mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200660 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | Cabinet Gwenvaël Couhault |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Holding M, représentée par Me Couhault, demande au tribunal :
1°) de lui accorder la décharge ou, à titre subsidiaire, la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires est radicalement viciée dès lors que les chiffres qu'elle a déclarés aboutissaient, pour chacun des exercices en litige, à une marge commerciale inférieure à la moyenne des marges commerciales de son secteur d'activité et que la reconstitution aboutit à constater des marges commerciales supérieures à cette moyenne ;
- elle présentera des observations contestant les montants des pertes et offerts retenus par le vérificateur ;
- si elle rencontre des difficultés probatoires, il n'existe guère de volonté délibérée d'éluder l'impôt de sa part ; par suite, l'application de la majoration pour manquement délibéré n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SARL Holding M n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Holding M est la société mère d'un groupe fiscalement intégré, comprenant notamment la société par actions simplifiée (SAS) Le Majestic, qui exploite une discothèque à Quimper. Cette dernière société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017. Une première proposition de rectification du 19 décembre 2018, lui a été notifiée en cours de contrôle, au titre de l'exercice clos le 30 juin 2015. Une seconde proposition de rectification couvrant le reste de la période vérifiée lui a été notifiée le 27 février 2019, soit à l'issue du contrôle. L'ensemble des rectifications a été notifié selon la procédure contradictoire. Au titre de l'ensemble de la période vérifiée, le vérificateur a rejeté la comptabilité présentée, notamment pour défaut de conservation et de présentation de pièces comptables et de justificatifs et après avoir relevé des incohérences et des anomalies, puis a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de l'entreprise et tiré les conséquences fiscales de cette reconstitution aboutissant à des chiffres d'affaires et des résultats imposables supérieurs à ceux déclarés par la société. La SAS Le Majestic a présenté, les 20 février 2019 et 9 mai 2019, des observations contestant les rectifications notifiées respectivement les 19 décembre 2018 et 27 février 2019. Le service a répondu les 29 avril 2019 et 25 juin 2019 en tenant compte d'une partie de ces observations et en réduisant en conséquence les chiffres d'affaires reconstitués et, par suite, les conséquences fiscales des rectifications. La société a sollicité une entrevue avec le supérieur hiérarchique du vérificateur, à l'issue de laquelle les rectifications ont été une fois encore réduites en raison d'une majoration des offerts et de la consommation du personnel. Au terme d'une entrevue, qui s'est déroulée le 12 décembre 2019, l'interlocuteur départemental a confirmé les rectifications issues du recours hiérarchique. Après la mise en recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés procédant de ce contrôle, la SAS Le Majestic, redevable de ces impositions, a formé une réclamation le 10 mars 2021, les contestant en totalité. Par une décision du 11 janvier 2022, l'administration a rejeté cette réclamation. Dans le cadre de la présente instance, la SARL Holding M réitère sa contestation du bien-fondé des rappels d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre des années 2015 à 2017.
Sur les conclusions en décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
2. La SARL Holding M ne conteste pas que la SAS Le Majestic, dont la comptabilité était informatisée, n'a pas conservé l'intégralité des données informatiques sur lesquelles l'administration peut exercer son contrôle, le bien-fondé du procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité du 11 décembre 2018 constatant ce manquement, les autres manquements, incohérences et anomalies relevés dans les deux propositions de rectification, ainsi que le caractère irrégulier et non probant de la comptabilité de la SAS Le Majestic en résultant. La société requérante ne remet pas ainsi en cause le principe même de la reconstitution de chiffre d'affaires opérée par le vérificateur pour la totalité de la période vérifiée, mais uniquement la méthode utilisée.
3. Les rectifications ont été notifiées selon la procédure contradictoire. Il est constant que la SAS Le Majestic les a contestées en temps utile. La commission des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires n'ayant pas été saisie et la SAS Le Majestic ne pouvant pas être regardée comme dépourvue de comptabilité, les dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales ne sont pas applicables. Dès lors, la charge de la preuve du bien-fondé des impositions en litige incombe à l'administration.
