jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200749 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LEXCAP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 février 2022 et
15 mai et 15 juillet 2024, la communauté de communes du Pays de Landerneau Daoulas (CCPLD), représentée par Me Lahalle (selarl Lexcap), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prendre acte de son désistement des conclusions à fin de condamnation de la société Atec Ingénierie à lui verser les sommes de 13 000 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre des travaux de remise en état, 14 724,65 euros au titre des frais et honoraires d'expertises judiciaires et 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) de condamner in solidum la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMBATP), M. F C et la société Missenard Quint B à lui verser la somme de 13 000 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête, au titre des travaux de remises en état et qui sera indexée sur la base de variation de l'indice BT01 ;
3°) de dire que les intérêts de la somme due par la SMABTP seront calculés au double de l'intérêt légal à compter de la mise en demeure du 26 mars 2015 ;
4°) de condamner conjointement et solidairement la SMABTP, M. F C, la société Missenard Quint B, ou l'un à défaut de l'autre, à lui verser la somme de 14 724,65 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter des versements effectués par la CCPLD, au titre des frais et honoraires d'expertises judiciaires ;
5°) de dire que les intérêts de ces sommes seront capitalisés conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil ;
6°) de condamner conjointement et solidairement la SMABTP, M. F C, la société Missenard Quint B, ou l'un à défaut de l'autre, à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande à l'encontre de l'assureur dommages-ouvrage, qui n'est pas prescrite, est recevable ;
- les désordres relatifs aux températures excessives dans certains locaux et à l'absence de production d'eau chaude solaire sont de nature à engager la responsabilité de M. C, la société Atec Ingénierie et la société Missenard Quint B sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale et sont couverts par l'assurance de dommages-ouvrage ;
- les préjudices subis consécutivement aux travaux de remise en état s'élèvent à un montant de 13 000 euros TTC au regard de l'expertise judiciaire ;
- la SMABTP est déchue du droit de contester sa garantie par application de l'article L. 242-1 du code des assurances, dès lors qu'elle n'a pas répondu dans les délais qui lui étaient impartis par cet article ;
- les intérêts au taux légal sur le montant des indemnités nécessaires pour réparer les désordres à compter de la première mise en demeure du 26 mars 2015 doivent être doublés en application de l'article L. 242-1 du code des assurances.
Par des mémoires, enregistrés les 28 mars 2023 et 23 mai 2024, la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), représentée par Me Hallouet (selarl Chevallier et Associés), conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête en tant qu'elle demande sa condamnation au titre du désordre relatif au défaut de production d'eau chaude solaire ;
3°) à ce que M. F C, la société Atec Ingénierie et la société Missenard Quint B soient condamnés in solidum à la garantir et à la relever indemne de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre au titre du désordre thermique ainsi qu'au versement de la somme de 10 000 euros en réparation de ce désordre ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que la société Missenard Quint B soit condamnée à la garantir et à la relever indemne de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre au titre du désordre relatif au défaut de production d'eau chaude solaire ainsi qu'au versement de la somme de 3 000 euros au titre de la remise en fonctionnement du chauffe-eau solaire ;
5°) en tout état de cause, au rejet des conclusions tendant à ce qu'elle soit condamnée au paiement du double de l'intérêt légal sur les travaux réparatoires ;
6°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la communauté de communes du Pays de Landerneau Daoulas (CCPLD), ou toute partie succombante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
7°) à ce que les entiers dépens de l'instance, dont les frais d'expertise judiciaire, soient mis à la charge la CCPLD, ou toute partie succombante.
