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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201520

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201520

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201520
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BONDIGUEL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 23 mars 2022 et 12 mars 2024, M. C B, représenté par la SCPA Bondiguel et Associés, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) la mise à la charge de l'État d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration n'établit pas qu'il a appréhendé les chèques-cadeaux regardés comme des revenus qui lui auraient été distribués par la société B Père et Fils dont il est le co-gérant, en relevant qu'il a signé, pour le compte de cette société, les documents de règlement des chèques-cadeaux établis par le fournisseur ;

- l'absence d'enregistrement comptable de ces chèques-cadeaux ou d'attribution officielle à des salariés de l'entreprise ne permet pas d'établir qu'il a personnellement et effectivement appréhendé ces chèques-cadeaux ; il n'a pas pu disposer librement de ces chèques-cadeaux dès lors qu'il n'est que co-gérant ;

- l'argumentation de l'administration revient à renverser la charge de la preuve.

Par un mémoire en défense et un mémoire purement confirmatif, enregistrés les 26 septembre 2022 et 15 mars 2024, le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Poirrier-Jouan, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) B Père et Fils, qui présentait jusqu'en juin 2017 le caractère d'une société à responsabilité limitée (SARL) dénommée " B Peinture ", et qui est soumise à l'impôt sur les sociétés, a fait l'objet en 2019 d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er septembre 2015 au 30 juin 2018 au terme de laquelle l'administration lui a adressé, le 13 novembre 2019, une proposition de rectification l'informant, selon la procédure contradictoire, de la réintégration à ses résultats des exercices clos les 30 juin 2016 à 2018, des remises de fin d'année consenties par certains de ses fournisseurs en raison des achats réalisés auprès d'eux durant les années 2015 à 2017, que la société avait omises de comptabiliser. L'administration a regardé ces sommes comme constitutives de revenus distribués et, par un courrier du 13 novembre 2019, a demandé à la SAS B Père et Fils d'en désigner le ou les bénéficiaires, en application de l'article 117 du code général des impôts. Le conseil de la société a répondu à cette demande le 13 décembre 2019 en désignant M. A, à cette date ancien salarié et retraité, comme bénéficiaire d'une partie de ces remises, à savoir celles consenties sous la forme de chèques-cadeaux. L'administration, estimant que cette désignation n'était pas vraisemblable, a adressé le 10 juillet 2020 à M. C B une proposition de rectification l'informant, selon la procédure de rectification contradictoire, de son intention de soumettre entre ses mains à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales, en tant que revenus distribués au sens du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et du c de l'article 111 du même code, au titre des années 2017 et 2018, les montants des chèques-cadeaux remis à la société B Père et Fils par son fournisseur, la société STO, soit 13 286 euros en 2017 et 14 195 euros en 2018. M. B a contesté cette rectification dans des observations produites le 2 septembre 2020, auxquelles l'administration a répondu le 24 septembre 2020 en confirmant la rectification. Le contribuable a formé un recours hiérarchique à l'issue duquel l'administration a réaffirmé sa position. Après la mise en recouvrement des impositions supplémentaires, M. B a formé une réclamation, admise partiellement par une décision du 27 janvier 2022, dans laquelle l'administration a confirmé toutefois le bien-fondé de la rectification et a uniquement corrigé une erreur de calcul portant sur les intérêts de retard.

2. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts, dont les dispositions sont relatives aux revenus assimilés aux produits d'actions ou de parts sociales : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital / () ". Aux termes de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

3. En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

4. Ces revenus sont présumés distribués à la date de clôture de l'exercice au terme duquel leur existence a été constatée, sauf si le contribuable ou l'administration apportent des éléments de nature à établir que la distribution a été, en fait, soit postérieure, soit antérieure à cette date.

Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions établies au titre de l'année 2017 :

5. Afin d'établir l'appréhension des revenus distribués procédant de l'absence de comptabilisation par la SAS B Père et Fils de la remise de fin d'année qui lui a été accordée, en 2017, par son fournisseur, la société STO, au vu du volume d'affaires réalisé en 2016, sous la forme d'une remise de chèques-cadeaux d'une valeur de 13 286 euros, l'administration fait valoir que M. C B est identifié comme contact sur le bon de commande souscrit par la société STO auprès du fournisseur de chèques-cadeaux et que le document de règlement des remises de fin d'année comporte son nom sous l'intitulé " information bénéficiaire " et a été signé par M. C B. Elle souligne par ailleurs que les chèques-cadeaux en cause ne sont pas nominatifs et peuvent être ainsi utilisés par tout détenteur.

6. Il ressort du bon de commande produit par l'administration que les chèques-cadeaux ont été expédiés directement par la société Up, fournisseur de la société STO, à l'adresse de la société B Père et Fils. M. C B n'apparaît sur ce document qu'en qualité de contact pour la livraison. D'ailleurs, il a signé ce bon de livraison le 11 mai 2017. S'agissant du document de règlement, l'administration a produit deux exemplaires identiques par leur forme, mais différents par les mentions qui y figurent. Un seul, celui qui ne comporte ni la signature de M. C B ni celle d'aucun représentant légal de la société, identifie M. C B comme bénéficiaire de la remise, tout en laissant vierge la case " à cocher si les informations sur le bénéficiaire diffèrent de celles sur le client ", alors que le client de la société STO était en 2016 et au début de l'année 2017, la SARL B Peinture devenue au cours de cette année la SAS B Père et Fils. Par ailleurs, si ces documents identifient M. C B comme dirigeant, l'administration fait état de ce que la société distributrice était dirigée jusqu'au 29 juin 2017, et ainsi à la date de la remise des chèques-cadeaux, par son fondateur, M. D B, et que ce n'est que postérieurement à cette date qu'elle est présidée par la SARL GRetD dont M. C B et son frère M. E B sont les gérants. Le service n'établit ni même ne soutient que M. C B aurait eu la qualité de dirigeant de fait, pour justifier de l'appréhension des chèques-cadeaux en litige, qu'il a donc réceptionnés en mai 2017 en qualité de simple salarié de la SARL B Peinture et pour le compte de celle-ci. Or, en dépit, d'une part, des liens familiaux et d'intérêt qui unissaient M. C B au dirigeant de cette société et de l'absence de comptabilisation de ces chèques-cadeaux par la SARL B Peinture, les conditions de leur réception ne suffisent pas à révéler l'appréhension, le 11 mai 2017 ou même d'ailleurs à la clôture de l'exercice, le 30 juin 2017, par M. C B, qui n'était pas seul maître de l'affaire, du revenu distribué en cause. Par suite, M. C B est fondé à obtenir la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions établies au titre de l'année 2018 :

7. Afin d'établir l'appréhension des revenus distribués procédant de l'absence de comptabilisation par la SAS B Père et Fils de la remise de fin d'année qui lui a été accordée, en 2018, par son fournisseur, la société STO, au titre du volume d'affaires de l'année 2017, sous la forme d'une remise de chèques-cadeaux d'une valeur de 14 195 euros, l'administration fait valoir que le document de règlement de cette remise, signé par M. C B, comporte à la rubrique " bénéficiaire " la mention " B Père et Fils, M. B C "et que la rubrique mode de règlement précise que les chèques-cadeaux ont été remis en main propre. Elle rappelle également le caractère non nominatif de ces chèques-cadeaux. Ce document de règlement démontre que M. C B qui, certes n'était pas seul maître de l'affaire, mais était en 2018 co-gérant, de la SARL GRetD, présidente et unique associée de la SAS B Père et Fils et qui, à ce titre, disposait conjointement avec son frère du pouvoir de décider de l'usage des chèques-cadeaux remis par la société STO, en a ainsi eu la disposition. Or, il n'apporte aucune précision sur l'utilisation qui a pu en être faite et notamment n'établit pas qu'ils ont été utilisés par la SAS B Père et Fils, qui ne les a pas comptabilisés. Par suite, il doit être regardé comme les ayant appréhendés et, dès lors, comme ayant été le bénéficiaire des revenus distribués correspondants. Ainsi M. C B n'est pas fondé à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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