jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201862 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Bellier, demande au juge des référés :
1°) de condamner le centre hospitalier du Centre-Bretagne à lui verser une provision de 30 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Centre-Bretagne le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier du Centre-Bretagne a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité au sens des dispositions du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique lors de sa prise en charge ;
- l'expert a retenu que les manquements lui ont fait perdre une chance de se soustraire aux séquelles dont elle est atteinte à hauteur de 80 % ;
- l'obligation dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 30 000 euros au regard des frais kilométriques qu'elle a exposés pour se rendre aux opérations d'expertise, de son besoin d'assistance par une tierce personne, de l'incidence professionnelle qu'elle subit, du déficit fonctionnel temporaire et du préjudice esthétique temporaire qu'elle a subis, des souffrances qu'elle a endurées, du déficit fonctionnel permanent dont elle reste affectée, de son préjudice d'agrément et de son préjudice esthétique permanent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le centre hospitalier du Centre-Bretagne, représenté par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, demande au juge des référés de lui décerner acte de ce qu'il ne s'oppose pas au versement d'une provision à Mme B, de ramener à de plus justes proportions la provision en ce qu'elle ne saurait être supérieure à 23 278,36 euros ainsi que la somme qui pourrait être allouée à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'il convient de ramener à de plus justes proportions les demandes présentées par Mme B et de leur appliquer le taux de perte de 80 % retenu par l'expert.
Par un mémoire, enregistré le 16 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine demande au juge des référés de condamner le centre hospitalier du Centre-Bretagne à lui verser une provision de 740,26 euros, après application du taux de perte de chance de 80 % retenu par l'expert ainsi qu'une provision de 246,75 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle fait valoir qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, par subrogation dans les droits de Mme B, en remboursement des débours qu'elle a exposés pour son compte, qui sont en rapport avec sa prise en charge par le centre hospitalier de Centre-Bretagne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 14 août 2008, Mme B, alors âgée de 13 ans, a été admise aux urgences du centre hospitalier du Centre-Bretagne en raison d'un traumatisme du coude gauche à la suite d'une chute. Une radiographie réalisée a mis en évidence une fracture épicondylienne non déplacée justifiant la prescription d'une attelle en résine. Le 2 septembre 2008, lors d'une consultation, le diagnostic d'une fracture de la trochlée et du capitelum avec un déplacement d'environ six millimètres a été posé à la place du diagnostic initial, justifiant la réalisation d'une ostéosynthèse par voie externe le 3 septembre. L'ablation du matériel d'ostéosynthèse a été effectuée le 17 février 2009. Devant la persistance d'une raideur importante du coude gauche, Mme B a consulté un chirurgien orthopédiste au centre hospitalier universitaire de Rennes, lequel a préconisé la réalisation d'un arthroscanner puis d'une arthrolyse du coude gauche. Toutefois, l'arthrolyse n'a pas été réalisée en raison du risque d'échec important avec la possibilité d'apparition de douleurs. Mme B a obtenu du juge des référés du tribunal administratif de Rennes, par ordonnance du 16 septembre 2019, la réalisation d'une expertise médicale confiée au docteur C, chirurgien orthopédiste, qui a déposé son rapport le 27 septembre 2021. Par un courrier du 25 janvier 2022, Mme B a sollicité du centre hospitalier du Centre-Bretagne l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge. Sa demande ayant été implicitement rejetée, Mme B demande au juge des référés de condamner le centre hospitalier Centre-Bretagne à lui verser une provision à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité du centre hospitalier du Centre-Bretagne :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute.() ".
4. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport d'expertise réalisé par le docteur C, que lors de son admission aux urgences le 14 août 2008, Mme B souffrait d'une fracture de la trochlée et du capitelum avec un déplacement d'environ six millimètres or, ce diagnostic n'a été posé que le 2 septembre 2008, soit 19 jours après, alors qu'une telle fracture nécessitait la réalisation en urgence d'une ostéosynthèse et que celle-ci n'a été réalisée que le 3 septembre 2008. L'expert a également relevé qu'une rééducation post-opératoire aurait dû être prescrite à Mme B. Dès lors, au regard de ce retard de diagnostic fautif et de l'absence de prescription d'une rééducation post-opératoire à Mme B, la responsabilité du centre hospitalier du Centre-Bretagne, qui n'est au demeurant pas contestée en défense, doit être mise en cause et l'obligation à réparation des préjudices imputables à ces fautes n'est pas sérieusement contestable.
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que les manquements du centre hospitalier du Centre-Bretagne dans la prise en charge de Mme B lui ont fait perdre une chance de se soustraire aux séquelles dont elle est atteinte qui peut être évaluée à 80 %.
En ce qui concerne les préjudices :
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme B a nécessité qu'elle soit assistée par une tierce personne, uniquement en lien avec les fautes du centre hospitalier, à raison d'une demi-heure par jour pendant neuf semaines, qu'elle a subi, s'agissant de ceux qui sont uniquement en lien avec les fautes du centre hospitalier, des périodes de déficit fonctionnel temporaire de 50 % pendant 19 jours et de 20 % pendant 671 jours, un préjudice esthétique temporaire, évalué à 1,5 sur une échelle de 7 et enduré des souffrances, évaluées à 1 sur une échelle de 7. Mme B reste également affectée d'un déficit fonctionnel permanent, évalué à 7 % et subit un préjudice d'incidence professionnelle, un préjudice d'agrément, compte tenu notamment de son jeune âge lors de la survenue du dommage, ainsi qu'un préjudice esthétique permanent, évalué à 1 sur une échelle de 7. Au vu de ces éléments, qui ne sont pas contredits par le centre hospitalier du Centre-Bretagne, le montant non sérieusement contestable de l'estimation des préjudices subis par Mme B peut être évalué à la somme de 23 000 euros, après application du taux de perte de chance mentionné au point 6.
8. Toutefois, si Mme B demande le remboursement des frais de déplacement qu'elle a exposés pour se rendre aux opérations d'expertise médicale, elle ne peut, en se bornant à produire la carte grise d'un véhicule qui ne lui appartient pas, être regardée en l'état comme ayant exposé de tels frais. Dès lors, l'obligation dont elle se prévaut à ce titre ne peut pas être regardée comme non sérieusement contestable.
9. Il résulte de tout de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier du Centre-Bretagne à verser à Mme B une provision de 23 000 euros.
En ce qui concerne les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine :
10. La caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine justifie avoir exposé pour le compte de Mme B une dépense de 925,32 euros, correspondant à des frais médicaux pour la période du 2 septembre 2008 au 10 novembre 2010 dont le lien avec la prise en charge de Mme B en 2008 par le centre hospitalier du Centre-Bretagne est suffisamment établi par l'attestation de son médecin conseil. Par suite, il y a lieu de condamner le centre hospitalier du Centre-Bretagne à verser une provision de 740,26 euros, après application du taux de perte de chance, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
11. Par ailleurs, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine a droit à l'indemnité forfaitaire de gestion, qui en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 doit être fixée à 246,75 euros.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier du Centre-Bretagne, partie perdante, le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier du Centre-Bretagne est condamné à verser à Mme B une provision de 23 000 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier du Centre-Bretagne versera à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine une provision de 740,26 euros au titre de ses débours outre une provision de 246,75 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Le centre hospitalier du Centre-Bretagne versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au centre hospitalier du Centre-Bretagne et à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 2 février 2023.
Le président,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026