vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201097 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GARET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mars et 8 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Garet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'établissement public médico-social Kerampuilh à lui verser la somme de 21 801,52 euros en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de l'établissement public médico-social Kerampuilh le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens et le droit de plaidoirie de 13 euros.
Il soutient que :
- la décision du 20 juin 2017 par laquelle la directrice par intérim de l'établissement public médico-social Kerampuilh a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 17 septembre 2020 en raison de son illégalité ;
- l'illégalité fautive commise par cet établissement est de nature à engager sa responsabilité ;
- il a subi des préjudices qu'il évalue à la somme totale de 21 801,52 euros, soit 16 301,52 euros au titre de la perte de revenus, 3 000 euros au titre du préjudice de carrière et professionnel et 2 500 euros au titre d'un préjudice moral.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 mars et 8 décembre 2022, l'établissement public médico-social Kerampuilh conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que sa demande indemnitaire a déjà été rejetée par le tribunal administratif de Rennes dans son jugement du 17 septembre 2020 qui est revêtu de l'autorité de la chose jugée ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.
Des pièces, produites pour M. A, ont été enregistrées le 9 janvier 2024 et communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- et les conclusions de M. Met, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté le 10 février 2014 par l'établissement public médico-social (EPMS) de Kerampuilh à Carhaix-Plouguer, par un contrat de travail à durée déterminée renouvelé à plusieurs reprises, pour exercer les fonctions de moniteur éducateur. Son dernier contrat a été conclu pour la période du 1er janvier au 30 juin 2017. Par décision du 20 juin 2017, la directrice par intérim de l'établissement a informé M. A que son contrat de travail ne serait pas renouvelé. Par un jugement n° 1802500 du 17 septembre 2020, le tribunal administratif de Rennes a annulé cette décision au motif que la matérialité des faits invoqués par l'EPMS de Kerampuilh pour justifier le non-renouvellement du contrat de travail de M. A n'était pas établie. Par courrier du 25 novembre 2021, l'intéressé a sollicité auprès de cet établissement le versement à son profit de la somme de 21 801,52 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 20 juin 2017. Sa demande indemnitaire préalable a été rejetée par une décision du 25 janvier 2022. Par la présente requête, M. A demande la condamnation de l'EPMS de Kerampuilh à lui verser la somme de 21 801,52 euros.
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'EPMS de Kerampuilh :
2. Il ressort des motifs du jugement n° 1802500 rendu par le tribunal le 17 septembre 2020, devenu définitif, que les conclusions de M. A tendant à la condamnation de l'EPMS de Kerampuilh à l'indemniser des préjudices qu'il estimait avoir subis en raison de l'illégalité de la décision du 20 juin 2017 de non-renouvellement de son contrat de travail à durée déterminée ont été rejetées pour une cause d'irrecevabilité, sans examen du bien-fondé de ses prétentions, faute pour l'intéressé d'avoir présenté une demande indemnitaire préalable.
3. L'exception de chose jugée concernant le fond du droit, la fin de non-recevoir opposée par l'EPMS de Kerampuilh, tirée de ce que M. A ne peut pas, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée qui s'attache à ce jugement du 17 septembre 2020, présenter une nouvelle demande indemnitaire fondée sur l'illégalité de la décision du 20 juin 2017, ne peut qu'être écartée. L'autorité relative de la chose jugée ne fait en tout état de cause pas obstacle à ce que M. A présente des conclusions indemnitaires dans le cadre d'une nouvelle requête ayant le même objet, après avoir formulé une réclamation préalable liant le contentieux par un courrier du 25 novembre 2021. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir soulevée par l'EPMS de Kerampuilh tirée de l'exception de chose jugée doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute :
4. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser les frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Enfin, il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période d'éviction ainsi que, le cas échéant, les sommes perçues à titre d'indemnité de licenciement.
5. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction que par le jugement devenu définitif n° 1802500 du 17 septembre 2020, le tribunal a annulé la décision du 20 juin 2017 de non-renouvellement du contrat de travail à durée déterminée de M. A au motif que la matérialité des faits reprochés à l'intéressé par l'EPMS de Kerampuilh de M. A n'était pas établie. L'illégalité entachant cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de cet établissement.
