mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200784 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 et 28 février 2022, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui accorder une remise de dette d'un indu de prime d'activité d'un montant de 278,25 euros ;
2°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine lui accordé une remise de sa dette de prestations familiales d'un montant initial de 390,74 euros en la ramenant à une somme de 195,37 euros ;
3°) de lui accorder une remise totale de sa dette.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi ;
- elle ne peut contrôler les déclarations de son ex-conjoint qui change volontairement de département pour frauder ;
- elle a fait preuve de coopération dans la communication des éléments demandés ;
- sa situation financière l'empêche de rembourser la somme due.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023 la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le tribunal est incompétent pour connaître d'un litige portant sur l'allocation de rentrée scolaire ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- les explications de Mme A,
- et les observations de Mme C représentant la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A bénéficiait d'un droit à la prime d'activité depuis sa demande en date du 9 octobre 2014. A la suite d'un constat d'incohérences relevé dans le cadre d'un contrôle de sa situation, celle-ci s'est vu réclamer la somme totale de 668,99 euros au titre d'un indu de prime d'activité d'un montant de 278,25 euros pour la période d'avril 2021 à septembre 2021 ainsi qu'un indu d'allocation de rentrée scolaire d'un montant initial de 390,74 euros pour le mois d'août 2021. Par une lettre en date du 10 novembre 2021, Mme A a sollicité une remise de sa dette. Par les décisions susvisées la CAF d'Ille-et-Vilaine a d'une part accordé une remise de dette concernant l'indu d'allocation de rentrée scolaire et d'autre part refusé d'accorder une remise de dette concernant l'indu de prime d'activité. Mme A demande l'annulation de cette décision et de lui accorder une remise totale de sa dette.
Sur l'exception d'incompétence du tribunal en ce qui concerne l'indu de prestations familiales :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les prestations familiales comprennent : / 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; / 2°) les allocations familiales ; / 3°) le complément familial ; / 4°) l'allocation de logement ; / 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; / 6°) l'allocation de soutien familial ; / 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; / 8°) (Abrogé) ; / 9°) l'allocation journalière de présence parentale. ". Les litiges relatifs aux prestations familiales sont au nombre des litiges relatifs à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole mentionnés à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige, comme relevant du contentieux général de la sécurité sociale. Ce contentieux, qui relevait du tribunal des affaires de sécurité sociale jusqu'au 31 décembre 2018, relève, depuis le 1er janvier 2019, du tribunal de grande instance, devenu tribunal judiciaire le 1er janvier 2020.
3. Il résulte ainsi des dispositions précitées du code de la sécurité sociale que les litiges relatifs aux prestations familiales relèvent en première instance du tribunal de grande instance, qui est une juridiction judiciaire. Par suite, en tant qu'elles sont relatives à un indu de prestations familiales, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur la demande de remise gracieuse :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'acticité est récupéré par l'organisme chargé de son service " et aux termes du septième alinéa de cet article : " La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.
6. S'il résulte de l'instruction que la bonne foi de Mme A doit être reconnue, les dispositions de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale précité ne créent aucun droit à remise de dette au profit des attributaires de ces aides qui sont débiteurs des sommes qui leur ont été indûment versées, alors même que l'indu résulterait d'une erreur du service. Il y a donc lieu d'étudier l'éligibilité de l'allocataire à une remise gracieuse supplémentaire au regard de la condition citée au paragraphe précédent tenant à la précarité du débiteur.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le dernier revenu communiqué par Mme A s'élevait à une somme de 421,54 euros correspondant à une allocation d'adulte handicapé. Par ailleurs, Mme A soutient que ses dépenses mensuelles s'élèvent à une somme totale de 809,32 euros (prêts, factures d'eau et d'électricité, mutuelles, dettes, abonnements, assurances). Ainsi, Mme A justifie être dans un état de précarité faisant obstacle au remboursement de l'indu mis à sa charge. Dans les circonstances de l'espèce, Mme A est fondée à solliciter du juge une remise totale de sa dette.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme A relatives à l'indu d'allocation de rentrée scolaire sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le dossier de la requête de Mme A en tant qu'il concerne les prestations familiales visées à l'article 1er est transmis au tribunal judiciaire de Rennes.
Article 4 : Une remise totale de la dette de Mme A lui est accordée.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la présidente du tribunal judiciaire de Rennes et à la ministre des solidarités et des familles.
Copie en sera transmise à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026