mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200604 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | BLUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2022, M. A D B, représenté par Me Bluteau, demande au tribunal :
1°) de condamner la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine à lui verser son droit à l'aide personnalisée au logement à compter du mois de juin 2020 ;
2°) de condamner la CAF d'Ille-et-Vilaine à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dommages et intérêts ;
3°) de mettre à la charge de la CAF d'Ille-et-Vilaine la somme de 1 500 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il était éligible à l'aide personnalisée au logement dès lors qu'il louait un bien à Montfort-sur-Meu ;
- sa situation pécuniaire est extrêmement précaire et cette situation l'a fait générer de nombreuses angoisses ;
- la suspension sur son APL est infondée ce qui l'a rendu inquiet pour le paiement de ses factures ;
- son préjudice s'élève à une somme de 2 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023 la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine, représentée par sa directrice, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire au rejet de la requête comme non fondée.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable pour défaut de demande préalable conformément à l'article
R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- la demande de M. B est infondée dès lors que son dossier a été régularisé à compter de juin 2020 et que les retenues sur ses prestations résultent d'une dette dont il était redevable auprès de la CAF ;
- M. B n'a pas subi de dommage dès lors qu'il a continuellement perçu l'APL ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- et les observations de Mme C représentant la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B bénéficiait d'un droit à l'aide personnalisée au logement (APL) versée par la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine depuis octobre 2012. Par une déclaration du 16 octobre 2019 M. B a indiqué être séparé de fait de sa compagne depuis le 7 juin 2019. A la suite d'une seconde déclaration du 29 juin 2020 par laquelle il a déclaré avoir repris une vie commune avec sa conjointe depuis le 2 juin 2020 et résider au 1 impasse des Métairies à Monfort-sur-Meu, la CAF d'Ille-et-Vilaine a cessé de lui verser l'APL et a regroupé son dossier avec celui de sa conjointe. M. B, par une nouvelle déclaration du
25 novembre 2020, a indiqué être à nouveau séparé de sa conjointe et réintégré son logement initial. La CAF a, en avril 2021, régularisé le dossier de M. B en lui versant la somme de 566,84 euros après déduction des retenues sur prestations. Par une lettre en date du
29 septembre 2021 M. B a sollicité de la CAF la régularisation de son dossier en procédant au reversement de son APL. Par une lettre en date du 16 novembre 2021 la directrice de la CAF d'Ille-et-Vilaine a indiqué que la situation de M. B a été régularisée pour la période de juin 2020 à mars 2021 et que les paiements des APL sont réguliers déduction faite des retenues sur prestations. Par la présente requête M. B demande le paiement des sommes qu'il estime avoir droit au titre de l'aide personnalisée au logement à compter du mois de juin 2020.
Sur la demande d'aide personnalisée au logement :
2. Il résulte des pièces produites en défense que la CAF d'Ille-et-Vilaine a, à la suite des déclarations de M. B, radié son dossier afin de le faire fusionner avec celui de sa compagne, avec laquelle il déclarait avoir repris une vie commune, afin d'y instituer un seul dossier pour le couple. Lorsque M. B a, le 25 novembre 2020, une nouvelle fois indiqué son changement de situation et établi qu'il avait réintégré son logement initial, la CAF d'Ille-et-Vilaine a, le 7 avril 2021, régularisé son dossier en lui versant la somme de 566,84 euros après déduction des retenues sur prestations au titre de la période de juin à décembre 2020. Par ailleurs, et en tout état de cause, M. B doit être regardé comme ayant bénéficié des APL au même titre que sa compagne lorsqu'il résidait chez elle ainsi qu'il a été démontré par la capture d'écran du logiciel comptable de la CAF produit en défense.
3. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment de la lettre de mise en demeure du 2 mars 2021 que M. B était redevable d'un montant de 660 euros au titre d'un indu d'allocation d'adultes handicapés et de son prêt contracté avec le CAF le 16 octobre 2017. Ainsi, la CAF d'Ille-et-Vilaine établit par ses productions que les retenues sur prestations résultent de la circonstance que M. B était redevable de sommes auprès de la CAF au titre de son contrat de prêt. Ainsi la CAF d'Ille et-Vilaine pouvait à bon droit procéder à des retenues sur les prestations de M. B pour le remboursement de sa créance.
4. Enfin, compte tenu de ces circonstances, M. B a bénéficié de l'APL durant la période en litige et son dossier s'est vu régulariser dès le 7 avril 2021 soit antérieurement à la saisine du tribunal intervenue le 2 février 2022.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'octroi de l'APL à compter du mois de juin 2020 doivent être regardées comme dépourvues d'objet avant l'introduction de sa requête, et donc irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B, par le biais de son conseil, a formé une demande à la CAF tendant à l'octroi du bénéfice de l'APL. Toutefois, cette demande ne faisait pas mention d'une indemnisation d'un quelconque préjudice que la CAF devrait réparer en raison de la prétendue absence de versement des APL à M. B. Par suite, M. B ne justifie toutefois pas avoir saisi la CAF d'une telle demande préalablement à l'introduction de sa requête. Par suite, de telles conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la CAF d'Ille-et-Vilaine qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B et son conseil la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est irrecevable et doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
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01/06/2026