Elle soutient que :
- l'action dirigée à son encontre est prescrite en application de l'article L. 114-1 du code des assurances, dès lors que la saisine du tribunal administratif par la CCPLD le 6 mars 2017 est intervenue plus de deux ans à compter du refus de la SMABTP de prendre en charge les désordres en litige du 22 avril 2014 et que les investigations complémentaires qu'elle a dû menées postérieurement à cette date ne remettent pas en cause cette position de refus ; ce délai est également expiré s'il devait être décompté à partir du 31 juillet 2014, date d'expiration du délai de prolongation de l'assurance dommages-ouvrage selon l'accord conclu le 13 mai 2014 ;
- il n'est pas contesté que le désordre relatif aux températures excessives en période estivale dans certains locaux est de nature décennale et relève du champ de la garantie de l'assurance de dommages-ouvrage selon les clauses-types prévues à l'annexe II de l'article
L. 243-1 du code des assurances ;
- le désordre relatif au défaut de fonctionnement du chauffe-eau solaire a pour origine un défaut d'entretien de cet équipement imputable à la société Missenard Quint B selon le rapport d'expertise judiciaire et n'entre pas dans le champ de la garantie de l'assurance de dommages-ouvrage en application des clauses-types prévues à l'annexe II de l'article L. 243-1 du code des assurances ;
- elle dispose d'un recours subrogatoire à l'encontre de M. F C, la société Atec Ingénierie et la société Missenard Quint B alors même qu'elle n'a pas indemnisé la CCPLD, en application des articles L. 121-12, L. 242-1 et A 243-1 du code des assurances et 1346 du code civil ;
- l'expertise judiciaire indique que le désordre relatif aux températures excessives en période estivale dans certains locaux est intégralement imputable à la société Cap Solaire, à la société Atec Ingénierie, à M. C ainsi qu'à la société Missenard Quint B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, la société Missenard-Quint B, représentée par Me Vingadassalom (selarl Justiciavocat), conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité soit limitée aux proportions retenues par l'expert judiciaire ;
3°) à condamner les parties succombantes à la garantir de toutes condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;
4°) à condamner les parties succombantes aux frais d'expertise judiciaire ;
5°) au rejet des conclusions à fin de capitalisation des intérêts ;
6°) à ce que la somme 3 000 euros soit mise à la charge des parties succombantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
7°) au rejet de l'ensemble des demandes des parties, fins et conclusions contraires.
Elle soutient que :
- le désordre relatif aux températures excessives résultant de la création de la verrière et de son dysfonctionnement ne lui est pas imputable ;
- sa part de responsabilité dans la survenance de ce désordre résultant du dysfonctionnement des systèmes de chauffage et de ventilation retenue par l'expert judiciaire n'est pas établie, dès lors qu'il lui appartenait seulement d'assurer l'entretien de ces installations et non de trouver une solution réparatoire ; le cas échéant, sa part de responsabilité dans la survenance de ce désordre devra être limité au pourcentage retenu par l'expertise judiciaire ;
- les services techniques de la CCPLD ont contribué à la survenance de ce désordre.
La procédure a été communiquée à la selarl architecte DPLG et à la société Atec Ingénierie qui n'ont pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 17 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 septembre 2024.
Par des courriers du 8 octobre 2024, le tribunal a invité, en application de l'article
R. 613-1-1 du code de justice administrative, la CCPLD et la SMABTP à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
Des pièces, produites par la CCPLD, ont été enregistrées le 14 octobre 2024 et communiquées le même jour.
Par un courrier du 9 octobre 2024, le tribunal a invité, en application de l'article
R. 613-1-1 du code de justice administrative, la CCPLD à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
Des pièces, produites par la CCPLD, ont été enregistrées le 15 octobre 2024 et communiquées le même jour.
Vu :
- l'ordonnance n° 1700817 du 23 mai 2017, par laquelle le juge des référés du tribunal a désigné M. E A en qualité d'expert ;
- l'ordonnance n° 1700817 du 28 janvier 2019, par laquelle le juge des référés du tribunal a mis hors de cause la société ATEC et étendu les opérations d'expertise aux sociétés ATEC Ingénierie et 4M Morlaix ;
- l'ordonnance n° 1700817 du 25 novembre 2019 taxant et liquidant les frais de l'expertise de M. A à la somme de 14 724,65 euros toutes taxes comprises ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,
- les observations de Me Lahalle, représentant la communauté de communes du Pays de Landerneau Daoulas,
- et les observations de Me Berkane, représentant la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics.
