mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200898 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS BRETLIM |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête, enregistrée sous le n° 2200898 le 18 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Sédiment Isotope Origine (SEDISOR), représentée par la Selarl Bretlim-Fortuny, demande au tribunal le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 44 135 euros au titre de l'année 2019.
Elle soutient que la décision de rejet du 17 décembre 2021 de sa réclamation préalable du 2 juin 2020 n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable en l'absence de moyen soulevé.
II.- Par une requête, enregistrée sous le n° 2204878 le 26 septembre 2022, la SARL SEDISOR, représentée par la Selarl Bretlim-Fortuny, demande au tribunal :
1°) à titre principal, le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 17 911 euros au titre de l'année 2020 ;
2°) à titre subsidiaire, que soit ordonnée avant-dire droit une expertise afin de déterminer l'éligibilité et le montant du crédit d'impôt recherche afférent aux travaux menés par elle ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'a pas étudié le dossier technique de la société au titre de l'année 2020 dès lors que les projets mentionnés dans sa décision de rejet de sa réclamation préalable ne sont plus menés au sein de la société ;
- les travaux engagés relèvent du champ d'application du crédit d'impôt recherche dès lors qu'ils s'inscrivent à mi-chemin entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée au sens de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la SARL SEDISOR ne sont pas fondés.
III.- Par une requête, enregistrée sous le n° 2205286 le 17 octobre 2022, et un mémoire enregistré le 26 septembre 2024, la SARL SEDISOR, représentée par la Selarl Bretlim-Fortuny, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) à titre principal, le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 17 911 euros au titre de l'année 2020 et d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 22 445 euros au titre de l'année 2021 ;
2°) à titre subsidiaire, que soit ordonnée avant-dire droit une expertise afin de déterminer l'éligibilité et le montant du crédit d'impôt recherche afférent aux travaux menés par elle ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'a pas étudié le dossier technique de la société au titre de l'année 2021 dès lors que les projets mentionnés dans sa décision de rejet de sa réclamation préalable ne sont plus menés au sein de la société ;
- les travaux engagés relèvent du champ d'application du crédit d'impôt recherche dès lors qu'ils s'inscrivent à mi-chemin entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée au sens de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la SARL SEDISOR ne sont pas fondés.
Une note en délibéré, présentée pour la SARL SEDISOR, a été enregistrée le 3 octobre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Peters, représentant la SARL SEDISOR.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Sédiment Isotope Origine (SEDISOR) exerce une activité d'ingénierie et d'étude technique en géochimie élémentaire et isotopique à destination du secteur privé et du secteur académique, notamment sous la forme de prestations de service ou de collaborations de recherche. Le 2 juin 2020, la SARL SEDISOR a déposé une demande de remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 44 135 euros au titre de l'année 2019, laquelle a été rejetée le 17 décembre 2021. Elle a saisi le conciliateur fiscal le 28 janvier 2022, qui a rejeté sa demande le 2 mars 2022. Le 25 mai 2021, la SARL SEDISOR a déposé une demande de remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 17 911 euros au titre de l'année 2020, laquelle a été rejetée le 18 juillet 2022. Le 15 juin 2022, elle a déposé une demande de remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 22 445 euros au titre de l'année 2021, laquelle a été rejetée le 2 septembre 2022. Par les requêtes n° 2200898, n° 2204878 et n° 2205286, la SARL SEDISOR demande au tribunal le remboursement de créances de crédit d'impôt recherche au titre des années 2019, 2020 et 2021. Ces requêtes présentent à juger des questions analogues. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le cadre juridique du litige :
2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 sexdecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant. () Pour les dépenses mentionnées au k du II, le taux du crédit d'impôt est de 20 %. () / II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes. () / () / b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente ; / () /. c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis ; / d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes de recherche privés agréés par le ministre chargé de la recherche, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions () / j) Les dépenses de veille technologique exposées lors de la réalisation d'opérations de recherche, dans la limite de 60 000 € par an. / k) Les dépenses exposées par les entreprises qui satisfont à la définition des micro, petites et moyennes entreprises donnée à l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité et définies comme suit : / 1° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits autres que les prototypes et installations pilotes mentionnés au a ; / 2° Les dépenses de personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation des opérations mentionnées au 1° ; / 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison des opérations mentionnées au 1° ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au 1° et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées au 2° () / III. - Les subventions publiques reçues par les entreprises à raison des opérations ouvrant droit au crédit d'impôt sont déduites des bases de calcul de ce crédit, qu'elles soient définitivement acquises par elles ou remboursables. Il en est de même des sommes reçues par les entreprises, organismes ou experts mentionnés au d, au d bis ou au 6° du k du II, pour le calcul de leur propre crédit d'impôt. () ". Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : / a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; / b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. / Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ".
