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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200165

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200165

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200165
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président de la 2 ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS SARTORIO LONQUEUE SAGALOVITSCH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 janvier, 29 août, 11 octobre et 14 décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Maluca, représentée par le cabinet M2C Avocat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de l'immeuble dont elle est propriétaire situé 1 rue du Phare d'Eckmühl à Quimper (29) ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité des délibérations des 31 janvier 2019 et 5 décembre 2019 fixant à 7,67 % les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour les années 2019 et 2020 dès lors que le montant de la taxe à percevoir excède de 18,31 % pour 2019 et 18,32 % pour 2020 le coût du service à financer ; ces excédents sont manifestement disproportionnés ;

- il n'y a pas lieu de substituer aux délibérations la délibération fixant le taux de la taxe pour 2018 dès lors que le montant de la taxe à percevoir excédait également de manière manifestement disproportionnée le coût du service à financer (35,69 %).

Par des mémoires, enregistrés les 13 juin, 9 septembre, 14 novembre et 30 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés les 9 septembre, 14 novembre et 30 décembre 2022, la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale, représentée par la Scp d'avocats Lonqueue Sagalovitch Eglie-Richters et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SAS Maluca le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés et demande, à titre subsidiaire, en cas d'illégalité de la délibération du 13 décembre 2019 d'y substituer la délibération du 31 janvier 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Flaud, représentant la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de décharge :

1. Pour contester le bien-fondé des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020, la SAS Maluca invoque, par voie d'exception, l'illégalité des délibérations par lesquelles la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale a fixé à 7,67 % les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicables au titre des années 2019 et 2020.

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal .Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure () ". Aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction également issue de la loi du 29 décembre 2015 : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. () Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 sont les déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Enfin, en vertu du B. du III de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015, les délibérations prises en application du second alinéa de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales dans sa rédaction antérieure à la loi, selon lesquelles les collectivités " peuvent décider, par délibération motivée, d'exonérer de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères les locaux dont disposent les personnes assujetties à la redevance spéciale ", continuent de produire leurs effets tant qu'elles n'ont pas été rapportées.

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le législateur a entendu autoriser, à compter du 1er janvier 2016, le financement par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères du coût de collecte non seulement des déchets ménagers mais également des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, d'autre part et par suite, qu'est désormais inclus parmi les recettes non fiscales du service le produit de la redevance spéciale lorsque celle-ci a été instituée. Il suit de là qu'il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à compter du 1er janvier 2016, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des déchets ménagers et non ménagers assimilés, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, incluant le cas échéant le produit de la redevance spéciale.

4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe.

En ce qui concerne l'année 2019 :

5. Les différentes parties au litige s'opposent, en premier lieu, sur l'inclusion ou non, dans les dépenses de fonctionnement à prendre en compte au titre du service public de collecte et de traitement des déchets ménagers, des dépenses représentatives de la quote-part d'activité de chaque service transversal de la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale pour un montant de 326 749 euros en 2019.

6. La communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale justifie toutefois, à partir des informations figurant dans chaque budget primitif et leurs annexes, avec suffisamment de précisions, qu'il y a bien lieu d'inclure une somme de 152 330 euros au titre de la masse salariale, une somme de 3 961 euros au titre des charges annexes sur salaires, une somme de 5 366 euros au titre des charges locatives, une somme de 30 995 euros au titre du coût des véhicules et, enfin, à partir d'un taux de 17 % appliqué à la masse salariale globale du service de collecte des déchets, déterminé d'après une étude réalisée en 2009, une somme de 134 096 euros au titre des frais généraux.

7. En deuxième lieu, la SAS Maluca conteste la prise en compte d'un montant de 642 000 euros au titre des dépenses réelles d'investissement qui n'est, dit-elle, pas justifié.

8. Toutefois, l'administration justifie bien, par la production de l'annexe IV au budget primitif de la seule prise en compte de cette somme et non pas, comme le soutient également la société requérante, qu'aurait aussi été prises en compte des dotations aux amortissements.

9. En troisième et dernier lieu, la SAS Maluca soutient que c'est à tort que les revenus des immeubles (76 491 euros), qui ne constituent pas des recettes fiscales, mais des recettes de fonctionnement, n'ont pas été pris en compte dans la détermination des recettes non fiscales.