4. Le vérificateur a reconstitué le chiffre d'affaires de la SAS Le Majestic selon la méthode des achats revendus après avoir dépouillé l'ensemble des factures d'achat, en tenant compte des doses servies et notamment des ventes au verre ou à la bouteille, des tarifs pratiqués, des stocks d'entrée et de sortie de chacun des exercices, ainsi que des tarifs d'entrée de la discothèque et de l'existence de boissons comprises dans ce prix d'entrée. Le vérificateur a également reconstitué le chiffre d'affaires réalisé par le vestiaire et par la vente de sandwiches. La SAS Le Majestic ayant justifié, en cours de procédure d'imposition, un volume d'offerts et de boissons consommées par le personnel de l'établissement, les achats correspondants ont été extournés de la reconstitution. Cette méthode de reconstitution, qui repose sur les données collectées au sein de l'entreprise lors du contrôle, n'apparaît pas, dans son principe, inadaptée à l'activité de la SAS Le Majestic, mais est, au contraire, couramment et valablement utilisée pour reconstituer le chiffre d'affaires de ce type d'établissement. Par suite, l'administration a pu régulièrement en faire application en l'espèce.
5. La SARL Holding M fait valoir que la méthode mise en œuvre par l'administration est radicalement viciée dès lors que la moyenne de la marge commerciale du secteur d'activité de sa filiale serait de 82,87 %, que les marges commerciales résultant de ses résultats déclarés, seraient de 81,69 % pour l'exercice clos en 2015, 80,96 % pour l'exercice clos en 2016 et de 80,41 % pour l'exercice clos en 2017 et que les rectifications porteraient sa marge à 85,33 % (2015), 86,15 % (2016) et 86,10% (2017). Or, elle n'identifie pas l'origine du taux de 82,87 % dont elle se prévaut, ni la période à laquelle il se rapporterait. Il s'agit, par ailleurs, d'une moyenne obtenue à partir de taux de marge différents, s'en écartant nécessairement. De plus, les taux de marge résultant des rectifications dont la société requérante fait état sont les mêmes que ceux que la SAS Le Majestic invoquait en réponse aux propositions de rectification et ne correspondent donc pas à ceux procédant des résultats imposés déterminés après le recours hiérarchique et confirmés par l'interlocuteur départemental, qui sont inférieurs à ceux ressortant des rectifications notifiées. Par suite, la SARL Holding M n'est pas fondée à soutenir que la méthode appliquée par le service aboutit à lui attribuer des chiffres d'affaires disproportionnés par rapport à ceux qu'elle pouvait réaliser au regard de ses conditions d'exploitation.
6. Si la SARL Holding M soutient aussi, dans sa requête, comme elle l'a fait précédemment dans sa réclamation du 10 mars 2021, que les pertes, les offerts et la consommation du personnel ont été sous-évalués et qu'elle le démontrera dans un mémoire complémentaire, elle n'a depuis produit aucun élément au soutien de ce moyen qui ne peut, à défaut de toute argumentation venant à son appui, qu'être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration doit être regardée comme justifiant les résultats reconstitués sur la base desquels ont été établis les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à la charge de la SARL Holding M au titre des années 2015 à 2017 et, par suite, comme établissant le bien-fondé de ces impositions.
Sur les conclusions en décharge des majorations pour manquement délibéré :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
9. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance délibérée par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le caractère délibéré du manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
10. Afin de justifier, ainsi que cela lui incombe, l'application de ces majorations aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la SARL Holding M au titre des années 2015 à 2017, l'administration fait valoir que la vérification de comptabilité a permis de constater que la SAS Le Majestic n'avait conservé aucun justificatif des recettes réalisées au titre des vestiaires et de la restauration rapide, que seule une partie des données d'encaissement collectées par les caisses enregistreuses utilisées durant la période vérifiée avait été conservée sous forme dématérialisée, que les bandes " papier " de ces caisses enregistreuses n'avaient pas été conservées, seuls des tickets Z de clôture journalière ventilant les recettes de la journée par mode de règlement ayant pu être produits, et que l'analyse des inventaires a fait ressortir des achats revendus négatifs sur l'ensemble de la période vérifiée. L'administration invoque également et à titre principal les écarts constatés entre les chiffres d'affaires reconstitués et les chiffres d'affaires ressortant des déclarations déposées au titre de l'impôt sur les sociétés. Toutefois, si ces derniers écarts sont substantiels s'agissant des exercices clos en 2016 et 2017, puisqu'ils atteignent respectivement 18,31 % et 21,52 %, celui de l'exercice clos le 30 juin 2015 n'est que de 3,90 %. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'administration doit être regardée comme établissant l'intention d'éluder l'impôt et donc l'existence de manquements délibérés justifiant l'application de la majoration de 40 % uniquement aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés des années 2016 et 2017. Par suite, la SARL Holding M. est fondée à demander la décharge de cette majoration en tant qu'elle a été appliquée à la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés de l'année 2015.
Sur les frais d'instance :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de la SARL Holding M présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'État ne pouvant être regardé comme étant la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La SARL Holding M est déchargée de la majoration de 40 % pour manquement délibéré dont a été assortie la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'année 2015.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Holding M est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Holding M et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026