient pas un tel préjudice, elle ne précise ni ne justifie sa demande à ce titre. Dès lors, l'obligation dont se prévaut Mme C au titre de son préjudice d'agrément ne peut pas être regardée comme non sérieusement contestable.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner in solidum le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion à verser à Mme C une provision de 20 070 euros.

En ce qui concerne les conclusions présentées A la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine :

9. La caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine justifie avoir exposé pour le compte de Mme C la somme de 1 248,34 euros, correspondant à des frais médicaux et pharmaceutiques pour la période du 20 avril 2018 au 17 décembre 2019 dont le lien avec la prise en charge de Mme C en 2006 A les centres hospitaliers de Saint-Brieuc et de Lannion est suffisamment établi A l'attestation de son médecin conseil. A suite, il y a lieu de condamner in solidum le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion à verser une provision de 1 123,51 euros, après application du taux de perte de chance, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.

10. A ailleurs, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine a droit à l'indemnité forfaitaire de gestion, qui en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 doit être fixée à 374,50 euros.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge in solidum du centre hospitalier de Saint-Brieuc et du centre hospitalier de Lannion, le versement à Mme C d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion sont condamnés in solidum à verser à Mme C une provision de 20 070 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion verseront in solidum à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine une provision de 1 123,51 euros au titre de ses débours outre une provision de 374,50 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Brieuc et le centre hospitalier de Lannion verseront in solidum à Mme C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, au centre hospitalier de Saint-Brieuc et au centre hospitalier de Lannion.

Fait à Rennes, le 20 décembre 2022.

Le président,

signé

E. Kolbert

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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