Considérant ce qui suit :
1. En 2008, la communauté de communes du Pays de Landerneau Daoulas (CCPLD) a décidé d'entreprendre la construction d'une crèche inter-entreprises, dénommée " La Cabane aux bruyères " sur le territoire de Plouédern. Ce projet prévoit d'accueillir 40 enfants de 3 mois à 3 ans. La maîtrise d'œuvre de cette opération a été confiée à un groupement solidaire composé de M. F C, architecte ayant la qualité de mandataire du groupement, de M. D B, architecte au titre des esquisses et avant-projet, de la société ATEC, en qualité de bureau d'études techniques des fluides et la société Cap solaire, en qualité de bureau d'études techniques thermique. Les travaux, divisés en 19 lots, ont été attribués notamment à la société Missenard Quint B pour les lots n° 13 " Chauffage au Bois " et n° 15 " Ventilation double flux ". Une mission d'entretien de la chaudière, de l'eau chaude solaire et de l'installation solaire a également été confiée jusqu'en septembre 2017 à cette société par un marché distinct. Le lot n° 14 " Plomberie sanitaires " a été attribué à la société Sani Clim, en qualité de bureau d'études technique thermique. Les travaux, qui ont débuté le 18 juin 2009, ont été réceptionnés le 1er juillet 2010 pour les trois lots en étant assortis de réserves, qui ont été levées les 2 et 3 août 2010. Des anomalies sur les travaux des lots n°s 13, 14 et 15 du marché ont été signalées par la CCPLD à son assureur, la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), par un courrier du 20 février 2014. A la suite du refus de cette dernière de mettre en œuvre la garantie dommages-ouvrage, M. A, expert désigné par le président du tribunal administratif de Rennes, a remis un rapport le 14 novembre 2019 relatif aux désordres concernant les températures excessives en période estivale dans certains locaux et l'absence de production d'eau chaude solaire. Par la présente requête, la CCPLD demande la condamnation de la SMABTP et de certains participants aux opérations de travaux à l'indemniser du coût des travaux de reprise des désordres affectant la crèche inter-entreprises " La Cabane aux bruyères " de Plouédern ainsi que des frais et honoraires d'expertise judiciaire. La SMABTP présente pour sa part, des conclusions en appel en garantie contre M. F C, la société Atec Ingénierie et la société Missenard Quint B. Cette dernière présente également des conclusions en appel en garantie contre toutes les parties succombantes.
2. La CCPLD demande la condamnation in solidum de la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), M. F C et la société Missenard Quint B à lui verser le coût des travaux de remise en état ainsi que les frais liés au litige et les dépens. Elle doit être regardée comme demandant à titre principal, la condamnation de la SMABTP et à titre subsidiaire, la condamnation des constructeurs précités.
Sur la responsabilité contractuelle de la SMABTP :
En ce qui concerne la faute de la SMABTP :
3. Aux termes de l'article 1792 du code civil : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'action engagée par le maître d'ouvrage à l'encontre de son assureur, au titre de l'exécution du contrat d'assurance dommages-ouvrage, repose sur les mêmes fondements juridiques et éléments d'appréciation que les garanties post-contractuelles des constructeurs.
S'agissant des températures excessives :
5. La SMABTP concède dans ses écritures que le désordre relatif à la température excessive en période estivale est un désordre de nature décennale. Ainsi, ce désordre relevant de la responsabilité décennale des constructeurs au sens des dispositions de l'article 1792 du code civil, il doit donner lieu à la mise en œuvre de la garantie dommages-ouvrage. Dès lors, en refusant de garantir en qualité d'assureur dommages-ouvrage le désordre en litige, de nature décennale, la SMABTP a commis une faute contractuelle.
