mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201537 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | Cabinet Gwenvaël Couhault |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, M. A B et Mme D C, représentés par Me Couhault et Me Dupoux, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014, 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils n'ont pas été informés de la méthode de détermination de l'assiette des impositions en litige ainsi que des éléments qui la composent ; ainsi la proposition de rectification qui leur a été adressée n'est pas suffisamment motivée ;
- l'administration n'a pas indiqué s'il s'agissait de charges fictives ou de charges non appuyées de justificatifs ou encore de charges qui ne seraient pas justifiées dans leur principe et/ou leur montant ;
- l'administration n'établit pas l'appréhension effective des sommes en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soulève une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête et soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B et Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est le président de la société par actions simplifiée (SAS) HQS Conseils. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, au titre de la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2017. À l'issue de ce contrôle, l'administration lui a notifié des rehaussements de son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés, au titre de l'ensemble des exercices compris dans la période vérifiée. Parallèlement, elle a estimé que certaines des dépenses de cette société, dont la déductibilité était remise en cause, présentaient le caractère de revenus distribués. Elle a ainsi demandé à la SAS HQS Conseils, en application de l'article 117 du code général des impôts de désigner le ou les bénéficiaires de ces revenus distribués. Le 22 décembre 2017, le service a adressé à M. B et à sa conjointe, Mme C, une première proposition de rectification, relative à l'année 2014, les informant du caractère imposable à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts, et par suite également aux contributions sociales, de sommes correspondant à des dépenses relatives au véhicule personnel de M. B, modèle Audi Q7, d'un montant de 3 287 euros et comptabilisées, selon lui, à tort en charges par la société. La SAS HQS Conseils a désigné son président, M. B, comme bénéficiaire des revenus distribués par des courriers des 19 janvier et 5 avril 2018. L'administration a adressé, le 6 juillet 2018, une nouvelle proposition de rectification, relative aux années 2015 et 2016, aux requérants. Ce document comporte s'agissant d'autres dépenses de la SAS HQS Conseils, une analyse comparable à celle figurant dans la proposition de rectification du 22 décembre 2017, mais fonde les impositions sur les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. B et Mme C ont formulé des observations sur les rectifications notifiées au titre des années 2015 et 2016, le 3 août 2018 et sur les rectifications relatives à l'année 2014, seulement le 16 août 2018. L'administration a répondu à ses observations, le 3 août 2018, en admettant d'abandonner l'application des dispositions du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts en matière de contributions sociales. Les impositions supplémentaires établies au titre des trois années en litige ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2019. Les intéressés ont formé une réclamation contentieuse le 29 décembre 2021, qui a été rejetée le 11 janvier 2022. Dans le cadre de la présente instance, ils contestent la régularité de la procédure d'imposition ainsi que le bien-fondé des impositions mises à leur charge.
Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées, de manière à lui permettre de formuler utilement ses observations. En cas de motivation par référence, l'administration doit, en principe, annexer les documents auxquels elle se réfère dans la proposition de rectification ou en reprendre la teneur.
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification n° 2120 - SD, relative à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales de l'année 2014, qui a été adressée aux requérants, le 22 décembre 2017, indique dès sa page 2 qu'elle résulte de la vérification de comptabilité en cours de la SAS HQS conseils, dont M. B est le président, que des " rehaussements relevés dans le cadre de cette procédure emportent une incidence sur les sommes à déclarer au titre de l'impôt sur les revenus " et que cette proposition de rectification leur est adressée concomitamment à la proposition de rectification n° 3924 interruptrice de prescription pour 2014, propre à la société. Elle informe ensuite les contribuables que le caractère déductible de dépenses d'un montant toutes taxes comprises de 3 287 euros a été remis en cause au niveau de la société au titre de l'exercice clos en 2014, que ces dépenses sont relatives au véhicule Audi Q7 de M. B, qu'elles n'ont pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise, le véhicule en cause étant strictement personnel à M. B, et qu'elles constituent des revenus distribués devant être soumis à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014 sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts. Si cette proposition de rectification ne comporte ni le détail de la somme de 3 287 euros ni la date de chacune des dépenses la constituant, la proposition de rectification concernant la SAS HQS conseils à laquelle elle se réfère expressément et qui a été envoyée le même jour à la même adresse à destination de M. B, comporte l'ensemble de ces éléments. M. B et Mme C disposaient ainsi de l'ensemble des éléments leur permettant de formuler des observations en réponse à la proposition de rectification qui leur avait été adressée le 22 décembre 2017, laquelle était