vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200841 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LYON-CAEN & THIRIEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 février et 1er août 2022, la chambre de commerce et d'industrie du Morbihan, représentée par la société Richer et Associés Droit Public, demande au juge des référés :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 5 746 000 euros en remboursement des avances consenties, assortie des intérêts à compter de sa première demande et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande n'est pas irrecevable en raison de l'autorité de chose jugée attachée à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes dès lors que tant le tribunal administratif de Rennes que la cour administrative d'appel de Nantes n'ont pas indiqué que ses demandes étaient infondées mais seulement que les créances n'étaient pas dues en cours d'exécution du contrat ;
- le traité de concession étant arrivé à son terme le 31 décembre 2021, l'Etat a l'obligation de lui rembourser les avances qu'elle a consenties, en application de l'article 48 du traité de la concession, qui s'élèvent à un montant total de 5 746 000 euros ;
- sa situation n'est que le fait d'une carence fautive de l'Etat qu'il lui appartient de réparer maintenant que le terme du traité est échu dès lors qu'elle était dans l'obligation de mettre en place ces avances à la suite des demandes de son autorité de tutelle ;
- l'Etat a lui-même reconnu devoir lui rembourser les avances consenties entre 1997 et 2016 ;
- le rapport sur les comptes annuels de 2018 du commissaire au compte identifie la somme de 2 129 000 euros au titre des avances consenties jusqu'à 2016 et cette somme est inscrite sur le budget exécuté de l'année 2017 qui a été validé par le préfet de la région Bretagne ;
- à la somme de 2 129 000 euros, s'ajoute la somme de 3 179 000 au titre des avances consenties pour la période allant de 2016 à 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, représenté par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la chambre de commerce et d'industrie du Morbihan le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires présentées pour la période allant jusqu'au 31 décembre 2015 sont irrecevables en raison de l'autorité relative de la chose jugée attachée à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 25 mars 2022 ;
- les conclusions indemnitaires présentées pour la période allant de 2016 à 2021 sont irrecevables en l'absence de demande préalable indemnitaire, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- en application de l'article 48 de la convention de concession, la chambre de commerce et d'industrie a doit, dans l'hypothèse où l'exploitation de la concession, prise dans son ensemble, est déficitaire, au remboursement d'avances consenties pour couvrir les déficits d'exploitation ;
- le caractère remboursable des avances est subordonné à la satisfaction de plusieurs conditions cumulatives : il doit être établi que l'avance a été affectée à l'un des emplois prévus par l'article 39 de la convention de concession, qu'elle provient des ressources propres de la chambre du commerce et de l'industrie et seule la part de ces avances affectée à de dépenses de fonctionnement ou à des investissements en lien avec l'objet de la concession qui n'ont pas été amortis est remboursable, dans la mesure où elles n'ont pas été compensées par d'autres ressources ;
- les pièces produites par la chambre de commerce et d'industrie ne renseignent pas sur l'origine des avances consenties, ni sur la manière dont elles ont été affectées ;
- la chambre de commerce et d'industrie ne justifie pas que les avances qu'elle a consenties n'aurait pas été compensées par des recettes d'exploitation, de sorte qu'il subsisterait bien un déficit d'exploitation, sur la durée de la concession, et qu'il appartiendrait alors à l'Etat de compenser ;
- il a déjà remboursé des avances consenties par la chambre de commerce et d'industrie sur la période allant de 2016 à 2021, à raison de 470 758 euros en 2017 et de 287 625,54 euros en 2018 en exécution des conventions des 28 décembre 2018 et 14 février 2020 relatives aux avances consenties à la concession de l'aéroport pour les exercices 2017 et 2018 et de leurs avenants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 73-419 du 9 mars 1973 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La chambre de commerce et d'industrie (CCI) du Morbihan, alors titulaire d'une concession pour l'exploitation de l'aéroport de Lorient-Bretagne Sud accordée par l'Etat par un décret du 9 mars 1973 pour une durée de cinquante ans à compter du 1er janvier 1972, a demandé le 27 juin 2018 à l'Etat le versement de la somme de 2 129 000 euros, au titre du remboursement des avances consenties jusqu'au 31 décembre 2015 pour l'exploitation de l'aéroport. Sa demande ayant été implicitement rejetée, la CCI a saisi le tribunal administratif de Rennes d'une demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 129 000 euros. Par un