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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200978

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200978

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200978
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationVice-Président 6 ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LA FIDUCIAIRE GENERALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2022, M A B, représenté par la société d'avocats La Fiduciaire générale, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du ministre de l'intérieur portant retrait de point (s) au capital de son permis de conduire prises à la suite des infractions relevées les 5 octobre 2009 (deux points), 7 octobre 2011 (un point), 4 décembre 2012 (un point), 28 décembre 2012 (un point), 16 août 2013 (un point), 29 janvier 2014 (un point), 3 juin 2015 (un point), 13 février 2017 (un point), 12 octobre 2016 (un point), 29 décembre 2016 (un point), 11 avril 2017 (un point), 21 décembre 2017 (un point), 17 mars 2018 (trois points), 25 septembre 2017 (un point), 27 mars 2019 (un point), 15 mars 2021 (un point) et 12 novembre 2020 (quatre points) ;

2°) d'annuler la décision référencée 48SI du 30 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer douze points au capital de son permis de conduire et de rétablir rétroactivement la validité de celui-ci ;

4°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les avis de contravention et les avis de majoration ne lui ont pas été adressés, par voie de recommandé avec accusé de réception ;

- les décisions de retrait de point (s) et le formulaire l'informant de la perte de la moitié de ses points ne lui ont pas été notifiés ;

- il n'est pas l'auteur de l'infraction relevée le 12 novembre 2020 à son encontre ; la réalité de cette infraction n'est pas établie ;

- les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont été délivrées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du moyen tiré de l'imputabilité d'une infraction au code de la route ;

- les décisions portant retrait de point (s) ont systématiquement été portées à la connaissance du requérant par lettre simple référencée 48 expédiée à l'adresse relevée lors du procès-verbal d'infraction ; en tout état de cause, la décision 48SI en litige, qui récapitule l'ensemble de ces décisions, les rend opposables à l'intéressé ;

- les informations requises par le code de la route ont systématiquement été portées à la connaissance du requérant ;

- la réalité des infractions en litige est établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation des décisions du ministre de l'intérieur portant retrait de point (s) au capital de son permis de conduire prises à la suite des infractions relevées les 5 octobre 2009, 7 octobre 2011, 4 décembre 2012, 28 décembre 2012, 16 août 2013, 29 janvier 2014, 3 juin 2015, 13 février 2017, 12 octobre 2016, 29 décembre 2016, 11 avril 2017, 21 décembre 2017, 17 mars 2018, 25 septembre 2017, 27 mars 2019, 15 mars 2021 et 12 novembre 2020 et, d'autre part, l'annulation de la décision référencée 48SI du 30 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Il résulte de ces dispositions que les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors, que dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. B n'aurait été informé des décisions successives de retrait de point (s) qu'à la lecture de la décision 48SI du 30 décembre 2021 est sans incidence sur la légalité de ces décisions. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation à l'administration d'adresser au contrevenant un courrier l'informant de la perte de la moitié des points affectés au capital de son permis de conduire.

En ce qui concerne l'imputabilité et la réalité de l'infraction commise le 12 novembre 2020 :

3. En premier lieu, si M. B soutient qu'il n'est pas l'auteur de cette infraction, un tel moyen n'est pas susceptible d'être invoqué devant le juge administratif dès lors que l'appréciation de l'imputabilité d'une infraction au code de la route relève de l'office du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale conformément aux dispositions des article 521 et 522 du code de procédure pénale.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L.223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue (). Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation devenue définitive () ".

5. D'autre part, il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

6. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. B que l'infraction commise le 12 novembre 2020 a fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Par suite, le requérant, qui n'établit ni même allègue avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de cette infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre exécutoire, n'est pas fondé à contester la réalité de cette infraction.

En ce qui concerne la délivrance des informations requises par le code de la route :

7. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des alinéas 1,2 et 4 de l'article L. 223-6. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction commise le 5 octobre 2009 :

