jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200515 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | MSS 5ème chambre Mme POTTIER Fabienne |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LA FIDUCIAIRE GENERALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 janvier 2022 et 8 avril 2022, le préfet du Morbihan défère au tribunal, en tant que prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A B, et demande au tribunal :
1°) de condamner M. B au paiement de l'amende maximale prévue en matière d'occupation sans titre du domaine public par les dispositions de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques et de 1'article 131-13 du code pénal pour les contraventions de la cinquième classe ;
2°) au titre de l'action domaniale, d'enjoindre à M. B de procéder à l'enlèvement, si cela n'est déjà fait, de l'installation infractionnelle dans un délai de huit jours, sous peine d'une astreinte de 200 euros par jour de retard, et d'autoriser 1'administration à réaliser 1'enlèvement aux frais, risques et périls du contrevenant en cas de carence de ce dernier.
Il soutient que :
- la présence d'une annexe de navire immatriculée D et dénommée F, accrochée à un dispositif de va-et-vient installé sans autorisation sur le domaine public maritime au lieu-dit de la Pointe du Blair sur la commune de Baden, a été constatée les 9 et 24 août 2016, 4 août 2017, 23 août 2018, 10 juillet et 31 juillet 2019, 3 juin, 18 juin, 9 juillet et 17 août 2020, et 8 juillet 2021 et 28 juillet 2021, par des agents de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan ;
- par des mises en demeure des 20 janvier 2017, 11 décembre 2020, il a été demandé à M. B, propriétaire de l'annexe du navire et du dispositif de va-et-vient, de procéder à leur enlèvement ;
- un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé le 28 octobre 2021.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars 2022 et 14 juin 2022, M. A B, représenté par Me Perraud, demande au tribunal :
1°) d'annuler le procès-verbal de contravention en date du 28 octobre 2021 avec toutes conséquences de droit ;
2°) à titre subsidiaire, de juger qu'il n'y a pas d'infraction et de le relaxer de toute poursuite ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Morbihan la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1du code de la justice administrative.
Il fait valoir que :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie ne lui a pas été notifié régulièrement en méconnaissance de l'article L. 774-2 du code de justice administrative ;
- le seul constat d'une occupation occasionnelle du domaine public, pour la seule journée 28 juillet 2021, ne saurait fonder une contravention de grande voirie, ni être de nature à établir la preuve d'une occupation du domaine public dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ; le navire, qui doit être regardé comme un accessoire de plage, n'est pas accroché en continu au système de mise à l'eau ;
- sa contestation de la redevance domaniale notifiée le 7 janvier 2021 est à l'origine de la procédure de contravention de grande voirie ;
- l'occupation du domaine public qui lui est reprochée n'excède pas le droit d'usage reconnu à tous car le navire qui s'apparente à un accessoire de plage n'est pas accroché en continu au système de va-et-vient.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 28 octobre 2021 ;
- la notification du procès-verbal de contravention de grande voirie portant citation à comparaître, dont M. B a accusé réception le 11 janvier 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet du Morbihan défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. B, pour avoir installé sur le domaine public maritime un dispositif de va-et-vient permettant la mise à l'eau d'une annexe et pour y avoir laissé amarrée l'annexe du navire " E " entre 2017 et 2021 au lieudit de la Point du Blair sur la commune de Baden.
2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. (). ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. ". Ces dispositions définissent les infractions propres au domaine public maritime naturel dont la constatation justifie que les autorités chargées de la conservation de ce domaine engagent, après avoir cité le contrevenant à comparaître, des poursuites conformément à la procédure de contravention de grande voirie prévue par les articles L. 774-1 à L. 774-13 du code de justice administrative. Dans le cadre de cette procédure, le contrevenant peut être condamné par le juge, au titre de l'action publique, à une sanction pénale consistant en une amende ainsi que, au titre de l'action domaniale et à la demande de l'administration, à remettre lui-même les lieux en état en procédant à la destruction des ouvrages construits ou maintenus illégalement sur la dépendance domaniale ou à l'enlèvement des installations. Si le contrevenant n'exécute pas les travaux dans le délai prévu par le jugement, l'administration peut y faire procéder d'office, si la loi le prévoit ou si le juge l'a autorisée à le faire. La personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est, soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention.
