vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201450 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS NORMAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 19 mars, 25 avril et 17 octobre 2022, M. et Mme D et C B, agissant en qualité de représentants légaux de leur fille A B, représentés par Me Matel, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier Bretagne Atlantique à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis par leur fille A en lien avec sa prise en charge par cet établissement lors de son hospitalisation du 16 au 18 octobre 2020 ;
2°) de désigner, avant dire droit, un expert pour déterminer les causes, origines et conséquences des préjudices en lien avec la prise en charge de leur fille par le centre hospitalier Bretagne Atlantique du 16 au 18 octobre 2020 ;
3°) de réserver les dépens.
Ils soutiennent que :
- leur fille a été hospitalisée au centre hospitalier Bretagne Atlantique du 16 au 18 octobre 2020 suite à une chute dans les escaliers survenue dans son établissement scolaire ;
- ils s'interrogent sur les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier Bretagne Atlantique, ainsi que sur son éventuelle responsabilité quant aux dommages subis par leur fille ;
- la responsabilité du centre hospitalier Bretagne Atlantique doit être engagée en application de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique dès lors qu'il n'est pas établi qu'eux-mêmes ou leur fille auraient été informés des conséquences susceptibles d'être générées par l'usage de la machine ayant permis de découper la résine sur le bras droit de leur fille ;
- il n'est pas exclu que la responsabilité du centre hospitalier Bretagne Atlantique doive également être engagée en application de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison d'une ou plusieurs fautes commises dans l'usage de l'appareil de découpe de la résine ;
- l'existence d'une défectuosité de cet appareil n'est pas davantage exclue ;
- ils évaluent les préjudices subis par leur fille en lien avec sa prise en charge dans l'établissement à la somme totale de 10 000 euros, au titre des souffrances qu'elle a endurées, de son préjudice d'agrément et de son préjudice esthétique ;
- de manière à déterminer les causes, origines et conséquences de l'ensemble des préjudices subis par leur fille, ils sollicitent la mise en œuvre, avant dire droit, d'une mesure d'expertise judicaire contradictoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le centre hospitalier Bretagne Atlantique, représenté par la SCP Normand et associés, conclut à ce que soit ordonnée une expertise médicale, à la désignation d'un collège d'experts spécialisé en orthopédie pour y procéder, à ce qu'il soit sursis à statuer sur l'indemnisation des éventuels préjudices de la jeune A B dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise définitif et, enfin, à ce soient réservés les dépens ainsi que les frais exposés et non compris dans les dépens.
Il fait valoir que :
- il ne s'oppose pas à la demande d'expertise présentée dans les conditions qu'il expose ;
- en l'état de la procédure, aucun élément ne permet de conclure à sa responsabilité.
La requête a été communiquée aux caisses primaires d'assurance maladie du Finistère et du Morbihan ainsi qu'à la société Groupama Bretagne qui n'ont pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Met, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la prise en charge de leur fille E, née le 6 janvier 2008, par le centre hospitalier Bretagne Atlantique du 16 au 18 octobre 2020, M. et Mme D et C B ont, le 8 février 2021, saisi cet établissement d'une demande tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle aurait subis en lien avec cette prise en charge. Leur demande a été expressément rejetée par une décision du 20 janvier 2022.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'étaient l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
4. Par ailleurs, sans préjudice d'éventuels recours en garantie, le service public hospitalier est responsable, même en l'absence de faute de sa part, des conséquences dommageables pour les usagers de la défaillance des produits et appareils de santé qu'il utilise.
