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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200688

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200688

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200688
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BRETLIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2022, M. et Mme B A, représentés par Me Peters, demandent au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2008 à 2013, d'un montant total de 90 643 euros, dont 65 253 euros en droits et 25 390 euros en pénalités.

Ils soutiennent que :

- l'administration a procédé à une substitution de base légale au stade de la décision d'admission partielle de leur réclamation sans que la procédure correspondant au nouveau fondement légal ait été respectée ; il existe un chevauchement des procédures d'imposition entre celle à l'origine des impositions en litige et celle qui a donné lieu à l'envoi d'une proposition de rectification du 13 décembre 2016 au titre des revenus professionnels de 2013 et, par conséquent, la reprise opérée par la proposition de rectification du 9 juillet 2018 est contestée ; ils contestent la remise en cause de l'article 81 A du code général des impôts et le raisonnement reposant sur l'article 155 A du code général des impôts pour les motifs exposés dans la réponse du 24 janvier 2017 ; la référence à l'article 155 A du code général des impôts est sans rapport avec l'activité salariée de pilote d'hélicoptère ; les conditions d'application de l'article 81 A du code général des impôts pesant sur l'entreprise Ofsets limited établie à Chypre, membre de l'Union européenne ont été respectées, peu importe que la rémunération ait été versée en France ou à l'étranger (BOI-RSA-GEO-10-10 n° 120) ; l'ensemble des conditions d'application de l'article 81 A du code général des impôts est rempli ; la substitution de base légale heurte le principe de sécurité juridique et de confiance légitime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions présentées au titre des années 2008 à 2912 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme A n'est fondé et que M. A n'a pas travaillé plus de 183 jours à l'étranger en 2013.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'administration a adressé à M. et Mme A, le 13 décembre 2016, une proposition de rectification les informant, selon la procédure contradictoire, de la remise en cause au titre de l'année 2013 de l'application des dispositions de l'article 81 A du code général des impôts, aux rémunérations déclarées et perçues par M. A dans le cadre de l'exercice, à l'étranger et sur des sites de prospection ou d'extraction d'hydrocarbures, de sa profession de pilote d'hélicoptère, et de l'imposition de ces revenus déclarés, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, après application des dispositions de l'article 155 A du code général des impôts. M. et Mme A ont également été informés de l'engagement d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2014 et 2015 et M. A a été mis en demeure de produire des déclarations de bénéfices non commerciaux au titre de ces deux années. À l'issue de ce contrôle, l'administration a adressé à M. et Mme A, le 28 juin 2017, une proposition de rectification les informant, au titre des années 2014 et 2015, toujours selon la procédure contradictoire, de rectifications identiques à celles notifiées en 2016. Les intéressés ont formulé des observations dans le délai légal, auxquelles l'administration a répondu en maintenant les rectifications. Après la mise en recouvrement des impositions supplémentaires procédant de ces rectifications, M et Mme A ont formé une réclamation, qui a été rejetée implicitement par l'administration. Par un jugement n° 1900841 du 10 février 2021 le tribunal a prononcé la décharge des impositions supplémentaires procédant, au titre des années 2013 à 2015, de la remise en cause de l'application de l'article 81 A du code général des impôts, en relevant que l'administration avait écarté l'application des dispositions de cet article au seul motif, erroné, que les rémunérations perçues par M. A devaient être regardées comme des bénéfices non commerciaux et non pas comme des salaires. M. et Mme A ont également fait l'objet, à compter du 24 novembre 2017, d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2007 à 2013, limité au contrôle des comptes qu'ils détenaient à l'étranger. A l'issue de ce nouveau contrôle, l'administration leur a adressé, le 9 juillet 2018, une proposition de rectification les informant, selon la procédure de rectification contradictoire, de son intention de soumettre à l'impôt sur le revenu, au titre des années 2008 à 2013 et dans la catégorie des bénéfices non commerciaux les revenus provenant de l'activité de pilote d'hélicoptère de M. A, qui avaient été versés sur deux comptes en banque occultes ouverts à Jersey et qui n'avaient pas été déclarés. M. et Mme A ont présenté des observations contestant ces rectifications le 12 septembre 2018. L'administration a confirmé sa position dans une réponse du 23 octobre 2018. Les contribuables ont formé une réclamation le 14 juin 2021 en invoquant le jugement du 10 février 2021 qualifiant de salaires les rémunérations perçues par M. A au titre des années 2013 à 2015. Par une décision du 9 décembre 2021, l'administration a admis partiellement cette réclamation, mais a procédé à une substitution de base légale, en imposant désormais les sommes en cause dans la catégorie des traitements et salaires, et a refusé de faire application de l'exonération prévue à l'article 81 A du code général des impôts. Par la requête visée ci-dessus, M. et Mme A contestent les impositions maintenues à leur charge par cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 2 mai 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine a accordé à M. et Mme A le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2008 à 2012, ainsi que des pénalités correspondantes. Les conclusions de leur requête sont désormais dépourvues d'objet s'agissant des impositions et pénalités ainsi dégrevées. Seule la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, établie au titre de l'année 2013, reste en litige.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 50 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'elle a procédé à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'un contribuable au regard de l'impôt sur le revenu, l'administration des impôts ne peut plus procéder à des rectifications pour la même période et pour le même impôt, à moins que le contribuable ne lui ait fourni des éléments incomplets ou inexacts ou que l'administration n'ait dressé un procès-verbal de flagrance fiscale dans les conditions prévues à l'article L. 16-0 BA, au titre d'une période postérieure. Il est fait exception à cette règle dans les cas prévus aux articles L. 188 A et L. 188 B. ".