S'agissant du désordre lié au défaut de production d'eau chaude solaire :
6. Il est constant que l'eau chaude de la crèche devait être principalement produite par des capteurs solaires, l'appoint hivernal devant être effectué par la chaudière et l'appoint estival par la résistance électrique intégrée au ballon d'eau. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que la pompe du circuit solaire 1 et la résistance électrique n'ont pas été câblées ou ont été débranchées et que l'eau chaude a finalement été produite uniquement par la chaudière, provoquant son encrassement. La CCPLD, qui ne produit aucun autre élément, n'établit pas que l'absence d'eau chaude solaire a pour origine un manquement imputable à un constructeur lors de la construction de la crèche. En outre, l'eau chaude, bien que non produite par les capteurs solaires et le ballon d'eau, l'a été par la chaudière. Dans ces conditions, ce désordre n'est pas de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ou de nature à en compromettre la solidité et ne relève pas de la responsabilité décennale des constructeurs au sens des dispositions de l'article 1792 du code civil. Dès lors, en refusant de garantir en qualité d'assureur dommages-ouvrage le désordre en litige, qui n'est pas de nature décennale, la SMABTP n'a pas commis une faute contractuelle.
7. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité contractuelle de la SMABTP, en qualité d'assureur dommages-ouvrage, doit être engagée au titre du désordre affectant le réseau de chauffage de la crèche inter-entreprises de la CCPLD, son assurée.
En ce qui concerne l'exception de prescription biennale :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 114-1 du code des assurances : " Toutes actions dérivant d'un contrat d'assurance sont prescrites par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance. ()". Aux termes de l'article L. 114-2 du même code : " La prescription est interrompue par une des causes ordinaires d'interruption de la prescription et par la désignation d'experts à la suite d'un sinistre. L'interruption de la prescription de l'action peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception adressée par l'assureur à l'assuré en ce qui concerne l'action en paiement de la prime et par l'assuré à l'assureur en ce qui concerne le règlement de l'indemnité. ". Aux termes de l'article R. 112-1 du même code : " Les polices d'assurance () doivent rappeler les dispositions des titres Ier et II du livre Ier de la partie législative du présent code concernant () la prescription des actions dérivant du contrat d'assurance. ".
9. Il résulte de ces dispositions que pour assurer une information suffisante des assurés sur ce point, les polices d'assurance entrant dans le champ d'application de cet article doivent rappeler les règles de prescription des actions dérivant du contrat d'assurance, y compris les causes d'interruption de celle-ci, qu'elles soient prévues par le code des assurances ou par le code civil. A défaut, l'assureur ne peut opposer à l'assuré la prescription prévue à l'article L. 114-1.
10. Il est constant que le contrat d'assurance conclu entre la SMABTP et la CCPLD n'a pas été versé au dossier, en dépit d'une mesure d'instruction en ce sens adressée aux parties. Dans ces conditions, la SMABTP n'établit pas que ce contrat rappelait les règles de prescription des actions dérivant du contrat d'assurance, y compris les causes d'interruption de celle-ci, qu'elles soient prévues par le code des assurances ou par le code civil. Par suite, la prescription prévue par l'article L. 114-1 ne peut pas être opposée à la collectivité par la SMABTP.
En ce qui concerne l'indemnisation résultant de la mise en œuvre de l'assurance dommages-ouvrage :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise de M. A, sans que cela soit contesté en défense, que les travaux destinés à résorber les températures excessives s'élèvent à la somme totale maximum de 22 000 euros. Ces travaux, évalués dans un premier temps à 10 000 euros, consistent, à repositionner certains des thermostats d'ambiance à des endroits adaptés, à remettre en fonctionnement la centrale de traitement d'air, à remplacer les sondes de luminosité de la verrière par des sondes thermiques intérieures, à déplacer des mobiliers qui obstruent partiellement les ventilations basses et à remettre en service des régulateurs de ventilation naturelle ainsi qu'à régler les différents systèmes de chauffage avec blocages des consignes ne pouvant être modifiés que par du personnel compétent. Si ces travaux devaient s'avérer insuffisants à remédier au désordre, ils seraient complétés par des travaux de mise en œuvre des ventilations mécanisées avec commande dans les pièces concernées par les températures excessives, évalués à 12 000 euros. Les parties ne contestent ni la pertinence de ces travaux ni leur évaluation. Dans ces conditions, le coût des travaux de reprise des désordres affectant les températures excessives de la crèche doit être évalué à 10 000 euros toutes taxes comprises.
