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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200573

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200573

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200573
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantBLUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er février 2022, 8 mars 2023 et 27 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Bluteau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Morbihan a confirmé la créance de prime d'activité d'un montant de 1 744,17 euros mise à sa charge pour la période comprise entre le 1er juillet 2019 et le 31 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre à la CAF du Morbihan de lui restituer cette somme qu'elle a dû rembourser ;

3°) de condamner la CAF du Morbihan à lui verser la somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de la CAF du Morbihan la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision du 21 avril 2021 par laquelle la CAF lui a notifié cette créance n'est pas motivée et ne comporte aucune mention relative aux voies et délais de recours ;

- elle n'est par ailleurs pas signée ;

- elle est de surcroît entachée d'incompétence ;

- l'indu en litige n'est en tout état de cause pas fondé dès lors :

* qu'elle n'a jamais perçu la pension figurant sur son avis 2020 d'imposition de ses revenus de l'année 2019 qui n'a été perçue que par sa mère ;

* que cette somme n'a pas été versée au titre d'une pension alimentaire ni d'aucun autre revenu de remplacement au sens des dispositions applicables du code de la sécurité sociale mais provient d'une rente d'éducation qui n'a pas à être prise en compte dans l'appréciation de ses revenus au titre de la prime d'activité.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 février 2023 et 19 avril 2023, la CAF du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme A dès lors qu'elle a fait droit à la demande l'intéressée en ne tenant pas compte de la pension figurant sur son avis d'imposition 2020 pour une somme de 3 080 euros et a retiré les décisions en dates des 21 avril 2021 et 7 décembre 2021 ;

- la demande indemnitaire de la requérante est irrecevable faute d'avoir fait l'objet, préalablement au présent litige, à une demande que Mme A lui aurait adressée en ce sens ; au surplus, la requérante n'avait jusqu'alors pas produit de document suffisamment probant à l'appui de sa demande ; cette régularisation intervenue en cours d'instance résulte donc de ce que la requérante n'a produit que tardivement, le 28 février 2023, les éléments requis.

Les parties ont été régulièrement informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'offices tirés :

* de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale d'indu en date du 21 avril 2021 à laquelle s'est substituée la décision du 7 décembre 2021 de la commission de recours amiable de la CAF du Morbihan prise sur le recours préalable obligatoire de la requérante ;

* de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme A au titre du préjudice moral en l'absence de décision préalable requise par l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code civil ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- les observations de Me Haden, substituant Me Bluteau, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande l'annulation de la décision du 7 décembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Morbihan a confirmé la créance de prime d'activité d'un montant de 1 744,17 euros mise à sa charge pour la période comprise entre le 1er juillet 2019 et le 31 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Dès lors, la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale, et elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Par suite, les moyens soulevés par Mme A à l'encontre de la décision du 21 avril 2021 par laquelle la CAF du Morbihan lui a notifié la créance en litige sont irrecevables et doivent être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre :/ 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () ". Aux termes de l'article R. 843-1 du même code : " I.-Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes calculées conformément à l'article L. 842-3 pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / () / III.-Pour chacun des trois mois mentionnés au I, les ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont celles perçues au cours du mois considéré. Toutefois, les revenus imposables mentionnés au 5° de l'article L. 842-4 pris en compte sont égaux au douzième de ceux de l'avant-dernière année civile précédant celle du mois étudié ". Aux termes de l'article R. 844-1 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; / 2° Les revenus tirés de stages de formation professionnelle ; / 3° La rémunération perçue dans le cadre d'un volontariat dans les armées () ; / 4° L'aide légale ou conventionnelle aux salariés en chômage partiel ; / 5° Les indemnités perçues à l'occasion des congés légaux de maternité, de paternité ou d'adoption ; / 6° Les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires () / 7° La rémunération garantie perçue par les travailleurs handicapés () ; / 8° La rémunération perçue dans le cadre d'une action ayant pour objet l'adaptation à la vie active () ; / 9° (Abrogé) / 10° Les sommes perçues au titre de leur participation à un travail destiné à leur insertion sociale () ". Aux termes de l'article R. 844-2 du même code : " Ont le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4 : / 1° Les avantages de vieillesse ou d'invalidité () ; / 2° Les allocations versées aux travailleurs privés d'emploi () ; / 3° Les allocations de cessation anticipée d'activité () ; / 4° Les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires, perçues au-delà de trois mois après l'arrêt de travail en cas d'incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail, d'accident du travail ou de maladie professionnelle ; / 5° La prestation compensatoire mentionnée à l'article 270 du code civil ; / 6° Les pensions alimentaires ou rentes fixées sur le fondement des articles 205,212,276 et 371-2 du code civil ; / 7° Les rentes allouées aux victimes d'accidents du travail et de maladies professionnelles () ".

