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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201031

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201031

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201031
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCERVERA KHELIFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, la société Petit Forestier Location, représentée par Me Cervera-Khelifi, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Rennes à lui rembourser la somme de 4 166,80 euros qu'elle a indûment perçue au titre de l'indemnisation du sinistre survenu le 2 janvier 2019, assorti des intérêts au taux légal à compter du 5 novembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'absence de signalisation, sur les lieux du sinistre, d'un accès limité aux véhicules d'une certaine hauteur constitue une faute imputable à la commune de Rennes qui est de nature à réduire ou à exclure son indemnisation ;

- le lien de causalité est direct entre cette absence de signalisation et le préjudice subi ;

- ce préjudice est certain.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, la commune de Rennes et la SMACL SA, représentées par Me Jacq-Moreau (selarl SJM avocats), concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du litige par application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1957 attribuant aux tribunaux judiciaires compétence pour statuer sur les actions en responsabilité des dommages causés par tous véhicules et dirigées contre une personne morale de droit public ;

- l'intérêt pour agir de la société requérante n'est pas établi, dès lors qu'elle ne s'est pas acquittée de la somme dont elle demande le versement et ne se prévaut d'aucun autre préjudice ;

- la requête est dépourvue d'objet, dès lors qu'elle n'en identifie pas le fondement légal ;

- la demande de la société requérante méconnaît l'accord inter assureurs ;

- l'exigence d'une signalisation à destination des véhicules à l'intérieur d'une aire piétonne n'est pas requise par les dispositions combinées des articles R. 411-3 et R. 110-2 du code de la route ;

- il n'est pas établi que la casquette du bâtiment endommagé qui lui appartient surplombait une voie de circulation, dès lors que le Cours Kennedy, lieu du sinistre, ne délimite pas de voies de circulation ;

- il existe une faute imputable au conducteur du véhicule, appartenant à la société requérante, qui a fait preuve de négligence lors de la réalisation de sa manœuvre.

Par une ordonnance du 26 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2024.

Par un courrier du 27 mai 2024, le tribunal a invité, en application de l'article

R. 613-1-1 du code de justice administrative, la société Petit Forestier Location à produire une pièce en vue de compléter l'instruction.

Une pièce, produite par la société Petit Forestier Location, a été enregistrée le

29 mai 2024 et communiquée le même jour.

Par un courrier du 10 juin 2024, le tribunal a invité, en application de l'article

R. 613-1-1 du code de justice administrative, la société Petit Forestier Location à produire une pièce en vue de compléter l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 57-1424 du 31 décembre 1957 attribuant aux tribunaux judiciaires compétence pour statuer sur les actions en responsabilité des dommages causés par tous véhicules et dirigés contre une personne de droit public ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 janvier 2019, un camion appartenant à la société Petit Forestier Location qui manœuvrait sur le Cours Kennedy à Rennes a endommagé la casquette saillante d'un bâtiment appartenant à la mairie de Rennes. Cette dernière et son assureur, la SMACL, ont mis en cause la société Petit Forestier Location pour obtenir réparation du préjudice subi. A l'issue d'une expertise diligentée par l'assureur de cette société, La Parisienne Assurance, et en présence de la commune des Rennes, de l'assureur de celle-ci, la SMACL Assurances, et de la société Petit Forestier Location, le rapport d'expertise du 14 mars 2019 a conclu à l'existence d'une faute imputable à la commune de Rennes résultant de l'absence de signalisation limitant l'accès des véhicules d'une certaine hauteur sur les lieux du sinistre et a fixé le montant des dommages, arrêté contradictoirement, à 4 166,80 euros toutes taxes comprises. Le 12 juin 2019, la société de courtage d'assurances de la société requérante, le cabinet Benech Gestion, a versé à la SMACL une indemnité de 4 166,80 euros, laquelle a été reversée à la commune de Rennes. Par un courrier du 3 novembre 2021, dont il a été accusé réception le 5 novembre suivant, la société Petit forestier Location a adressé à la commune de Rennes une demande préalable indemnitaire par laquelle elle a sollicité le remboursement de la somme précitée versée à tort par son courtier. Le silence gardé par la commune de Rennes sur cette demande a fait naître, le 5 janvier 2022, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société Petit Forestier Location demande au tribunal de condamner la commune de Rennes à lui verser la somme de 4 166,80 euros qui lui a été indûment versée.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1957 attribuant aux tribunaux judiciaires compétence pour statuer sur les actions en responsabilité des dommages causés par tout véhicules et dirigés contre une personne de droit public : " Par dérogation à l'article 13 de la loi des 16-24 août 1790 sur l'organisation judiciaire, les tribunaux de l'ordre judiciaire sont seuls compétents pour statuer sur toute action en responsabilité tendant à la réparation des dommages de toute nature causés par un véhicule quelconque () La présente disposition ne s'applique pas aux dommages occasionnés au domaine public. ".

3. Si cette loi attribue d'une manière générale aux tribunaux de l'ordre judiciaire la connaissance des actions en responsabilité tendant à la réparation des dommages de toute nature causés par un véhicule sans comporter d'exception notamment lorsque les dommages ont été causés, comme en l'espèce, par un véhicule participant à l'exécution d'un travail public, elle réserve cependant le cas où ces dommages ont été occasionnés au domaine public.

4. Il résulte de l'instruction que le bâtiment endommagé par le véhicule de la société requérante est un bâtiment social situé sur la dalle Kennedy à Rennes qui appartient à la commune de Rennes et est affecté à l'usage du public. Ainsi, ce bâtiment fait partie du domaine public de la commune de Rennes. Par ailleurs, il résulte des termes de la requête que la société requérante met en cause la responsabilité de la commune de Rennes dans la survenance du sinistre en invoquant l'absence d'une signalisation sur les lieux du sinistre limitant l'accès des véhicules d'une certaine hauteur. Ainsi, l'élément de causalité invoqué par le requérant porte sur la mise en œuvre du pouvoir de police de circulation du maire qui a un fondement étranger au champ d'application des dispositions précitées de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1957. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des dommages occasionnés au bâtiment social par le véhicule de la société requérante doit être écarté.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Il est constant que le versement de l'indemnité en litige a été effectué par la société de courtage d'assurances de la société requérante, le cabinet Benech Gestion, le 12 juin 2019. S'il résulte de l'instruction que la société requérante a conclu avec ce cabinet et son assureur, la Parisienne devenue la société " Wakam ", une convention de délégation de gestion des sinistres qui a pris effet le 1er janvier 2014, elle ne justifie par aucune pièce versée au dossier avoir confié au cabinet Benech Gestion la mission de verser les indemnités en litige en son nom et pour son compte à la date du 12 juin 2019. Ainsi, la société requérante ne justifie pas de l'existence d'un préjudice.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense et sur l'existence d'une faute de la commune de Rennes, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société Petit Forestier Location doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Rennes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par la société Petit Forestier Location au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Petit Forestier Location une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Rennes et à la SMACL SA au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Petit Forestier Location est rejetée.

Article 2 : La société Petit Forestier Location versera à la commune de Rennes et à la SMACL SA une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Petit Forestier Location, à la commune de Rennes et à la SMACL SA.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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