jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201213 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | JACQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars 2022 et 7 mai 2024, Mme C A née B, représentée par Me Jacquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la société Réseau de Transport d'Electricité (RTE) à lui verser la somme globale de 10 170,40 euros en réparation de son préjudice résultant de travaux de déboisement réalisés par la société RTE sur des terrains lui appartenant situés au lieu-dit " Keryuel " à Arzano ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 12 novembre 2021 ;
3°) de mettre à la charge de la société RTE la somme de 3 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige, dès lors que les dommages résultent de travaux d'entretien des ouvrages qui font l'objet de la servitude et ne sont donc pas les conséquences certaines, directes et immédiates de cette dernière ;
- son intérêt pour agir est établi par sa qualité de propriétaire des parcelles en litige ;
- la prescription quinquennale prévue par l'article 2224 du code civil n'est pas intervenue, dès lors que le délai de cinq ans a commencé à courir à compter du 5 février 2021, date du rapport du géomètre expert qui a révélé le dépassement de l'emprise de déboisement prévue par la convention de servitude signée en 1967 ;
- les travaux de déboisement en litige sont dépourvus de base légale, dès lors qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une servitude conventionnelle et qu'ils n'ont pas donné lieu à une indemnisation ;
- ces travaux méconnaissent les dispositions de l'article L. 323-3 du code de l'énergie ;
- ils méconnaissent les articles 2.1.1 et 2.1.2 de la charte des bonnes pratiques de la gestion de la végétation d'octobre 2006, dès lors qu'elle ne les a pas autorisés et n'a pas été informée de leur exécution ;
- l'empiètement du déboisement sur les parcelles cadastrées AZ n° s 64 et 65 par rapport à celui autorisé en 1964 et 1967, d'une moyenne de trois mètres environ, est établi par le rapport du géomètre expert du 5 février 2021 ;
- l'ampleur de cet élargissement, qui représente une superficie de 5 040 m², n'est pas justifiée au regard de l'article 26 de l'arrêté ministériel du 17 mai 2001 fixant les conditions techniques auxquelles doivent satisfaire les distributions d'énergie électrique ;
- la société RTE ne lui a pas versé l'indemnité de 2 286,40 euros due au titre des travaux d'élargissement du tracé en aplomb autour de la ligne aérienne " U6 " sur les parcelles n° 32, 54, 64, 65, 66 et 143 et fixée par les décomptes du 12 décembre 2013 alors qu'elle s'était engagée à le faire ;
- elle doit être indemnisée des faits de déboisement sauvage en application de l'article L. 323-7 du code de l'énergie et de la charte des bonnes pratiques de la gestion de la végétation d'octobre 2006 ;
- les déboisements de 2019 ainsi que la disparition des bois coupés lui causent un préjudice esthétique compte tenu d'une atteinte à son cadre de vie, un préjudice de rendement en raison de l'abattage de très nombreux arbres, d'une atteinte au droit de chasse ainsi qu'un préjudice patrimonial eu égard à la dévalorisation des parcelles anciennement boisées ;
- le montant de ces préjudices est estimé de manière forfaitaire à 6 000 euros ;
- le rapport du géomètre expert, dont la mission a été acceptée par la société RTE, s'est avéré utile à la clarification de la situation de fait, de sorte que les frais et honoraires d'un montant de 1 884 euros qu'elle a prise en charge doivent lui être remboursés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, la société Réseau de Transport d'Electricité (RTE), représentée par Me Maudet et Me Camus (SARL Inter-barreaux Maudet-Camus), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A.
Elle fait valoir que :
- le litige ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, dès lors que la demande indemnitaire, fondée sur l'article L. 313-7 du code de l'énergie, tend à réparer le préjudice de dépréciation de la parcelle qui est la conséquence directe, matérielle et immédiate de la servitude instaurée par la convention du 2 février 1967 et relève ainsi de la compétence de la juridiction judiciaire en application de l'article L. 313-7 précité ;
- la requérante ne justifie pas de son intérêt pour agir, dès lors qu'elle ne justifie pas être l'unique propriétaire des parcelles déboisées cadastrées section AZ n° s 64 et 65 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la réalité de la dépréciation vénale des parcelles boisées, du préjudice esthétique et de l'atteinte à son droit de chasse n'est pas établie ;
- la demande indemnitaire d'un montant de 2 286,40 euros au titre des travaux d'élargissement n'est pas fondée, dès lors que ces travaux n'ont pas été réalisés et que cette demande est prescrite en application de l'article 2224 du code civil ;
- les frais et honoraires du géomètre expert doivent rester à la charge de la requérante, dès lors qu'aucune faute n'est imputable à la société RTE.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie ;
- le décret n° 67-886 du 6 octobre 1967 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,
- et les observations de Me Cassard, représentant la société RTE.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A est propriétaire des parcelles cadastrées AZ n° 64 et 65, d'une superficie totale de 2,1680 hectares, situées au lieu-dit " Keryuel " à Arzano. Ces parcelles sont surplombées par deux lignes électriques à très haute tension (225 kilovolts), soit la ligne " Poteau-rouge à Squividan " et la ligne " Concarneau à Poteau rouge ". Le 3 juillet 2019, la société Réseau de Transport d'Electricité (RTE) a mandaté la société LDLG pour qu'elle procède à des travaux d'élagage et d'abattage des arbres afin de faire respecter la règlementation en matière de distances de sécurité entre ces derniers et les conducteurs d'électricité. Mme A soutenant être victime de déboisements sauvages et successifs, a demandé à la société RTE, par courriers des 12 novembre 2019, 27 juillet 2020 et 12 novembre 2021, de réparer les préjudices subis, évalués en dernier lieu à un montant total de 10 170,40 euros. Par un courrier du 12 janvier 2022, la société RTE a accepté de lui verser une indemnité à hauteur de 240 euros. Mme A demande au tribunal de condamner la société RTE à lui verser la somme globale de 10 170,40 euros à titre de dommages et intérêts assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 novembre 2021.