5. Selon les déclarations de M. et Mme B, leur fille A aurait, le 16 octobre 2020, chuté dans des escaliers au sein de son collège et aurait été conduite par une ambulance au centre hospitalier Bretagne Atlantique. Après deux heures d'attente, il lui aurait été diagnostiqué une luxation du coude droit nécessitant une réduction et une immobilisation à l'aide de résine. Cette intervention a été réalisée le même jour au bloc opératoire sous anesthésie générale. Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, la jeune A, hospitalisée, aurait ressenti un port de plâtre inconfortable et une vive douleur au bras droit qui aurait gonflé. Le 17 octobre 2020, le plâtre lui aurait été retiré par deux infirmières à la demande du chirurgien orthopédique. Selon les requérants, cet acte aurait été réalisé sans qu'ait au préalable été posé une réglette de protection entre le plâtre et le bras de leur fille, laquelle aurait alors subi de vives douleurs et ressenti à plusieurs reprises l'appareil de découpe toucher son bras, occasionnant une sensation de brûlure. Un scanner aurait par ailleurs révélé l'existence d'une fracture de l'épicondyle supérieur droit nécessitant la réalisation d'une nouvelle intervention chirurgicale, d'abord prévue le même jour puis reportée au lendemain matin. Lors de cette opération, une seconde fracture de l'épicondyle aurait été détectée et également traitée. La jeune A aurait ensuite quitté le centre hospitalier en fin d'après-midi. Lors du retrait du plâtre le 4 décembre 2022, une cicatrice a été constatée sur son bras.
6. Si les déclarations des requérants quant au déroulé de la prise en charge de leur fille sont cohérentes avec les pièces produites, notamment le dossier médical qui leur a été remis et le rapport établi par le médecin de leur assureur, le tribunal, au regard de ces seuls éléments, ne s'estime pas suffisamment éclairé en l'état de l'instruction et n'est pas en mesure de statuer sur l'existence de manquements du centre hospitalier Bretagne Atlantique dans la prise en charge de la jeune A au regard des dispositions citées aux points 2 et 3, ni sur l'éventualité d'une défectuosité de l'appareil de santé utilisé pour le retrait de son plâtre, ni en outre sur l'éventuelle perte de chance qui en aurait résulté, ni encore sur l'étendue des préjudices qu'elle aurait le cas échéant subis. Il y a dès lors lieu, ainsi que le sollicitent les parties, d'ordonner, avant dire droit sur les conclusions de la requête, une expertise dans les conditions prévues dans le dispositif du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. et Mme B, procédé par un expert spécialisé en orthopédie, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission de :
1°) prendre connaissance du présent jugement et de la procédure ; se faire communiquer par tout tiers détenteur et prendre connaissance de l'entier dossier médical A B, notamment tous rapports d'expertise antérieurs et tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et traitements dont a bénéficié l'intéressée en lien avec sa prise en charge au centre hospitalier Bretagne Atlantique ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical A B et, le cas échéant, à son examen clinique ;
2°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état A B et aux symptômes qu'elle présentait ;
3°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors de l'hospitalisation A B ;
4°) déterminer si l'appareil ayant servi à la découpe du plâtre A B présentait un caractère défectueux ayant été susceptible d'occasionner son dommage ;
5°) déterminer, le cas échéant, la date de consolidation de l'état de santé A B ;
6°) donner son avis sur la part des préjudices présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement éventuel du centre hospitalier Bretagne Atlantique et / ou une défectuosité d'un appareil de santé, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec les conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, son évolution, ou toute autre cause extérieure ; fournir, le cas échéant, les éléments pour apprécier l'ampleur de la chance perdue d'éviter son dommage ;
7°) dire si le retrait du plâtre A B par l'appareil de santé en cause présentait des risques fréquents ou graves normalement prévisibles et si, le cas échéant, l'intéressée et / ou ses parents ont été informés de ces risques ainsi que des autres solutions possibles et des conséquences prévisibles en cas de refus ;
8°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance de préjudices de toute nature avant et après consolidation, ainsi que toute information utile à la solution du litige.
Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. et Mme D et C B, le centre hospitalier Bretagne Atlantique, ainsi que les caisses primaires d'assurance maladie du Finistère et du Morbihan.
Article 3 : L'expert pourra, en tant que de besoin, se faire assister d'un sapiteur, après y avoir été autorisé par le président du tribunal.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et C B, au centre hospitalier Bretagne Atlantique, aux caisses primaires d'assurance maladie du Finistère et du Morbihan et à la société Groupama France.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Labouysse, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
D. LabouysseLa greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne à la ministre chargée de la santé en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026