3. Il résulte de ces dispositions que les sommes reçues par les organismes de recherche privés agréés mentionnés au d bis du II de l'article 244 quater B du code général des impôts pour la réalisation d'opérations de recherche qui leur sont confiées par des entreprises entrant elles-mêmes dans le champ des bénéficiaires du crédit d'impôt recherche constituent, pour ces entreprises donneuses d'ordre, des dépenses éligibles à ce crédit. S'agissant des organismes de recherche sous-traitants, ils ne peuvent inclure les dépenses exposées pour réaliser de telles opérations dans la base de calcul de leur crédit d'impôt recherche. En revanche, lorsqu'un tel organisme engage des dépenses de recherche pour son propre compte, y compris dans l'hypothèse où elles sont suscitées par l'exécution de prestations pour le compte d'un tiers dont l'objet ne porte pas sur la réalisation d'opérations de recherche, cet organisme peut inclure ces dépenses dans la base de calcul de son crédit d'impôt si elles satisfont aux exigences posées par l'article 244 quater B du code général des impôts, sans que ces dispositions ne lui imposent de déduire de cette assiette les sommes facturées au bénéficiaire des prestations, qui ne constituent pas, pour ce dernier, des dépenses éligibles à ce crédit d'impôt.
4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, de constater qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par ces dispositions et d'apprécier si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt en faveur de la recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations et, notamment, d'examiner si les opérations de développement expérimental en cause présentent un caractère de nouveauté au sens de l'article 49 septies F précité de l'annexe III au code général des impôts.
Sur le crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2019 :
5. La société requérante se borne à soutenir que la décision de rejet du 17 décembre 2021 de sa réclamation contentieuse n'est pas motivée et à indiquer qu'elle " s'en remet dans un premier temps aux dépôts des pièces complémentaires adressées au conciliateur ". Toutefois, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de rejet de sa réclamation préalable est inopérant. Ainsi, à défaut d'autre moyen soulevé, les conclusions de la requête tendant au remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2019 doivent être rejetées.
Sur le crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2020 :
6. Il résulte de l'instruction que la société requérante sollicite le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche au titre de quatre projets qu'elle a menés en 2020. Le dossier technique de la société requérante indique que les travaux de recherche sont menés soit sous forme de collaborations de recherche auprès de ses clients et partenaires soit en son nom propre. Elle soutient que ces projets relèvent du champ d'application du crédit d'impôt recherche. Le projet 1 (SMARTIES) vise à mieux comprendre les transferts de matière et de chaleur entre le manteau terrestre et la surface dans une zone de l'Atlantique équatorial et à apporter des connaissances et des compétences nouvelles en géoscience marine. La participation de la gérante de la société requérante a essentiellement consisté, au titre de l'année 2020, en l'encadrement du projet de thèse d'une doctorante, notamment en participant au comité individuel de suivi de thèse. Si les travaux réalisés dans le cadre du projet SMARTIES ont donné lieu à plusieurs publications, aucune publication propre aux travaux de recherche menés par la SARL SEDISOR n'est mentionnée. Le projet 2 (Encroûtements ferromanganésifères et reconstructions paléocéanographiques) vise à comprendre la circulation actuelle et passée des masses d'eau dans le canal du Mozambique ainsi que le rôle de la ride topographique de Davie dans le transport des masses d'eau. Le dossier technique précise que les travaux décrits dans le cadre de cette opération de recherche et développement ont été réalisés pour un projet de thèse dans laquelle la gérante de la SARL SEDISOR participe à l'encadrement. Ce projet de thèse a été mené en collaboration avec le groupe Total, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et l'université de Bretagne-Occidentale. Le projet 3 (Stratigraphie isotopique) constitue, selon la société requérante, un important volet d'optimisation méthodologique en matière de datation par stratigraphie isotopique. Il a fait l'objet de collaborations scientifiques avec l'université de Pau et des pays de l'Adour dans le cadre d'une thèse et d'un post-doctorat. Le projet 4 (Evaporites du Congo) a pour objectif de mieux comprendre la formation des très grandes épaisseurs de sel présentes en Atlantique sud le long des marges brésilienne, congolaise et angolaise à travers une étude structurale, géodynamique et géochimique de la formation des dépôts d'évaporites. Ce projet a été mené par la gérante de la société requérante en collaboration avec un post-doctorant de l'université de Pau et des Pays de l'Adour. La société requérante n'établit pas, à travers les différents projets menés en 2020 et pour lesquels elle sollicite le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche, qu'elle effectue de réelles actions de recherche et développement pour son propre compte et non des prestations analytiques pour des tiers. L'importance des travaux réalisés pour la stratégie de développement de la SARL SEDISOR n'est en outre pas évoquée.