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 323-3 du code de l'énergie : " Les travaux nécessaires à l'établissement et à l'entretien des ouvrages de la concession de transport ou de distribution d'électricité peuvent être, sur demande du concédant ou du concessionnaire, déclarés d'utilité publique par l'autorité administrative. () ". Selon l'article L. 323-4 du même code, reprenant les dispositions du troisième alinéa de l'article 12 de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie : " La déclaration d'utilité publique investit le concessionnaire, pour l'exécution des travaux déclarés d'utilité publique, de tous les droits que les lois et règlements confèrent à l'administration en matière de travaux publics. Le concessionnaire demeure, dans le même temps, soumis à toutes les obligations qui dérivent, pour l'administration, de ces lois et règlements. / La déclaration d'utilité publique confère, en outre, au concessionnaire le droit : () 4° De couper les arbres et branches d'arbres qui, se trouvant à proximité des conducteurs aériens d'électricité, gênent leur pose ou pourraient, par leur mouvement ou leur chute, occasionner des courts-circuits ou des avaries aux ouvrages. ". Selon l'article L. 323-5 du même code : " Les servitudes () d'abattage d'arbres et d'occupation temporaire s'appliquent dès la déclaration d'utilité publique des travaux. ". Aux termes de l'article L. 323-7 du même code : " Lorsque l'institution des servitudes prévues à l'article L. 323-4 entraîne un préjudice direct, matériel et certain, elle ouvre droit à une indemnité au profit des propriétaires, des titulaires de droits réels ou de leurs ayants droit. / L'indemnité qui peut être due à raison des servitudes est fixée, à défaut d'accord amiable, par le juge judiciaire. ". L'article 1er du décret du 6 octobre 1967 portant règlement d'administration publique pour l'application de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie et de la loi du 16 octobre 1919 relative à l'utilisation de l'énergie hydraulique énonce que : " Une convention passée entre le concessionnaire et le propriétaire ayant pour objet la reconnaissance des servitudes d'appui, de passage, d'ébranchage ou d'abattage prévues au troisième alinéa de l'article 12 de la loi du 15 juin 1906 susvisée peut remplacer les formalités prévues au quatrième alinéa dudit article. / Cette convention produit, tant à l'égard des propriétaires et de leurs ayants droit que des tiers, les effets de l'approbation du projet de détail des tracés par le préfet, qu'elle intervienne en prévision de la déclaration d'utilité publique des travaux ou après cette déclaration, ou, en l'absence de déclaration d'utilité publique, par application de l'article 298 de la loi du 13 juillet 1925 susvisée. ".
3. D'une part, il résulte de la combinaison des dispositions mentionnées au point précédent que les servitudes mentionnées par l'article 12 de la loi du 15 juin 1906, codifié aux articles L. 323-3 et suivants du code de l'énergie, ne peuvent être instituées qu'après l'enquête publique prévue par l'article 52 du décret du 29 juillet 1927 par une déclaration d'utilité publique ou par la convention passée entre le concessionnaire et le propriétaire prévue par l'article 1er du décret du 6 octobre 1967.
4. D'autre part, en application des articles L. 323-4, L. 323-6 et L. 323-7 du code de l'énergie, si les conséquences des dommages purement accidentels causés par les travaux de construction, de réparation ou d'entretien des ouvrages relèvent de la compétence des juridictions administratives, les juridictions judiciaires sont seules compétentes pour connaître des dommages qui sont les conséquences certaines, directes et immédiates des servitudes instituées au profit des concessionnaires de distribution d'énergie, tels que la dépréciation de l'immeuble, les troubles de jouissance et d'exploitation, la gêne occasionnée par le passage des préposés à la surveillance et à l'entretien.
5. Il résulte de l'instruction que les travaux de déboisement en litige ont été réalisés à l'aplomb des deux lignes électriques à très haute tension " Landerneau à Poteau-rouge " et " Poteau-rouge à Squividan ", lesquelles traversent les parcelles cadastrées AZ n° s 64 et 65 qui appartiennent à Mme A. Dans le cadre de l'entretien de ces lignes électriques, ces parcelles ont été grevées d'une servitude d'ébranchage ou d'abattage instituée par une convention conclue entre la mère de la requérante et Electricité de France (EDF) le 2 février 1967 pour la ligne électrique aérienne " Landerneau à Poteau-rouge ", dénommée aujourd'hui " Concarneau à Poteau rouge " et par un arrêté ministériel du 5 juin 1969 pour la ligne " Loscoat à Poteau-rouge ", dénommée aujourd'hui " Poteau-rouge à Squividan ". Mme A soutient que ces travaux, réalisés par la société RTE, venant aux droits et obligations de la société EDF, ont eu pour effet d'élargir la superficie de l'emprise de déboisement initialement autorisée par l'arrêté ministériel du 5 juin 1969 et la convention précités et qu'ils lui causent des préjudices esthétiques, de rendement et patrimoniaux et portent atteinte à ses droits de chasse. Dans ces conditions, la demande d'indemnité présentée par Mme A en raison de la mauvaise exécution par la société RTE des travaux de déboisement autorisés par ces servitudes porte sur des dommages qui sont les conséquences certaines, directes et immédiates des servitudes instituées au profit des concessionnaires de distribution d'énergie et relève ainsi de la compétence de la juridiction judiciaire.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société RTE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la société Réseau de Transport d'Electricité.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
C. PellerinLe président,
signé
E. BerthonLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026