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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200973

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200973

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200973
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKWEMO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan, qui contestait le refus implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a d'abord jugé que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision implicite était inopérant, faute pour le requérant d'avoir demandé la communication des motifs. Sur le fond, il a estimé que la décision de refus ne méconnaissait pas l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car la suspension initiale était justifiée par la situation de fuite de M. A, et les raisons de cette suspension n'avaient pas cessé à la date de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2022, M. B A, représenté par Me Le Kwemo, demande au tribunal :

1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision portant refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son profit prise le 23 décembre 2021 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité.

Par un mémoire, enregistré le 22 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Blanchard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er mai 1986, a présenté le 30 octobre 2019 une demande d'asile en France et a accepté à cette date les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " Dublin " et par arrêté du 20 janvier 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités allemandes. La requête de M. A, dirigée contre l'arrêté de transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, a été rejetée par jugement du tribunal administratif de Rennes le 27 janvier 2020. Par une décision du 9 mars 2020, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le requérant ayant été déclaré en fuite le 13 février 2020 au motif qu'il s'était abstenu de se présenter aux autorités chargées de l'asile. À l'expiration du délai de transfert, prolongé à dix-huit mois, la France étant devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, l'intéressé a de nouveau sollicité son admission au bénéfice de l'asile et sa demande a été enregistrée en procédure normale le 10 août 2021. M. A a également demandé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, par un courrier du 4 octobre 2021, demande qui a été rejetée implicitement par le directeur général de l'OFII le 23 décembre 2021. M. A demande l'annulation de cette décision de refus.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 28 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions aux fins d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont donc devenues sans objet et il n'y a plus lieu de statuer sur cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite, par nature dépourvue de motivation, n'est pas illégale de ce seul fait, sauf lorsque sa demande de communication des motifs de cette décision par son destinataire est restée sans réponse de l'administration dans le délai d'un mois à compter de la réception d'une telle demande.

4. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A ait demandé à l'OFII de lui communiquer les motifs de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé sur la demande du 4 octobre 2021 tendant au rétablissement à son profit du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

6. En l'espèce, pour justifier de l'existence d'une situation de vulnérabilité, M. A soutient qu'il est privé de ressources et de domicile, et indique qu'il est atteint d'une hépatite B. Toutefois, l'intéressé est célibataire et sans enfant. Par ailleurs, s'il produit un certificat médical établi le 12 mars 2020 mentionnant qu'il est suivi au centre hospitalier régional universitaire de Brest pour une infection chronique, ce seul document, en l'absence de tout autre élément, ne permet pas, en l'absence de gravité avérée de sa pathologie, d'établir qu'il présenterait une vulnérabilité particulière. De plus, il est constant qu'il est régulièrement suivi sur le plan médical, de sorte que la décision en cause ne le prive pas de l'accès aux soins dont il a besoin. Enfin, alors qu'il est privé des conditions matérielles d'accueil depuis le mois de mars 2020, il n'apporte aucune précision sur ses moyens de subsistance depuis cette date. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de la décision portant refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son profit prise le 23 décembre 2021 par le directeur général de l'OFII doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. A aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. A présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Blanchard

Le président,

signé

C. Radureau

La greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200973

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