jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2106500 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 décembre 2021 et les 6 octobre et 22 décembre 2022, Mme D A, représentée par Me Dupont, demande au juge des référés :
1°) de condamner la région Bretagne à lui verser une provision de 4 200 euros à valoir sur le montant de la réparation des préjudices subis en raison de son accident de service du 26 janvier 2018, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2021 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de déclarer l'ordonnance à intervenir commune et opposable à la Mutuelle générale de l'éducation nationale ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Rennes le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ayant été victime d'un accident de service reconnu imputable au service, elle peut solliciter l'indemnisation de son déficit fonctionnel permanent, évalué à 3 %, dans le cadre de la responsabilité sans faute de la région Bretagne à hauteur de 4 200 euros ;
- par une ordonnance du 4 octobre 2022, le juge des référés du tribunal a retenu la date de consolidation de son état de santé au titre de l'accident de service du 26 janvier 2018 au 6 août 2020 ainsi qu'un taux de déficit fonctionnel permanent de 3 % ;
- le docteur B, expert désigné par l'ordonnance du 4 octobre 2022 du juge des référés du tribunal, a retenu, dans son pré-rapport, l'existence d'un déficit fonctionnel permanent de 3 % en lien avec l'accident de service du 26 janvier 2018.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er septembre et 10 novembre 2022, la région Bretagne, représentée par la SELARL Cornet-Vincent-Ségurel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la demande de Mme A au titre de son déficit fonctionnel permanent est prématurée dès lors que son état de santé ne peut pas être considéré comme consolidé en raison de la question de savoir si la recrudescence des douleurs au poignet gauche à la suite de l'accident du 20 septembre 2021 est en lien avec l'accident initial du 26 janvier 2018 ;
- le taux de déficit fonctionnel permanent affectant Mme A est susceptible d'être remis en cause puisqu'il n'a pas fait l'objet d'une fixation par le juge administratif dans le cadre d'un jugement revêtu de l'autorité de la chose jugée et dans le cadre d'une instance au fond, le juge administratif solliciterait vraisemblablement l'avis d'un expert judiciaire afin de fixer ce taux ;
- la question de l'existence d'un état antérieur de Mme A et de son éventuelle décompensation, évoquée dans son dossier médical, n'a jamais été tranchée et serait susceptible de donner lieu à une limitation de son droit à indemnisation.
La requête a été communiquée à la Mutuelle générale de l'éducation nationale, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjointe technique territoriale de 1ère classe de la région Bretagne, a été victime d'un accident, le 26 janvier 2018, au cours duquel elle a subi un traumatisme du poignet gauche suivi d'une tendinite et qui a été reconnu imputable au service par décision du 2 mai 2018. Elle a bénéficié, à ce titre, d'un arrêt de travail jusqu'au 5 octobre 2018. Le 20 septembre 2021, elle a été victime d'un second accident de service au poignet gauche, pour lequel elle a bénéficié d'un arrêt de travail à partir du 22 septembre 2021. Toutefois, le 29 septembre 2021, Mme A a saisi la région Bretagne d'une demande d'indemnisation du déficit fonctionnel permanent qu'elle subit du fait de l'accident du 26 janvier 2018. Après le rejet implicite de cette réclamation, elle demande au juge des référés de condamner la région à lui verser une provision de 5 400 euros à valoir sur le montant de la réparation de ce préjudice.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité de la région Bretagne :
3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
4. Il est constant que l'accident de service dont a été victime Mme A le 26 janvier 2018 a été reconnu imputable au service par une décision du 2 mai 2018. Dès lors, l'obligation dont se prévaut Mme A au titre de la responsabilité sans faute de la région Bretagne du fait des conséquences personnelles de cet accident n'apparaît pas, dans son principe, sérieusement contestable.
En ce qui concerne le préjudice :
5. La région Bretagne ne produit aucun élément de nature à établir que la date de consolidation de l'état de santé de Mme A, fixée au 6 août 2020 ainsi que le taux de déficit fonctionnel permanent de 3 % dont elle se prévaut seraient susceptibles d'être remis en cause par la survenue du second accident, le 20 septembre 2020, alors que ce taux et cette date procèdent du rapport d'expertise établi le 25 septembre 2020, par le docteur E, missionné par la région elle-même, et ce, nonobstant la circonstance que ce rapporte mentionne également que l'accident du 26 janvier 2018 aurait décompensé un état antérieur. En outre, un autre rapport d'expertise du 6 décembre 2021, établi par le docteur C, a considéré que la recrudescence des douleurs au poignet gauche de Mme A, consécutive à l'accident du 20 septembre 2021 n'est pas en rapport direct et certain avec celui du 26 janvier 2018. Dès lors, les éléments d'appréciation du préjudice subi, à savoir le taux de déficit fonctionnel permanent de 3 % et la date du 6 août 2020 en tant que date de consolidation, ne peuvent pas être regardés comme sérieusement contestables et il y a lieu, par suite, de fixer à la somme de 3 350 euros le montant de la provision au versement de laquelle elle peut prétendre au titre des suites de l'accident du 26 janvier 2018.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de la région Bretagne, partie perdante à l'instance, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions qu'elle a présentées au même titre à l'encontre de Mme A.
O R D O N N E :
Article 1er : La région Bretagne est condamnée à verser à Mme A une provision de 3 350 euros.
Article 2 : La région Bretagne versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à la région Bretagne et à la Mutuelle générale de l'éducation nationale.
Fait à Rennes, le 19 janvier 2023.
Le président,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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