7. Au surplus, s'agissant des projets de recherche menés en 2020, la SARL SEDISOR s'est bornée à produire des tableaux d'horaires de travail insuffisamment détaillés quant à l'activité des chercheurs, le temps de travail passé à la recherche et au développement étant mentionné forfaitairement et n'étant pas détaillé tâche par tâche. Elle ne justifie ainsi pas du temps effectivement consacré à d'éventuelles opérations de recherche. En outre, les feuilles de saisies mensuelles de la gérante de la société requérante se bornent à indiquer forfaitairement 7 heures quotidiennes ou 3,5 heures quotidiennes. Une telle détermination forfaitaire est insuffisante au regard des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts qui imposent que les entreprises doivent pouvoir établir avec précision le temps réellement et exclusivement passé à la réalisation d'opérations de recherche.
Sur le crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2021 :
8. Il résulte de l'instruction que la société requérante sollicite le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche au titre de cinq projets qu'elle a menés en 2021. Le dossier technique de la société requérante indique que les travaux de recherche sont menés soit sous forme de collaborations de recherche auprès de ses clients et partenaires soit en son nom propre. Le projet 1 (Géochimie du manteau) vise à mieux comprendre la composition chimique du manteau terrestre et les échanges chimiques entre ce dernier et les enveloppes superficielles et ainsi à apporter des connaissances et des compétences nouvelles en géosciences marines. La gérante de la société requérante a participé dans le cadre de ce projet en tant que chercheur à la campagne océanographique Scratch qui a eu lieu en juillet 2021. Le projet est associé à des thèses de doctorat et à des projets post-doctoraux. Le projet 2 (Géochimie et géochronologie des roches carbonatées et évaporitiques) constitue, selon la société requérante, un important volet d'optimisation méthodologique en matière de datation par stratigraphie isotopique. Il a fait l'objet de collaborations scientifiques avec l'université de Pau et des pays de l'Adour dans le cadre d'un stage post-doctoral, d'un doctorat et d'un post-doctorat. Le projet 3 (paléo-altération et paléoclimats) a pour objectif la reconstruction des variations des flux minéralogiques de la bordure sud-ouest australienne pendant la période de l'optimum climatique du Crétacé à travers une étude géochimique et isotopique de la provenance des argiles. Ce projet a fait l'objet de collaborations scientifiques notamment avec Sorbonne Université dans le cadre d'une thèse de doctorat. Le projet 4 (Encroûtements ferromanganésifères et reconstructions paléocéanographiques) vise à comprendre la circulation actuelle et passée des masses d'eau dans le canal du Mozambique ainsi que le rôle de la ride topographique de Davie dans le transport des masses d'eau. Le dossier technique précise que les travaux décrits dans le cadre de cette opération de recherche et développement ont été réalisés pour un projet de thèse dans laquelle la SARL SEDISOR participe à l'encadrement. Ce projet de thèse a été mené en collaboration avec l'entreprise Total, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et l'université de Bretagne-Occidentale. Le projet 5 (Au fil du plomb de la Seine) est un projet collectif de recherche dans lequel la SARL SEDISOR participe en tant qu'expert pour le développement et l'optimisation des protocoles analytiques pour la mesure des concentrations en éléments trace et ultra-trace des objets en plomb ou à base de plomb ainsi que pour la mesure des compositions isotomiques de plomb. Ce projet a fait l'objet de collaborations scientifiques avec les universités de Nantes, Toulouse et Rennes I. La société requérante n'établit pas, à travers les différents projets menés en 2021 et pour lesquels elle sollicite le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche, qu'elle effectue de réelles actions de recherche et développement pour son propre compte et non des prestations analytiques pour des tiers. L'importance des travaux réalisés pour la stratégie de développement de la SARL SEDISOR n'est en outre pas évoquée.
9. Au surplus, s'agissant des projets de recherche menés en 2021, la SARL SEDISOR s'est bornée à produire un simple tableau annuel avec une ventilation mensuelle d'heures de travail de recherche par projet, sans aucune autre précision sur les modalités de calcul. Ce tableau est insuffisamment détaillé quant à l'activité de recherche, le temps de travail passé à la recherche et au développement étant mentionné forfaitairement et n'étant pas détaillé tâche par tâche. Elle ne justifie ainsi pas du temps effectivement consacré aux opérations de recherche. Une telle détermination forfaitaire est insuffisante au regard des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts qui imposent que les entreprises doivent pouvoir établir avec précision le temps réellement et exclusivement passé à la réalisation d'opérations de recherche.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une expertise, que les conclusions de la requête de la SARL SEDISOR tendant au remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche au titre des années 2019, 2020 et 2021 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des frais exposés par la SARL SEDISOR et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SARL Sédiment Isotope Origine sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Sédiment Isotope Origine et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2200898,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026