En ce qui concerne les préjudices :
6. En premier lieu, M. A, employé à l'EPMS de Kerampuilh à compter du 10 février 2014, a bénéficié de contrats à durée déterminée successifs dont la plupart, notamment le dernier, ont été conclus pour une durée de six mois. Si le requérant fait valoir qu'il pouvait attendre un renouvellement de son contrat et qu'il avait une réelle chance d'obtenir un contrat à durée indéterminée ou une titularisation, il ne l'établit pas en se bornant à indiquer de manière peu circonstanciée qu'un moniteur éducateur aurait été nommé après son départ et que " plusieurs professionnels " moins anciens sur la fonction auraient été titularisés après la fin de leur contrat. Dans ces circonstances, et alors que l'EPMS de Kerampuilh ne démontre pas la disparition du besoin d'employer un agent contractuel sur le poste de moniteur éducateur dès le terme du dernier contrat de travail de M. A et n'invoque aucun autre motif tiré de l'intérêt du service susceptible de justifier du non-renouvellement du contrat de travail de l'intéressé, il résulte de l'instruction que si ce dernier n'avait pas été irrégulièrement évincé du service, l'engagement dont l'intéressé aurait bénéficié doit être regardé comme étant un nouveau contrat d'une durée déterminée de six mois. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement qu'en réparation de son préjudice financier tenant à la perte de ses revenus professionnels qui revêt un caractère direct et certain, M. A a droit à une indemnité correspondant à la différence entre, d'une part, le traitement net calculé en fonction de l'indice prévu à son contrat et les indemnités qui en constituent l'accessoire et, d'autre part, les allocations pour perte d'emploi et les rémunérations provenant des activités qu'il auraient exercées au cours de sa période d'éviction illégale.
7. D'une part, il résulte de son dernier contrat de travail conclu le 20 décembre 2016 pour la période du 1er janvier au 30 juin 2017 que le requérant bénéficiait d'une rémunération correspondant à l'indice brut de 350 et à l'indice majoré de 327, à laquelle " s'ajout[aient] le cas échéant les majorations et indemnités à caractère familial, les indemnités pour travail de nuit, l'indemnité de sujétion spéciale, l'indemnité différentielle du SMIC ". Eu égard à l'attestation de salaire pour l'année 2017 et aux bulletins de salaire produits, sa rémunération nette, qui s'est élevée à la somme totale de 8 758,24 euros sur l'ensemble du premier semestre 2017, était en particulier égale à 1 434,04 euros en avril, mai et juin 2017. D'autre part, si le requérant fait valoir qu'il a perçu l'allocation d'aide au retour à l'emploi sur l'ensemble de la période du 1er juillet au 31 décembre 2017, l'attestation des périodes indemnisées de Pôle Emploi qu'il produit s'agissant de cette période ne mentionne le versement de cette allocation qu'entre le 11 juillet et le 30 novembre 2017. Il résulte de son avis d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 qu'il a perçu au cours de cette année un total de 13 474 euros de salaires nets et 2 852 euros d'autres revenus salariaux, lesquels comprennent l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Dans ces conditions, compte tenu des éléments versés au dossier, il sera fait une juste appréciation de son préjudice tenant à la perte de ses revenus professionnels en le fixant à la somme de 1 036 euros.
8. En deuxième lieu, M. A invoque un préjudice de carrière et professionnel en faisant valoir qu'il aurait perdu une chance de conclure un contrat de travail à durée indéterminée ou d'être titularisé et qu'il s'était investi pleinement dans son poste au sein de l'EPMS de Kerampuilh, avec notamment la création d'ateliers cirque et la réalisation d'autres projets. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, il n'est pas certain que le requérant aurait obtenu dans le futur un contrat à durée indéterminée ou qu'il aurait été titularisé. Par ailleurs, il ne démontre pas l'investissement particulier dans son poste dont il se prévaut. Il n'y a dès lors pas lieu de l'indemniser au titre de ce préjudice.
9. En dernier lieu, alors que le jugement n° 1802500 rendu le 17 septembre 2020 par le tribunal n'a pas retenu que la décision du 20 juin 2021 de non renouvellement de son contrat de travail constituerait une sanction déguisée, le requérant n'établit pas l'existence d'une telle sanction déguisée dans la présente instance. En revanche, compte tenu de l'incidence des faits qui lui ont été reprochés par la décision du 20 juin 2021 sans que ne soit établie leur matérialité, de la perte de son emploi eu sein de l'EPMS de Kerampuilh et des contraintes induites par la recherche d'un nouvel emploi, il sera fait une juste appréciation en allouant à M. A la somme de 2 500 euros au titre de son préjudice moral.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'EPMS de Kerampuilh doit seulement être condamné à verser à l'EPMS de Kerampuilh la somme totale de 3 536 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.
Sur les frais liés au litige :
11. D'une part, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EPMS de Kerampuilh le versement à M. A de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, cette somme ne comprenant en revanche pas les droits de plaidoirie dont le remboursement est demandé par M. A dès lors que ce dernier n'était pas représenté à l'audience.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'EPMS de Kerampuilh la somme que ce dernier réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. A au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'EPMS de Kerampuilh est condamné à verser à M. A la somme de 3 536 euros en réparation des préjudices subis.
Article 2 : L'EPMS de Kerampuilh versera à M. A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement public médico-social Kerampuilh.
Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne à la ministre chargé du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026