En ce qui concerne l'indexation sur l'indice BT 01 :
12. Les conséquences dommageables des désordres doivent être évaluées à la date où, leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à les réparer. Il n'en va autrement que si ces travaux sont retardés pour une cause indépendante de la volonté de la victime.
13. L'évaluation des dommages subis par la CCPLD doit être faite en principe à la date de dépôt du rapport d'expertise, dès lors que ce n'est qu'à cette date que les travaux propres à mettre fin à la non-conformité de l'ouvrage ont été définis et pouvaient donc être mis en œuvre. En l'espèce, l'expert a déposé son rapport le 7 novembre 2019, lequel définit avec une précision suffisante la nature et l'étendue des travaux nécessaires. La CCPLD n'allègue ni ne justifie s'être trouvée dans l'impossibilité technique ou financière de faire effectuer les travaux à cette période. Sa demande d'actualisation de son préjudice ne peut donc être accueillie.
En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts
14. En premier lieu, aux termes du 5ème alinéa de l'article L. 242-1 du code des assurances : " Lorsque l'assureur ne respecte pas l'un des délais prévus aux deux alinéas ci-dessus ou propose une offre d'indemnité manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'avoir notifié à l'assureur, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L'indemnité versée par l'assureur est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal. ".
15. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 30 mars 2016, reçu le 31 mars suivant, la CCPLD a demandé à la SMABTP de lui verser l'indemnité due au titre de l'assurance de dommages-ouvrage destinée à garantir le désordre thermique. La CCPLD a donc droit aux intérêts des sommes qui lui sont dues à compter du 30 mars 2016 et à ce que ces intérêts soient calculés au double du taux légal en application des dispositions du cinquième alinéa de l'article L. 242-1 du code des assurance
16. En second lieu, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. La demande de capitalisation d'intérêts formulée par la CCPLD prend, dès lors, effet à compter du 11 février 2022, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les appels en garantie :
En ce qui concerne les appels en garantie de la SMABTP :
17. En vertu de l'article L. 121-12 du code des assurances, il appartient en principe à l'assureur qui a effectivement versé une indemnité en exécution d'un contrat d'assurance de responsabilité décennale pour le compte d'une personne publique maître d'ouvrage, d'exercer ensuite s'il s'y croit fondé, sur le terrain de la garantie décennale, une action subrogatoire contre le ou les constructeurs avec lesquels ce maître d'ouvrage avait conclu un contrat de louage d'ouvrage. Il lui est toutefois loisible, dans le cas où cette action subrogatoire lui serait fermée, notamment à défaut de tout paiement effectif d'une indemnité à l'assuré, de mettre en cause, par la voie d'une action récursoire et sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à l'opération de construction considérée.
18. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire que les températures ont avoisiné 34 degrés relevées à plusieurs heures en journée, dans les deux salles d'éveil et la salle de motricité durant les étés 2013 et 2017 et que ce désordre résulte du plancher chauffant, de la centrale de traitement d'air, du système de ventilation naturelle et de la verrière avec lames brise-soleil mobiles.