10. Toutefois, à supposer que tel soit le cas, le montant des recettes fiscales s'élèverait non pas à 2 679 300 euros mais à 2 755 791 euros. Dans cette hypothèse, l'excédent entre le produit de la taxe à percevoir et le montant des dépenses que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est destinée à couvrir s'élèverait à 1 242 964 euros soit un écart de 14,78 % lequel n'apparait dès lors pas comme manifestement disproportionné.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de décider d'une mesure d'instruction supplémentaire, que la SAS Maluca n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la délibération du 31 janvier 2019 et à demander, en conséquence, la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 à raison de l'immeuble dont elle est propriétaire situé 1 rue du Phare d'Eckmühl à Quimper (29).

En ce qui concerne l'année 2020 :

S'agissant de la légalité de la délibération du 31 décembre 2019 :

12. Les différentes parties au litige s'opposent, en premier lieu, sur l'inclusion ou non, dans les dépenses de fonctionnement à prendre en compte au titre du service public de collecte et de traitement des déchets ménagers, des dépenses représentatives de la quote-part d'activité de chaque service transversal de la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale pour un montant de 283 369 euros en 2020.

13. Toutefois, la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale justifie également, à partir des informations figurant dans chaque budget primitif et leurs annexes, avec suffisamment de précisions, qu'il y a bien lieu d'inclure une somme de 113 218 euros au titre de la masse salariale, une somme de 2 842 euros au titre des charges annexes sur salaires, une somme de 5 126 euros au titre des charges locatives, une somme de 30 995 euros au titre du coût des véhicules et, enfin, à partir d'un taux de 17 % appliqué à la masse salariale globale du service de collecte des déchets, déterminé d'après une étude réalisée en 2009, une somme de 131 188 euros au titre des frais généraux.

14. En deuxième lieu, la SAS Maluca conteste la prise en compte d'un montant de 540 000 euros au titre des dépenses réelles d'investissement qui n'est, dit-elle, pas justifié.

15 Toutefois, l'administration justifie bien, par la production de l'annexe IV au budget primitif de la seule prise en compte de cette somme et non pas, comme le soutient également la société requérante, qu'aurait aussi été prises en compte des dotations aux amortissements.

16. En troisième et dernier lieu, la SAS Maluca soutient que c'est à tort que les revenus des immeubles (97 000 euros), qui ne constituent pas des recettes fiscales, mais des recettes de fonctionnement, n'ont pas été pris en compte dans la détermination des recettes non fiscales. Dans cette hypothèse, le montant des recettes fiscales s'élèverait non pas à 2 414 000 euros mais à 2 511 000 euros ce qui conduirait à un excédent entre le produit de la taxe à percevoir et le montant des dépenses que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est destinée à couvrir de 1 356 005 euros soit un écart de 15,76 % manifestement disproportionné.

17. Néanmoins, aux termes de l'article 1639 A du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions de l'article 1639 A bis, les collectivités locales et organismes compétents font connaître aux services fiscaux, avant le 15 avril de chaque année, les décisions relatives soit aux taux, soit aux produits, selon le cas, des impositions directes perçues à leur profit. () III. La notification a lieu par l'intermédiaire des services préfectoraux pour les collectivités locales et leurs groupements, par l'intermédiaire de l'autorité de l'Etat chargée de leur tutelle pour les chambres de commerce et d'industrie territoriales, et directement dans les autres cas. A défaut, les impositions peuvent être recouvrées selon les décisions de l'année précédente. ". Ces dispositions autorisent l'administration, au cas où la délibération d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public de coopération intercommunale ne peut plus servir de fondement légal à l'imposition mise en recouvrement, à demander au juge de l'impôt, à tout moment de la procédure, que soit substitué, dans la limite du taux appliqué à cette imposition, le taux retenu lors du vote de l'année précédente.

18. Or, comme indiqué au point 8, la SAS Maluca n'établit pas que la délibération du 31 janvier 2019 par laquelle la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale a fixé à 7,67 % le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 serait entachée d'illégalité. Il y a lieu, par suite, de procéder à la substitution demandée par l'administration, laquelle n'a pas pour effet d'entraîner la décharge de l'imposition en litige eu égard à l'identité des taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères adoptés au titre des années 2019 et 2020.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à la SAS Maluca d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Maluca le versement à la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Maluca est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Maluca, au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine et à la communauté d'agglomération Quimper Bretagne Occidentale.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. A La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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