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur, et enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la créance de prime d'activité en litige trouve son origine dans la prise en compte par la CAF, au titre des ressources 2019 de Mme A, de la somme de 3 080 euros figurant sur son avis d'imposition 2020 dans la rubrique " pensions, retraites, rentes ", et affectée à part égale dans les ressources de l'intéressée pour chaque mois de l'année 2019 à hauteur de 256,66 euros. L'instruction révèle toutefois que cette pension correspond à une rente d'éducation temporaire due à la suite du décès du père de Mme A, rente qui n'entre pas dans la catégorie des revenus professionnels au sens des dispositions des articles L. 842-4 et R. 844-1 du code de la sécurité sociale, et qui ne saurait par ailleurs être assimilée, contrairement à ce que soutient la CAF en défense, à l'une des " pensions alimentaires ou rentes " prévues par le 6° de l'article R. 844-2 précité, lequel renvoi expressément aux dispositions des articles 205, 212, 276 et 371-2 du code civil relatifs respectivement aux obligations alimentaires incombant aux enfants à l'égard de leurs père, mère ou autres ascendant, aux devoirs incombant mutuellement aux époux, à la prestation compensatoire susceptible d'être fixée par le juge sous forme de rente viagère en cas de divorce des époux, et à l'obligation d'entretien et d'éducation incombant aux parents envers leur enfant. En revanche, une telle pension doit être regardée comme étant susceptible d'appartenir à la catégorie des " autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu " prévue par les dispositions précitées de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale. Ces autres revenus sont, au titre de la prime d'activité en application des dispositions précitées de l'article R. 843-1 du même code, égaux au douzième de ceux de l'avant-dernière année civile précédant celle du mois étudié, en l'espèce, s'agissant des droits de la requérante de l'année 2019, la rente d'éducation susceptible d'avoir été perçue en 2017, à supposer de surcroît que cette rente soit imposable en vertu des dispositions applicables du code général des impôts. Dès lors, en tenant compte, dans la détermination des droits de la requérante à la prime d'activité au titre des années 2019 et 2020, de la somme de 3 080 euros figurant sur son avis d'imposition 2020, la CAF du Morbihan a commis une erreur de droit.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que la CAF du Morbihan a finalement fait droit à la demande Mme A, exclu la pension figurant sur son avis d'imposition 2020 et annulé en conséquence, par une décision du 18 avril 2023 intervenue en cours d'instance, la décision en litige. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation sont devenues sans objet et qu'il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La CAF soutient en défense et il ressort par ailleurs de la décision précitée du 18 avril 2023 qu'en conséquence du retrait de la décision en litige la somme de 611,34 euros sera prochainement reversée à Mme A, laquelle correspond au rappel de prime d'activité qui lui est due pour un montant de 2 053,83 euros à la suite de la régularisation de sa situation et de l'annulation de l'indu initialement mis à sa charge diminué d'une dette de prime d'activité dont est redevable l'intéressée. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de condamnation de la CAF :

9. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

10. En l'espèce, si Mme A demande au tribunal de condamner la CAF du Morbihan à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle aurait subi, elle ne justifie toutefois pas avoir saisi la CAF d'une telle demande préalablement à l'introduction de sa requête. Par suite, de telles conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide () ".

12. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CAF du Morbihan la somme de 1 000 euros à verser à Me Bluteau, sous réserve que celle-ci renonce à l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin d'annulation et d'injonction.

Article 2 : La caisse d'allocations familiales du Morbihan versera la somme de 1 000 euros à Me Bluteau en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à Me Bluteau.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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