courrier du 20 décembre 2019, la CCI a demandé à l'Etat le versement de la somme de 2 599 758 euros au titre des avances consenties jusqu'au 31 décembre 2017. Cette demande a également été implicitement rejetée. Par un jugement n° 1804439 du 4 janvier 2021, confirmé par un arrêt n° 21NT00346 du 25 mars 2022 de la cour administrative d'appel de Nantes, le tribunal administratif de Rennes a rejeté la requête de la CCI du Morbihan tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 129 000 au titre des avances consenties avant le 31 décembre 2015. La concession dont elle était titulaire ayant pris fin à son terme, le 31 décembre 2021, par la présente requête, la CCI demande au juge des référés de condamner l'Etat à lui verser une provision de 5 746 000 euros au titre des avances consenties jusqu'au 31 décembre 2021.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
3. Aux termes de l'article 48 " Reprise par l'Etat des biens de la concession " de la convention de concession approuvée par un décret du 9 mars 1973 relatif à une concession d'outillage public accordée par l'Etat à la chambre de commerce et d'industrie du Morbihan sur l'aérodrome (zone civile) de Lorient - Lann-Bihoué : " A la fin de la concession, c'est à dire notamment à l'échéance du terme fixé à l'article 43 () l'Etat entrera immédiatement et sans indemnité en possession de tous les ouvrages, bâtiments, installations, matériels, outillages, objets mobiliers et approvisionnements appartenant à la chambre de commerce ou détenus par elle sur la zone civile de l'aérodrome de Lorient et qui seraient utiles pour l'exploitation aéroportuaire. (). / L'Etat remboursera également à la chambre de commerce les avances que cette dernière aurait pu faire sur ses ressources propres ou la valeur non amortie des installations qu'elle aurait réalisées au moyen des mêmes ressources, si ce remboursement n'a pu être effectué par imputation sur le reliquat du fond de réserve. () ". Aux termes de l'article 39 : " Emploi des recettes d'exploitation " de la même convention : " Les recettes d'exploitation seront exclusivement employées par ordre de priorité : () d) A rembourser les avances qui auraient pu être consenties par la chambre de commerce, ou faites par cette dernière sur ses ressources propres, en vue de couvrir un déficit d'exploitation (). ".
4. Il résulte de l'article 48 précité de la convention de concession qui la liait à l'Etat pour l'exploitation de l'aérodrome de Lorient que la CCI du Morbihan peut prétendre au remboursement des avances qu'elle a consenties, en fin de concession, à la condition que ces avances aient été réalisées au moyen de ses ressources propres et que ce remboursement n'ait pu intervenir sur le reliquat du fond de réserve. Par ailleurs, l'article 39 de cette même convention prévoit que les avances éventuellement consenties par la CCI sont remboursées, en cours d'exploitation, par les recettes d'exploitation. Si le rapport sur les comptes annuels de 2018 du commissaire aux comptes identifie la somme de 2 129 000 euros au titre des avances consenties jusqu'en 2016 et que cette somme a été inscrite au budget exécuté de l'année 2017 qui a été validé par le préfet de la région Bretagne, ces éléments ne sont pas de nature à établir que ces avances proviennent, en tout ou en partie, de ses ressources propres, ni que ces avances n'ont pas été couvertes, en cours d'exploitation, par les recettes d'exploitation, ni enfin qu'un remboursement n'a pas pu intervenir sur le reliquat du fond de réserve en fin de concession, le 31 décembre 2021. Si la CCI produit un courrier du 6 décembre 2018 au terme duquel l'Etat évoquait un remboursement d'un montant de 1 319 000 euros au titre des avances qu'elle a consenties entre 1997 et 2012, cet élément est sans incidence sur l'obligation dont elle se prévaut dès lors que ce courrier est intervenu dans le cadre d'une négociation pour un remboursement anticipé de ces avances. Au surplus, il est constant que le comité ministériel de transaction, dans un avis du 8 novembre 2019, a émis un avis défavorable sur le principe du recours à un protocole transactionnel avec la CCI du Morbihan. Dès lors, l'obligation dont se prévaut la CCI du Morbihan au titre des avances qu'elle a consenties entre 1997 et 2021 ne peut pas, en l'état de l'instruction, être regardée comme non sérieusement contestable.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'Etat, que les conclusions de la CCI du Morbihan tendant au versement d'une provision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'Etat sur le fondement des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la chambre de commerce et d'industrie du Morbihan est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'Etat présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la chambre de commerce et d'industrie du Morbihan et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Fait à Rennes, le 3 mars 2023.
Le président,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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