ainsi suffisamment motivée. La proposition de rectification n° 2120-SD relative à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales des années 2015 et 2016, qui a été adressée aux requérants le 6 juillet 2018, indique à sa page 2 qu'elle est consécutive à la vérification de comptabilité de la SAS HQS conseils, que des rehaussements relevés dans le cadre de cette procédure " emportent une incidence sur les sommes à déclarer au titre de l'impôt sur les revenus des années 2015 et 2016 et qu'elle leur est adressée consécutivement à la proposition de rectification n° 3924 propre à la société et portant sur les exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et après prise en compte des observations de M. B dans le cadre de cette procédure distincte ". La proposition de rectification du 6 juillet 2018 mentionne ensuite les différentes dépenses dont le caractère déductible a été remis en cause au niveau de la SAS HQS conseils, par exercice, en les regroupant et en indiquant leur montant par type de dépenses, souligne que ces dépenses n'ont pas été engagées par cette société dans son intérêt direct, ont donc été réintégrées à ses résultats imposables et sont considérées comme des revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts imposables à l'impôt sur le revenu des années 2015 et 2016 pour leur montant toutes taxes comprises. Elle précise également que les frais juridiques, regardés comme des revenus distribués à M. B, ont été facturés à celui-ci et non à la société et que, pour les autres dépenses, la SAS HQS conseils a désigné M. B comme bénéficiaire des revenus distribués. Si cette proposition de rectification ne comporte pas le détail des dépenses à l'origine des rectifications et des bases imposables et ainsi n'indique pas le montant et la date de chacune des dépenses ni ne mentionne les circonstances de fait précises qui ont permis à l'administration d'estimer qu'elles n'avaient pas été engagées dans l'intérêt direct de la SAS HQS conseils, la proposition de rectification du 22 mars 2018, adressée à M. B, en sa qualité de président de cette société, à l'adresse qui constituait alors à la fois l'adresse de son domicile et celle du siège social de cette société, comporte l'ensemble de ces informations complémentaires, lesquelles sont venues ainsi compléter utilement la motivation de la proposition de rectification du 6 juillet 2018, qui y fait explicitement référence. M. B et Mme C disposaient ainsi de l'ensemble des éléments leur permettant de formuler des observations en réponse à la proposition de rectification qui leur avait été adressée le 6 juillet 2018, laquelle était ainsi suffisamment motivée. Par ailleurs, si les requérants soulignent que la réponse à leurs observations modifie " la proposition de rectification ", l'unique correction apportée par le service à ce stade des deux procédures d'imposition a consisté à faire droit, de façon suffisamment motivée, à la contestation de l'application des dispositions du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts en matière de contributions sociales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; : () ".
5. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / () ". Lorsque le gérant d'une société se désigne lui-même comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, il doit être regardé comme les ayant appréhendés, à défaut de preuve contraire apportée par lui devant le juge de l'impôt.
6. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ".
7. Il résulte de l'instruction qu'en réponse aux propositions de rectification des 22 décembre 2017 et 6 juillet 2018, M. B et Mme C se sont bornés à contester les 16 août 2018 et 3 août 2018 l'application, en matière de contributions sociales, du coefficient de 1,25 prévu au 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts et à rappeler que la SAS HQS conseils avait sollicité le bénéfice de la cascade complète prévue au troisième alinéa de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales. Ces observations ne comportent ni contestation générale du bien-fondé des rectifications notifiées ni contestation des rectifications à l'origine des impositions en litige qui, par suite, doivent être regardées comme ayant été acceptées par les contribuables. Par ailleurs, les observations relatives à l'année 2014 n'ont été formulées que le 16 août 2018, soit au-delà du délai légal de 30 jours prévu à l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales et rappelé par la proposition de rectification du 22 décembre 2017. Par suite, il appartient à M. B et Mme C de démontrer le caractère exagéré des impositions qu'ils contestent et ainsi de supporter la charge de la preuve.
8. Au demeurant, M. B qui s'est désigné, en sa qualité de président de la SAS HQS conseils, comme bénéficiaire des revenus distribués en litige, par des courriers des 19 janvier et 5 avril 2018 en réponse aux demandes formulées par l'administration en application de l'article 117 du code général des impôts dans les deux propositions de rectification adressées à cette société, est présumé, jusqu'à preuve du contraire, avoir appréhendé ces sommes.
9. Il résulte des points précédents que M. B et Mme C ne contestent pas valablement les impositions en litige en se bornant à soutenir que l'administration n'établit leur appréhension des sommes imposées en tant que revenus distribués par la SAS HQS conseils.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B et Mme C tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales qui leur ont été réclamées au titre des années 2014, 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration.
Sur les frais d'instance :
11. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme D C et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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01/06/2026