19. Il résulte du rapport d'expertise judiciaire que la hausse des températures de la salle de motricité a pour cause la concentration des circuits d'alimentation du plancher chauffant au niveau de la salle de cette pièce, le positionnement inefficace du thermostat d'ambiance dans cette pièce, du réglage partiel des équipements au cours des opérations de maintenance et l'absence d'arrivée directe d'air frais dans certaines pièces dont la salle de motricité. En outre, le rapport d'expertise judiciaire relève que l'efficacité de la ventilation naturelle, mise en place notamment dans les salles d'éveil et de motricité, a été surévaluée par l'étude thermique, que la hauteur entre les ouvertures basses et hautes dans les pièces d'éveil est insuffisante, que le système d'ouverture des volets et des fenêtres ne fonctionne pas et que les ventilations basses sont obturées par du mobilier. Enfin, la mise en place d'une verrière recouvrant principalement la salle de motricité et fonctionnant à l'aide de lames brise-soleil qui dépendent de la luminosité constitue l'apport thermique principal aux températures excessives.
20. Ce désordre est ainsi imputable à la société Cap Solaire, à la société Atec Ingénierie, bureaux d'études thermiques et fluide, à la société Missenard Quint B, chargée de la maintenance de ces installations ainsi que de la pose et du réglage des matériels et matériaux nécessaires au fonctionnement des installations selon le Cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du lot n° 15 " ventilation double flux " dont elle est attributaire et le bordereau des prix annexé ainsi qu'à M. C en sa qualité de maître d'œuvre. Il est constant que la SMABTP n'a pas présenté de conclusions d'appel en garantie contre la société Cap Solaire. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le désordre est imputable à hauteur de 20 % à M. C, de 15 % à la société Missenard Quint B et de 10 % à la société Atec Ingénierie. En conséquence, il y a lieu de faire droit aux conclusions d'appel en garantie formées par la SMABTP, dans la limite des responsabilités respectives des constructeurs ainsi définies.
En ce qui concerne les appels en garantie de la société Missenard Quint B :
21. En premier lieu, la société Missenard Quint B ne peut utilement présenter des conclusions d'appel en garantie à l'encontre de la SMABTP, assureur du maître d'ouvrage, qui n'a pas la qualité de constructeur.
22. En second lieu, la condamnation de la société Missenard Quint B ayant été limitée à sa part de responsabilité dans la survenance du préjudice subi par la CCPLD, elle n'est pas fondée à appeler en garantie les autres constructeurs.
Sur les dépens :
23. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties (). ".
24. Par une ordonnance n° 1700817 du 25 novembre 2019, le président du tribunal administratif de Rennes a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. A à la somme de 14 724,65 euros toutes taxes comprises qui a été mise à la charge de la CCPLD. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la SMABTP à verser à la CCPLD la somme de 14 724,65 euros toutes taxes comprises et de faire partiellement droit aux conclusions d'appel en garantie présentées par la SMABTP eu égard aux responsabilités encourues par les constructeurs dans les désordres en mettant ces dépens à leur charge définitive à raison de 20 % pour M. C, 15 % pour la société Missenard Quint B, 10 % pour la société Atec Ingénierie. En revanche, la demande d'intérêts et de capitalisation des intérêts de cette somme ne peut qu'être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La SMABTP est condamnée à verser à la CCPLD la somme de 10 000 euros TTC avec intérêts au double du taux légal à compter du 30 mars 2016. Les intérêts échus à la date du 11 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 14 724,65 euros toutes taxes comprises sont mis à la charge définitive de la SMABTP.
Article 3 : M. C garantira la SMABTP à hauteur de 20 % des sommes mentionnées aux articles 1 et 2.
Article 4 : La société Missenard Quint B garantira la SMABTP à hauteur de 15 % des sommes mentionnées aux articles 1 et 2.
Article 5 : La société Atec Ingénierie garantira la SMABTP à hauteur de 10 % des sommes mentionnées aux articles 1 et 2.
Article 6 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la Communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas (CCPLD), à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMBATP), à la société Architecte DPLG, à la société Missenard Quint B et à la société Atec Ingénierie.
Copie en sera adressée pour information à l'expert.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Plumerault première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. Pellerin
Le président,
signé
E. Berthon
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026