4. À supposer que M. et Mme A, qui font valoir l'existence d'un " chevauchement " entre la période couverte par l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle dont ils ont fait l'objet à compter du 24 novembre 2017 et les années au titre desquelles l'administration leur avait déjà réclamé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assises sur les revenus d'activité de M. A, dont ils ont été déchargés par le jugement du 10 février 2021, aient entendu invoquer au titre de l'année 2013, correspondant à ce " chevauchement ", la méconnaissance des dispositions de l'article L. 50 du livre des procédures fiscales citées ci-dessus, il résulte de l'instruction que la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise en recouvrement le 31 décembre 2017 au titre de l'année 2013 procédait d'un contrôle sur pièces et non d'une examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. et Mme A. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

5. En premier lieu, l'administration est en droit à tout moment de la procédure contentieuse, pour justifier le bien-fondé d'une imposition, de substituer une base légale à celle qui a été primitivement invoquée par elle, dès lors que cette substitution peut être faite sans méconnaître les règles de la procédure d'imposition. En l'espèce, l'administration a pu, au stade de la décision d'admission partielle du 9 décembre 2021, substituer aux dispositions des articles 155 A, 92 et 93 du code général des impôts, celles de ses articles 12, 13 et 79, dès lors, qu'opérée alors que l'administration avait mis en œuvre la procédure de rectification contradictoire, elle n'a privé M. et Mme A d'aucune des garanties tirées des règles de la procédure d'imposition.

6. En deuxième lieu, si M. et Mme A font valoir que la substitution de base légale à laquelle il a été procédé dans la décision du 9 décembre 2021 méconnaît les principes de sécurité juridique et de confiance légitime, ils n'assortissent ce moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé. En tout état de cause, cette décision ne méconnaît pas l'autorité relative de la chose jugée par le jugement définitif du 10 février 2021, dès lors que l'imposition en litige a été maintenue par l'administration pour un motif autre que celui censuré par le jugement définitif du 10 février 2021 et est, par ailleurs, assise sur des revenus différents de ceux ayant servi de base à l'imposition, établie au titre de l'année 2013, dont M. et Mme A ont été déchargés par ce jugement.

7. En troisième lieu, l'article 155 A du code général des impôts ne fondant plus l'imposition en litige, le moyen tiré de sa méconnaissance est inopérant et ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 81 A du code général des impôts : " I. - Les personnes domiciliées en France au sens de l'article 4 B qui exercent une activité salariée et sont envoyées par un employeur dans un État autre que la France et que celui du lieu d'établissement de cet employeur peuvent bénéficier d'une exonération d'impôt sur le revenu à raison des salaires perçus en rémunération de l'activité exercée dans l'État où elles sont envoyées. / L'employeur doit être établi en France ou dans un autre État membre de l'Union européenne, ou dans un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales. / L'exonération d'impôt sur le revenu mentionnée au premier alinéa est accordée si les personnes justifient remplir l'une des conditions suivantes : / 1° Avoir été effectivement soumises, sur les rémunérations en cause, à un impôt sur le revenu dans l'État où s'exerce leur activité et sous réserve que cet impôt soit au moins égal aux deux tiers de celui qu'elles auraient à supporter en France sur la même base d'imposition ; / 2° Avoir exercé l'activité salariée dans les conditions mentionnées aux premier et deuxième alinéas : / - soit pendant une durée supérieure à cent quatre-vingt-trois jours au cours d'une période de douze mois consécutifs lorsqu'elle se rapporte aux domaines suivants :/ a) Chantiers de construction ou de montage, installation d'ensembles industriels, leur mise en route, leur exploitation et l'ingénierie y afférente ; / b) Recherche ou extraction de ressources naturelles ; / c) Navigation à bord de navires immatriculés au registre international français, / - soit pendant une durée supérieure à cent vingt jours au cours d'une période de douze mois consécutifs lorsqu'elle se rapporte à des activités de prospection commerciale. / () ".

9. M. et Mme A soutiennent remplir l'ensemble des conditions permettant de bénéficier de l'exonération prévue à l'article 81 A du code général des impôts et font notamment valoir que M. A a exercé, en 2013, son activité salariée de pilote d'hélicoptère, au Congo, dans le domaine de la recherche ou de l'extraction de ressources naturelles pendant une durée supérieure à cent quatre-vingt-trois jours au cours d'une période de douze mois consécutifs. Il résulte toutefois de l'instruction que les requérants n'ont pas produit les ordres de missions relatifs à l'année 2013, qui auraient permis de vérifier le respect, par M. A, de la condition tenant à la durée de l'activité salariée exercée dans un État autre que la France et que celui du lieu d'établissement de son employeur. Or, l'administration soutient que le décompte de sa rémunération fait ressortir une durée d'exercice de cette activité de 129 jours en 2013. S'il ressort du détail du décompte des rémunérations qui figure en annexe I à la proposition de rectification du 9 juillet 2018, que le nombre de jours travaillés au Congo en 2013 s'élève exactement à 174, rien ne justifiant que les jours travaillés en 2013, antérieurement à la conclusions d'un nouveau contrat de travail, le 10 avril 2013, soient écartés, ce total reste toutefois inférieur à 183 jours et n'est pas valablement remis en cause par M. et Mme A qui ne produisent aucun élément démontrant que M. A aurait travaillé plus de 183 jours à l'étranger en 2013 et ne développent aucune argumentation probante en ce sens. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à revendiquer le bénéfice des dispositions de l'article 81 A du code général des impôts et le surplus des conclusions de leur requête doit être rejeté.

Sur les frais d'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2008 à 2012, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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