Sur la régularité de la procédure de contravention de grande voirie :
3. Aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal () ".
4. M. B fait valoir que le procès-verbal dressé le 28 octobre 2021 ne lui a été communiqué que le 11 janvier 2022. Toutefois, le respect du délai de dix jours imparti par les dispositions précitées n'est pas prescrit à peine de nullité dès lors qu'il n'est pas porté atteinte aux droits de la défense. En l'espèce, M. B a pu faire valoir ses observations en disposant d'un délai de plus de 15 jours pour produire ses observations en défense. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie serait irrégulière ni, en tout état de cause, à demander que le procès-verbal de contravention de grande voirie soit " annulé " du fait de cette irrégularité.
Sur l'action répressive :
5. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques dispose que : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. (). ". Aux termes de l'article
131-13 du code pénal : " () Le montant de l'amende est le suivant : () / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit. ".
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le 28 octobre 2021, la technicienne supérieure en chef de l'unité " Vannes littoral " de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan a constaté par procès-verbal, sur le domaine public maritime et au lieudit de la Pointe du Blair, la présence d'une annexe de navire dénommée " E " attachée à un dispositif de va-et-vient, lui-même installé sur le domaine public maritime, appartenant à M. B. Des courriers de mise en demeure été adressés à ce dernier, les 20 janvier 2017 et 11 décembre 2020. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été établi le 28 octobre 2021 et notifié le 11 janvier 2022 à M. B. Le stationnement sans autorisation d'un navire sur le domaine public maritime, ainsi que l'installation d'un dispositif de mise à l'eau, constitue une infraction aux dispositions précitées du code général de la propriété des personnes publiques, qui est constitutive d'une contravention de grande voirie.
7. Si M. B fait valoir que son navire ne stationne que de façon temporaire et occasionnelle sur le domaine public pour les besoins de la mise à l'eau, notamment pendant les vacances durant lesquelles il est utilisé, et qu'il est déposé sur le sol de sa propriété quand il n'en a plus l'usage, et n'excède pas ainsi l'usage du domaine public qui est autorisé à tous, toutefois, il ressort des constats effectués par les agents de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan, les 9 et 24 août 2016, 4 août 2017, 23 août 2018, 10 juillet et 31 juillet 2019, 3 juin, 18 juin, 9 juillet et 17 août 2020, et 8 juillet et 28 juillet 2021, que d'une part, la présence du navire amarré sur le domaine public maritime a été constatée à ces dates, et que d'autre part l'installation d'un dispositif de va-et-vient sur le domaine public ne peut, en tout état de cause, être qualifiée d'occupation précaire et occasionnelle, et revêt le caractère d'une infraction. La circonstance qu'un litige relatif au versement de la redevance domaniale oppose M. B aux services de l'Etat est par ailleurs sans incidence sur l'appréciation du caractère infractionnel de l'installation litigieuse et de l'occupation par le navire du domaine public. Par suite, et compte tenu de ce que M. B n'a pas déféré aux mises en demeure précédant le procès-verbal de contravention de grande voirie du 28 octobre 2021, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner M. B au paiement d'une amende de 1 500 euros.
Sur l'action domaniale :
8. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a de condamner M. B à procéder, s'il ne l'a pas déjà fait, à l'enlèvement de son embarcation et du dispositif de va-et-vient qui lui sert de mise à l'eau et d'amarrage, au plus tard dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. A l'expiration de ce délai, l'administration sera autorisée à procéder d'office à ces opérations aux frais et risques du contrevenant.
Sur les frais liés au litige :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est condamné à payer une amende de 1 500 euros.
Article 2 : M. B devra procéder, s'il ne l'a déjà fait, à l'enlèvement de son embarcation et du dispositif de va-et-vient du domaine public maritime, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'administration sera autorisée, passé le délai mentionné à l'article 2, à procéder d'office aux opérations mentionnées au même article aux frais et risques de M. B.
Article 4 : Les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation du procès-verbal de contravention de grande voirie sont rejetées.
Article 5 : Les conclusions présentées par M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera adressé au préfet du Morbihan pour notification à
M. A B dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Copie du présent jugement sera adressée, pour recouvrement de l'amende, au directeur régional des finances publiques de Bretagne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.
La magistrate désignée,
signé
F. C La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026