9. Pour les infractions relevées avec interception du véhicule, les mentions portées sur le système national des permis de conduire indiquant que le paiement de l'amende forfaitaire est intervenu le même jour que la constatation de l'infraction ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à établir les modalités selon lesquelles il a été procédé à ce paiement. Dans ce cas, il appartient dès lors à l'administration d'apporter la preuve de la délivrance de l'information préalable au contrevenant en produisant soit la souche de la quittance, prévue à l'article R. 49-2 du code de procédure pénale, dépourvue de réserve sur la délivrance de l'information requise, dans l'hypothèse où le paiement a été effectué entre les mains de l'agent verbalisateur, soit le procès-verbal, dans l'hypothèse où le paiement a été effectué au moyen de la carte de paiement remise avec l'avis de contravention, dont le modèle comporte les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral du requérant que l'amende forfaitaire résultant de l'infraction commise le 5 octobre 2009, relevée par interception du véhicule, a été acquittée le jour même par M. B. Par suite, à défaut pour l'administration de produire soit le procès-verbal d'infraction, soit la souche de la quittance, la seule mention au relevé d'information intégral du paiement de l'amende forfaitaire le jour de l'infraction n'est donc pas, à elle seule, de nature à établir que le titulaire du permis a été destinataire de l'information requise. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que la décision portant retrait de deux points prise en conséquence de cette infraction a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et doit être annulée et à demander, par suite, l'annulation de cette décision.

S'agissant des infractions commises les 7 octobre 2011, 28 décembre 2012, 13 février 2017 et 21 décembre 2017 :

11. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

12. En l'espèce, il ressort du relevé intégral de M. B que les infractions visées ci-dessus ont été constatées par radar automatique et ont toutes donné lieu au paiement par le requérant de l'amende forfaitaire en résultant. Par suite, en l'absence d'élément susceptible d'établir que les avis de contravention qu'il a nécessairement reçus auraient été inexacts ou incomplets, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées.

S'agissant des infractions commises les 4 décembre 2012, 16 août 2013, 3 juin 2015, 12 octobre 2016, 29 décembre 2016, 11 avril 2017, 25 septembre 2017, 12 novembre 2020 et 15 mars 2021 :

13. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A.37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettaient au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et qui portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et les attestations de paiement établies par le comptable public chargé du recouvrement de l'amende, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

14. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. B que les infractions visées ci-dessus ont toutes donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire majorée en résultant, ainsi qu'en attestent les attestations du comptable public de la Trésorerie du contrôle automatisé que verse le ministre de l'intérieur au débat. Le requérant, qui ne produit aucun élément susceptible d'établir que les avis alors reçu auraient été incomplets ou inexacts, verse toutefois, s'agissant de l'infraction commise le 12 novembre 2020, une lettre du crédit mutuel de Bretagne du 18 décembre 2021, un extrait de son relevé de compte du mois de novembre 2021 ainsi qu'un échange courriel avec le service des impôts des particuliers de Vannes tendant à établir que le paiement de la somme de 375 euros correspondant à l'amende forfaitaire majorée en résultant est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public. Il s'ensuit que, dans ces conditions, faute pour l'administration d'établir qu'elle aurait bien délivré les informations requises par le code de la route préalablement à la décision portant retrait de quatre points prise en conséquence de cette infraction, M. B est fondé à demander l'annulation de cette seule décision.

S'agissant des infractions commises les 29 janvier 2014 et 17 mars 2018 :

15. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

16. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. B que les amendes forfaitaires résultant des infractions constatées les 29 janvier 2014 et 17 mars 2018 par procès-verbal électronique ont été acquittées par l'intéressé postérieurement à ces infractions. Par suite, en l'absence d'élément susceptible d'établir qu'il aurait été alors destinataire d'avis inexacts ou incomplets, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait alors pas reçu les informations requises par le code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 27 mars 2019 :

17. L'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

18. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral du requérant que l'infraction commise le 27 mars 2019 a fait l'objet d'un procès-verbal électronique du même jour que le ministre de l'intérieur produit en défense et qui comporte la signature du contrevenant ainsi que l'ensemble des informations requises par les dispositions précitées des article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les informations requises par le code de la route ne lui ont pas été délivrées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

20. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le ministre de l'intérieur restitue, d'une part, les points illégalement retirés à M. B à la suite des infractions commises les 5 octobre 2009 (deux points) et 12 novembre 2020 (quatre points) ainsi que, d'autre part, le permis de conduire de l'intéressé, dans la limite toutefois d'un maximum de douze points et sous réserve des infractions non prises en compte ainsi que des éléments de fait ou de droit nouveaux. Il y a lieu de l'y enjoindre dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme que M. B demande en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions portant retrait de deux points et quatre points prises en conséquence des infractions commises respectivement le 5 octobre 2009 et le 12 novembre 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B, d'une part, les points illégalement retirés de son permis de conduire à la suite de ces infractions ainsi que, d'autre part, son permis de conduire, dans la limite toutefois d'un maximum de douze points et sous réserve des infractions non prises en compte ainsi que des éléments de fait ou de droit nouveaux, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président-rapporteur

Signé

G. DescombesLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

V. Le Boëdec

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